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Chronique 130 - RN : radiographie d'un cancer politique

  • Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
    Lucie Fourcade
  • il y a 3 jours
  • 5 min de lecture

Des origines nazies à aujourd'hui.


Un parti fondé par d'anciens SS.

Des opérations à répétition pour changer de visage.

Mais derrière le masque, une vérité qui ne meurt pas.


Lucie Fourcade

PHOTO DE FAMILLE

On raconte souvent une histoire simple : le Front national, c'est Jean-Marie Le Pen.

Un homme, un fondateur.

La réalité est plus encombrante.


Le parti naît le 5 octobre 1972.

Mais l'idée n'est pas de Le Pen.

Elle vient d'Ordre Nouveau, le principal mouvement néofasciste de l'époque (source Fondation Jean-Jaurès).

Et si on le choisit, lui, pour présider, c'est justement parce qu'il fait moins peur que les autres (c'est dire...).

Une façade présentable (source RTBF).


Les autres, parlons-en.

Un des premiers trésoriers du parti, Pierre Bousquet, est un ancien Waffen-SS (source Wikipédia).

Le premier secrétaire, Léon Gaultier, aussi, après être passé par la Milice (source Contretemps).

Un autre fondateur, Victor Barthélemy, ancien communiste devenu collaborationniste, avait participé à la rafle du Vél d'Hiv (source Wikipédia).

François Duprat, lui, diffusait le négationnisme (source Cairn).

Il y a aussi François Brigneau, un temps vice-président et ancien milicien vichyste, Alain Robert, secrétaire général et adapte des groupuscules Occident et GUD, ou encore Roger Holeindre, ancien de l'OAS et trésorier.

Et l'emblème du parti, la flamme tricolore, est copié sur celui d'un parti italien né du fascisme de Mussolini (source Cairn).


"Mais le FN a été fondé par des résistants !"

On l'entend partout.

C'est l'argument le plus habile, et le plus faux.

Quelques résistants ont effleuré la fondation, c'est vrai.

Le plus connu, Georges Bidault, ancien chef du Conseil national de la Résistance, est reparti une semaine plus tard en claquant la porte : il refusait de côtoyer ce qu'il appelait des "petites frappes fascistes" (source Cairn).


Voilà la vérité.

Les résistants ont servi de vitrine, puis sont partis.

Le noyau, lui, est resté.

Et il était brun.


IL N'Y A QUE LE FLACON QUI CHANGE

Pas le poison.


Trois présidents se sont succédé.

Trois visages, une seule lignée.


Jean-Marie Le Pen tient le parti près de 40 ans.

En 1987, il ose : les chambres à gaz seraient "un point de détail" de la Seconde Guerre mondiale.

La justice le condamne (source INA).

Il ne recule pas.

Il répète, encore et encore, jusqu'à une condamnation définitive (source Public Sénat).

Il meurt en janvier 2025 sans avoir retiré un mot (source INA).


Arrive Marine Le Pen, en 2011 (source The Conversation).

Elle écarte le père, qui sera même exclu, et lance le grand nettoyage de façade.

En 2018, le Front national devient Rassemblement national.

Le nom change.

La maison, non.


Puis Jordan Bardella, président depuis 2021.

30 ans, un visage neuf, un parcours qui rassure : fils d'immigrés italiens, élevé en Seine-Saint-Denis, passé (très brièvement) par la Sorbonne (source The Conversation).

Mais derrière l'image, le même logiciel : un militantisme à droite toute et un discours sur une "France ensauvagée" (source The Conversation).


Le design du flacon évolue.

La molécule active, elle, ne change pas.


LA MUE NE CHANGE PAS LE SERPENT

Sous chaque peau neuve, le même venin : la "préférence nationale".

Le principe tient en une phrase.

Donner moins de droits aux gens selon leur origine, pour l'emploi, le logement, les aides.

Et le RN veut l'inscrire dans la Constitution (source The Conversation).


Attention au piège.

Défendre les salaires, l'emploi, une usine française, c'est de la politique normale.

La préférence nationale, c'est autre chose.

C'est trier les êtres humains d'après leur naissance.

Derrière, il y a une certaine idée de la nation : pas une communauté de citoyens qui suivent les mêmes règles, mais un groupe défini par le sang.

C'est exactement ce que portait Ordre Nouveau en 1972 (source Cairn).


Et la dédiabolisation, dans tout ça ?

Ce ne fut jamais une guérison.

Le vice-président Louis Aliot l'a reconnu lui-même : le seul vrai verrou à faire sauter, c'était l'antisémitisme (source Wikipédia).


On a donc traité les symptômes les plus visibles.

Le mal, lui, on l'a gardé intact.

Les chercheurs qui suivent le parti le disent : l'obsession identitaire reste le cœur du réacteur (source Wikipédia).

Et c'est le Conseil d'État lui-même qui maintient l'étiquette d'extrême-droite, que les dirigeants refusent (source Wikipédia).

J'ai déjà raconté ces mécanismes ailleurs, dans Classé ennemi d'État et dans ma chronique sur la violence de l'extrême-droite ; je n'y reviens pas.


Le serpent a changé de peau.

Il a aiguisé ses crochets.


APRÈS LE LEURRE, LA PÊCHE

Une idée peut finir par devenir une loi.

C'est là que l'histoire rejoint le présent.


Le programme du RN ne se résume pas à l'immigration.

Il veut surtout changer les règles du jeu.

Refuser d'appliquer certaines lois européennes, au nom du droit français d'abord (source Le Journal).

Reprendre la main sur les médias publics et l'université, au nom d'un retour à la "neutralité" (source Le Journal).

Des juristes ont un nom pour ça : la démocratie illibérale.

On garde les élections, mais on vide peu à peu tout ce qui limite le pouvoir (source Le Journal).


Ça mord, aujourd'hui, comme jamais.

Et, surtout, ça s'étend.

Le parti dépasse les 30 % dans presque tous les sondages (qu'il faut néanmoins lire avec prudence), et son candidat est donné en tête pour 2027 (source Geopolitics).

Le 7 juillet, la justice doit dire si Marine Le Pen reste éligible.

Si elle tombe, Bardella prend la suite, sans le poids des affaires (source Parlons Politique).


Le RN n'est plus un accident localisé.

Il gagne du terrain, élection après élection, institution après institution.


PASSAGE AUX RAYONS X

L'examen est terminé.

La peau a changé, pas le squelette.

Et ce qu'éclaire la radio, sous les tissus refaits, ce n'est pas la nostalgie de vieux soldats : c'est ce qui ronge, lentement, patiemment.

Un projet de pouvoir, cohérent, qui a simplement appris à se taire sur ce qui le faisait perdre.

Poser le diagnostic n'a rien d'une obsession du passé.

C'est regarder en face ce qui s'avance.

Apprendre à lire la radio, c'est déjà refuser de se laisser endormir.



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