Chronique 33 - La violence de l'extrême-droite : un fait, pas un débat.
- Lucie Fourcade
- il y a 5 jours
- 7 min de lecture
Ils se disent protecteurs. Ils se disent républicains. Ils se disent féministes. Mensonge.
Derrière le vernis, la réalité est implacable : l'extrême-droite est structurellement violente, dans ses mots, dans ses actes, dans ses lois.
Ce n'est pas une opinion.
C'est un constat documenté, chiffré, jugé.
Cette chronique parle de violence.
Celle que les chercheurs mesurent, que les tribunaux jugent, que les victimes subissent. Une violence à trois visages : les paroles, les actes, les politiques.

LA VIOLENCE PAR LES MOTS
Cinquante ans de haine verbale institutionnalisée
Tout commence avec Jean-Marie Le Pen. Fondateur du Front national en 1972, aux côtés d'anciens membres des Waffen-SS et de l'OAS (le groupe terroriste qui avait défendu l'Algérie française par la bombe), il a construit pendant cinq décennies une machine de guerre verbale contre les étrangers, les Juifs, les homosexuels, les femmes, les minorités de toute nature.
Il tenait ses propos pour choquer, mais aussi pour envoyer des signaux à la frange la plus radicale de son électorat.
Résultat : jusqu'en avril 2011, Jean-Marie Le Pen avait été condamné dix-huit fois pour ses propos, dont cinq pour le "détail" des chambres à gaz.
Dix-huit fois.
Dix-huit décisions de justice.
Et pourtant, chaque condamnation devenait tribune, chaque procès devenait publicité (source La Vie des idées).
En 1987, il est condamné pour des propos tenus en direct sur France 2 sur la menace de "l'explosion démographique du tiers-monde qui colonise notre pays".
En 1996, il affirmait croire à "l'inégalité des races".
En 1997, il est condamné pour avoir traité Fodé Sylla, président de SOS-Racisme, de "gros zébu fou".
En 2019, condamné pour injures homophobes.
Ce ne sont pas des dérapages. C'est une ligne idéologique.
La dédiabolisation : changer l'emballage, pas le contenu
Marine Le Pen arrive à la tête du FN en 2011 avec une promesse : la dédiabolisation. Changer l'image. Rassurer les bourgeois. Conquérir les femmes.
Mais Louis Aliot, vice-président du FN, l'avouait sans fard : "La dédiabolisation ne porte que sur l'antisémitisme. En distribuant des tracts dans la rue, le seul plafond de verre que je voyais, c'est l'antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. Il n'y a que cela…" (source La Vie des idées).
Autrement dit : on nettoie la vitrine antisémite.
Le reste (la xénophobie, l'islamophobie, le racisme anti-Arabe) reste intact.
Le baromètre annuel de la CNCDH est sans appel : 43 % des sympathisants RN se déclarent eux-mêmes racistes (source Rapport 2022 de la CNCDH).
Et les dérapages continuent.
En décembre 2015, Éric Zemmour est condamné pour provocation à la haine pour avoir déclaré que "la plupart des trafiquants sont noirs et arabes".
Zemmour, qui préside aujourd'hui Reconquête et dont les cadres siègent aux côtés des élus RN dans les conseils régionaux (source Wikipédia).
Le discours officieux : ce que les réseaux révèlent
Ce que les tribunes publiques n'osent plus dire, les réseaux sociaux le crient.
Telegram sert à l'extrême-droite de plateforme pour propager une idéologie de guerre culturelle et raciale, tout en glorifiant le terrorisme et en promouvant une vision suprémaciste blanche (source Wikipédia).
En juin 2024, à Lyon, des milices d'extrême-droite, exaltées par le succès du RN aux élections européennes, défilent en proférant des slogans nazis et agressent des passants.
Ce n'est pas anecdotique.
C'est le prolongement logique d'un discours qui désigne des boucs émissaires.
Quand on répète pendant cinquante ans que les immigrés sont une invasion, que les musulmans occupent le territoire, que les étrangers volent les emplois des Français, on ne s'étonne pas que certains passent aux actes.
LA VIOLENCE PAR LES ACTES
Une histoire longue : de l'OAS aux Zouaves
L'extrême-droite française n'a pas découvert la violence hier.
En janvier et février 1962, 191 plasticages sont commis en métropole par l'OAS.
Entre 1976 et 1979, 185 attentats.
Puis entre 1979 et l'été 1980, 325 attentats, dont 50 par explosifs.
Ce sont les pics d'une longue tradition de terrorisme d'extrême-droite sous la Ve République (source Assemblée nationale).
Aujourd'hui, la forme a changé. Pas l'intention.
Depuis 1968, le Groupe Union Défense (GUD) est la matrice de l'extrême-droite activiste française, fondé à l'université d'Assas et connu pour ses actions violentes dès ses premières années.
Il se dissout, se reconstitue, se rebaptise : Bastion social, Zouaves Paris, GUD réactivé.
La mécanique de dissolutions engendre des reconstitutions sous la forme de plus petits groupuscules locaux.
83 attaques en un an : la France, épicentre européen
Les chiffres sont sans ambiguïté.
Le RTV Trend Report 2024 du Centre de recherche sur l'extrémisme (C-REX) recense 83 attaques non-mortelles d'extrême-droite en France sur l'année, ayant causé au moins 115 blessés graves.
L'Allemagne, le Royaume-Uni et la Grèce enregistrent une légère accalmie.
Les motivations restent très majoritairement racistes : 73 % des actes visent des minorités ethniques ou religieuses.
La cible a évolué : là où l'antisémitisme dominait historiquement, la violence se dirige désormais essentiellement contre des personnes perçues comme arabes ou musulmanes, portée par une idéologie du "grand remplacement" (source Institut FSU).
Je vous invite à lire la chronique "Les Juifs et le RN : l'alliance de l'absurde" pour creuser un peu plus le sujet.
Des meurtres, des attentats déjoués, une impunité protégée
Ce n'est pas de la théorie.
Ce sont des noms, des visages, des victimes.
En mars 2022, l'ancien rugbyman argentin Federico Martin Aramburu est tué à Paris par un ancien militant du GUD.
En décembre 2022, un individu déjà impliqué dans une agression au sabre contre des migrants ouvre le feu devant le Centre culturel kurde rue d'Enghien, tuant trois personnes (source Assemblée nationale).
Depuis 2017, neuf projets d'attentats d'ultradroite ont été déjoués.
Parmi eux : un attentat contre Jean-Luc Mélenchon et Christophe Castaner en 2017, organisé par un groupe se réclamant de l'OAS.
En 2018, les "Barjols" sont arrêtés alors qu'ils préparaient un attentat contre Emmanuel Macron.
Les arrestations pour terrorisme d'ultradroite augmentent constamment : 5 en 2011, 34 en 2014, 44 en 2018, 64 en 2021 (source Basta!).
L'extrême-droite et l'extrême-droite radicale sont responsables de 60 % des violences politiques entre 1986 et 2017, selon l'historien Nicolas Lebourg (source France Soir).
60 %.
Et pourtant, dans le débat public, on parle encore de "symétrie" entre les extrêmes.
Il n'y a pas de symétrie.
Il y a des chiffres.
Le RN : la distance commode
Face à ces violences, le RN pratique la distance commode.
Jordan Bardella affirme que le Rassemblement national "n'a jamais appelé à la violence en politique", alors même que Jean-Marie Le Pen, fondateur du parti, a été condamné en 1998 pour violences sur la maire socialiste de Mantes-la-Jolie (source Franceinfo).
En janvier 2025, le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau cautionne publiquement le collectif identitaire Némésis, connu pour ses théories racistes et sexistes.
LA VIOLENCE PAR LA POLITIQUE
Les femmes : protégées en façade, abandonnées dans les votes
Le RN se dit féministe.
Les votes racontent une autre histoire.
Entre juin 2022 et fin 2025, le RN n'a voté que dans 37,63 % des cas en faveur des droits et libertés des femmes.
Par contraste, les groupes de gauche ont apporté leur soutien dans environ 90 % des cas (source Bon Pote).
La liste est longue et précise, et je l'aborde plus en détails dans la chronique "Travail - Famille - Soumission".
La réponse du RN face aux cris de désespoir des femmes ?
Désigner un coupable unique : l'immigré.
Quand le RN dénonce les violences faites aux femmes, il les lie systématiquement aux étrangers, alors même que les enquêtes documentent que le danger pour les femmes et les enfants vient très largement de leur entourage proche.
Les minorités : la préférence nationale comme discrimination légalisée
La "préférence nationale", pièce centrale du programme RN, est la traduction juridique d'une idée simple : certains citoyens valent moins que d'autres.
En mettant en avant cette idée, l'extrême-droite tente d'institutionnaliser la discrimination sur le marché du travail (source Musée de l'Histoire de l'immigration).
Le programme RN prévoit la suppression du droit du sol, des allocations familiales réservées aux seuls "Français", une restriction drastique du regroupement familial...
Ce que cela signifie concrètement : des enfants nés en France qui n'auraient plus automatiquement la nationalité française. Des familles séparées par décret. Des travailleurs précaires renvoyés sans filet (source LCP).
L'extrême-droite ne protège pas les pauvres.
Elle choisit lesquels méritent d'être protégés.
L'immigration : la criminalisation systématique
Depuis cinquante ans, l'extrême-droite a réussi un tour de force : transformer une réalité humaine complexe en menace existentielle.
Le RN porte une conception de l'immigration comme un problème, nourrissant des discours de haine et d'exclusion (source Musée de l'Histoire de l'immigration).
Cette rhétorique a des effets concrets sur la chair des gens.
En avril 2024, une vague d'attaques vise des mosquées à Lorient et Saint-Malo.
En 2023, à Romans-sur-Isère, une centaine de militants tentent une expédition punitive dans un quartier après le meurtre de Thomas à Crépol (source ATMF).
Le discours politique légitime.
Les groupuscules exécutent.
NE PAS NORMALISER CE QUI EST INACCEPTABLE
La violence n'est pas un accident. C'est le système de l'extrême-droite.
L'extrême-droite n'est pas violente "parfois", "dans ses marges", "malgré elle".
Elle est violente structurellement, parce que son idéologie le requiert.
Pour hiérarchiser les êtres humains, il faut déshumaniser les uns.
Pour déshumaniser, il faut des mots.
Pour que les mots deviennent des actes, il faut un contexte.
L'extrême-droite crée ce contexte depuis cinquante ans, délibérément, méthodiquement.
Chaque fois que la presse parle de "dérapage" au lieu de "racisme", elle valide ce contexte.
Chaque fois qu'un ministre serre la main d'un élu condamné, il le valide.
Chaque fois qu'un débat télévisé traite le RN comme un parti ordinaire, il le valide.
La normalisation n'est pas une dérive. C'est une arme.
L'extrême-droite est violente. C'est un fait.
Les votes sont là.
Les condamnations sont là.
Les morts sont là.
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