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Chronique 43 - Les véritables assistés se déplacent en jet

  • Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
    Lucie Fourcade
  • 29 mars
  • 6 min de lecture

Quand l'argent public finance les plus riches : les mécanismes du vrai assistanat en France.


En France, un mot revient comme une menace dans la bouche de l'extrême-droite : l'assistanat.

Il désigne toujours les mêmes : les pauvres, les allocataires, les sans-emploi.

Jamais les autres.

Jamais ceux qui, depuis des décennies, captent en toute légalité des milliards d'argent public à travers des mécanismes fiscaux taillés sur mesure pour leur fortune.


Le vrai assistanat en France a un visage, et ce visage porte des bijoux de luxe.

Il est temps de retourner le mot contre ceux qui l'ont fabriqué comme une arme.


Lucie Fourcade

LA GRANDE ARNAQUE DU MOT "ASSISTANAT"

Depuis des années, le Rassemblement National et ses alliés idéologiques ont transformé un mot en bombe à fragmentation rhétorique.

"L'assistanat", ce terme flou, chargé de mépris, vise systématiquement les mêmes cibles : les bénéficiaires du RSA, les allocataires de la CAF, les chômeurs, les précaires.

Ceux d'en bas.

Ceux qui survivent.


Le RSA s'élève aujourd'hui à 646,52 euros mensuels pour une personne seule, soit à peine de quoi survivre.

Selon les données de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, dans tous les profils étudiés, le revenu disponible est toujours plus élevé quand un adulte travaille au SMIC que quand le foyer ne vit que des aides sociales. Autrement dit : le mythe de l'assisté qui s'en sort mieux qu'un salarié ne tient pas à l'épreuve des chiffres.

C'est une invention politique, soigneusement entretenue.


Mais le mot est efficace.

Il stigmatise.

Il divise.

Il détourne le regard.

Car pendant que l'on pointe du doigt ces millions de personnes qui touchent 646 euros, une autre forme d'assistance, autrement plus coûteuse, se déploie dans le plus grand silence.

Pas dans les centres sociaux.

Dans les bureaux de Bercy.

Dans les cabinets d'avocats fiscalistes.

Dans les salons feutrés des grandes fortunes françaises.


95 MILLIARDS : LE CHIFFRE QUE L'ON NE MONTRE JAMAIS

En 2024, le coût total des niches fiscales en France était estimé à 95 milliards d'euros, soit 3,5 % du PIB.

Ce montant équivaut à plus d'une année de dépenses pour l'enseignement supérieur et la recherche (source Credipro).

95 milliards.

Chaque année.

En pure perte pour les finances publiques.


Les 467 dépenses fiscales (c'est de l'impôt que l'État aurait dû percevoir selon le droit commun, mais auquel il renonce volontairement) recensées dans le projet de loi de finances pour 2024 représentent plus du quart des recettes fiscales nettes de l'État.

Oui, l'État renonce volontairement à 25,8% d'impôts.

Et devinez qui bénéficient le plus d'exonérations fiscales..?

Un indice : ce ne sont pas les pauvres.


La Cour des comptes, institution pourtant peu suspecte de radicalisme, le confirme noir sur blanc : les dépenses fiscales relatives à l'impôt sur le revenu bénéficient mécaniquement davantage aux ménages les plus aisés (source Cour des comptes).

En clair : plus vous gagnez, plus les exonérations fiscales vous sont rentables.


Comparez maintenant.

En 2023, 11,7 milliards d'euros de RSA ont été versés par les caisses d'Allocations familiales pour un peu plus de 2 millions de bénéficiaires (source Wikipedia)

11,7 milliards pour des millions de personnes en situation de détresse.

Contre 95 milliards de cadeaux fiscaux, dont une fraction disproportionnée profite aux patrimoines les plus élevés.

Qui sont les vrais assistés ?

Pendant que le RSA verse 646 euros à une mère seule, l'héritier fiscal prend son jet pour Bruxelles.


MACRON, L'ISF, ET 1,7 MILLION PAR MILLIARDAIRE

Pour comprendre l'ampleur du cadeau offert aux ultra-riches, il faut revenir sur la décision la plus symbolique de la présidence Macron : la suppression de l'ISF en 2018.


Dès son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a remplacé l'Impôt de Solidarité sur la Fortune par un impôt sur la fortune immobilière, excluant les actifs financiers de la taxation du patrimoine (source Attac France)

Résultat immédiat : la réforme a rapporté 1,7 million d'euros à chacun des 100 Français les plus riches (source Public Sénat).

Non pas 1 700 euros.

1,7 million.

Par personne.

Pour les cent patrimoines les plus élevés de France.


La justification avancée ?

La théorie du ruissellement : l'idée que favoriser les riches profite à tous.

Aucun effet sur l'investissement ou l'emploi n'a été constaté.

En revanche, il a bien été constaté une hausse spectaculaire de la distribution de dividendes et une forte concentration de ces revenus sur les plus aisés.

Par rapport à 2017, la fortune des 0,1 % des Français les plus riches a augmenté d'un quart (source La Relève et La Peste).

Le ruissellement n'a pas eu lieu.

L'enrichissement, si.


Et la flat tax, instaurée simultanément ?

La flat tax (ou prélèvement forfaitaire unique), c'est un taux d'imposition fixe de 30 % appliqué à tous les revenus du capital : intérêts, dividendes, plus-values.

Un taux unique, quelle que soit la somme perçue.

Le principe semble équitable : tout le monde paie la même part.

Le salarié qui gratte quelques euros d'intérêts sur son livret.

L'actionnaire qui encaisse des millions de dividendes.

Même taux.

Même traitement.


Sauf que l'égalité de taux, ce n'est pas l'égalité fiscale.

Avant la flat tax, les revenus du capital étaient intégrés au barème progressif de l'impôt sur le revenu : celui qui fait payer davantage ceux qui gagnent davantage.

Depuis 2018, ils en sont sortis.

Résultat : un grand patron qui perçoit 10 millions en dividendes paie proportionnellement moins d'impôts qu'un cadre moyen sur son salaire.

Ce n'est pas un bug.

C'est une fonctionnalité.


3 MILLIARDS POUR LES DYNASTIES

L'assistanat fiscal ne s'arrête pas aux revenus.

Il se transmet.

Il se perpétue.

Il se lègue.


Dans les trente prochaines années, 25 milliardaires français transmettront à leurs héritiers plus de 460 milliards d'euros, sur lesquels l'État risque de perdre 160 milliards en raison des niches fiscales existantes.

Une somme qui représenterait, selon Oxfam, l'équivalent d'une année d'études supérieures pour chaque jeune atteignant la majorité dans les prochaines décennies (source Oxfam France).


Le mécanisme central de cette exonération massive s'appelle le pacte Dutreil.

Il permet, sous conditions, d'exonérer 75 % de la transmission des parts ou actions de certaines entreprises.

Si son coût est officiellement estimé à 500 millions d'euros environ, le Conseil d'Analyse Économique chiffre plutôt son coût annuel pour les finances publiques à 3 milliards d'euros.


Voilà la réalité de la redistribution à l'envers.


LE CERCLE PARFAIT : ÉVASION FISCALE ET VOTES RN

Tout cela ne serait qu'injustice fiscale ordinaire si elle n'avait pas une dimension politique explosive.

Les ultra-riches qui bénéficient de ce système ont un intérêt direct à le maintenir, et à soutenir les forces politiques qui garantissent sa pérennité ou son aggravation.

C'est là que le cercle se referme.


Un milliardaire exilé fiscalement en Belgique finance depuis là-bas 150 millions d'euros sur dix ans pour porter l'extrême-droite au pouvoir en France.

Son nom : Pierre-Édouard Stérin.

Son outil : le projet Périclès.

Ses objectifs : 1 000 mairies en 2026, l'Élysée en 2027 (sources France 24 - France Bleu).

La logique est limpide. J'en parle de manière plus détaillée dans cette chronique.


Un RN au pouvoir ne rétablirait pas l'ISF.

Ne toucherait pas aux niches fiscales.

Ne remettrait pas en cause la flat tax.

Au Parlement, ses députés l'ont déjà montré : casser les services publics d'un côté, offrir des milliards aux grandes fortunes de l'autre.


Le vote RN n'est pas le vote antisystème qu'il prétend être.

C'est le vote qui protège le système ; celui qui produit et perpétue les inégalités.


11,7 MILLIARDS CONTRE 95 : CHOISISSEZ VOTRE CAMP

Il est temps de dire la vérité sans détour.

L'assistanat en France existe.

Il coûte des dizaines de milliards chaque année.

Il profite à ceux qui n'en ont pas besoin.

Il se transmet de génération en génération.

Il est légal, discret, et protégé politiquement.

Ses bénéficiaires ne font pas la queue à la CAF.

Ils emploient des fiscalistes.

Ils exportent leur fortune dans des pays à fiscalité allégée.

Ils financent les partis qui leur garantissent que rien ne changera.


Le RSA coûte 11,7 milliards.

Les niches fiscales coûtent 95 milliards.

Le mot "assistanat" existe.

Vous savez maintenant qui il désigne vraiment.



Cet article vous a interpellé, mis en colère, fait réfléchir ? C'est exactement pour ça qu'il a été écrit.

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