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Chronique 201 - Le RN et la famille : le slogan vide à l'épreuve des actes

Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
Lucie Fourcade
3 sept.
4 min de lecture

Là où ils gouvernent déjà, leur discours ne survit même pas à une rentrée scolaire.


Le Rassemblement national dit défendre la famille.

La "famille", c'est leur mot d'estrade.

Le premier service qu'ils coupent, c'est celui des gamins.

La contradiction n'attend pas les grands discours nationaux : elle se joue déjà, à l'échelle d'une commune.


Lucie Fourcade

LE RN ENVOIE LES ENFANTS MARCHER SUR UNE NATIONALE

Pendant près de 30 ans, des navettes municipales ont conduit chaque matin les écoliers des quartiers de Hayange jusqu'à leur école, une accompagnatrice à bord (source : France 3 Grand Est).

Pour beaucoup de familles, ce bus était l'ossature de la journée : celui qui permet d'aller travailler pendant que les enfants vont en classe.

Cet été, la mairie l'a supprimé.


85 enfants de 6 à 11 ans se retrouvent sans transport (source : ICI).

Les parents l'ont appris une vingtaine de jours avant la rentrée, en plein mois d'août (source : France 3 Grand Est).

La première adjointe, Marie Grillo, assume : les coûts auraient "explosé", la ligne ne serait "plus gérable" (source : France 3 Grand Est).

30 ans de service à l'enfance, effacés au nom d'une ligne comptable.


Certains écoliers devront désormais marcher le long d'une route nationale, sur un passage piéton sans éclairage, en lisière de forêt (source : L'Humanité).

Le 27 août, une vingtaine de parents se sont rassemblés devant la mairie.

"On passe à zéro. Les enfants sont livrés à eux-mêmes et les parents sont sans solution", résume Hélène Gourat, mère d'élève (source : France 3 Grand Est).


UN POLICIER RETRAITÉ À LA PLACE DU BUS

Face à la colère, la mairie a fini par proposer une solution.

Pas le rétablissement du bus.

Le maire, Fabien Engelmann, a recruté un policier retraité pour accompagner les enfants à pied, à partir du 7 septembre (source : ICI).

Voilà l'arbitrage, nu : on supprime un service éducatif, on le remplace par un dispositif de surveillance.

Là où il y avait une accompagnatrice et un véhicule, il y a désormais un ancien policier et un trajet à pied.


Cet homme dirige Hayange depuis 2014.

En mars, il a été réélu dès le premier tour avec 72,96 % des voix (source : Ville de Hayange).

Rien d'un accident de gestion : c'est le choix délibéré d'un pouvoir installé, sûr de lui, reconduit à une écrasante majorité.


CE PEUPLE QUI TRINQUE

Une navette scolaire gratuite, avec une accompagnatrice, ne sert pas tout le monde de la même façon.

Elle sert d'abord ceux qui n'ont pas le choix.

Hayange est une ancienne ville sidérurgique, une ville ouvrière.

Le bus desservait les quartiers, vers des écoles comme celle du Jura (source : ICI).

Les familles qui comptaient dessus, ce sont celles qui n'ont pas deux voitures, ni un parent à la maison, ni des horaires souples.

Le foyer aisé, lui, ne verra pas la différence : il déposera l'enfant en voiture sur le chemin du bureau.


Celui qui trinque, c'est la mère seule, l'ouvrier posté, la caissière qui embauche à 6 heures.

Autrement dit : exactement les "familles populaires" que le RN jure de protéger.

La mairie renvoie ces familles vers une ligne de bus classique et l'accueil périscolaire : des dispositifs que les parents jugent inadaptés à des enfants de primaire (source : L'Humanité).

Ce service-là, ils l'ont jugé comme optionnel.

Celui des gens qui peuvent le moins se défendre.

Celui des gens qui ne peuvent pas faire autrement.


LEUR DOCTRINE, CET EMBALLAGE

Le Rassemblement national a fait de la "famille" un pilier de son discours.

Dans les meetings, il se pose en protecteur des foyers, des mères, des enfants.

Ce vocabulaire n'est pas neuf.

Il recycle une devise : "Travail, Famille, Patrie", celle d'un régime qui célébrait la famille pendant qu'il livrait des enfants.

J'ai déjà montré dans une autre chronique comment le RN vide ce mot de son sens, vote après vote (Travail, Famille, Soumission).


À Hayange, on ne parle plus de discours.

On parle d'un acte, posé, daté, vérifiable.

Et cet acte dit l'inverse du mot.

Quand le RN doit choisir entre le confort d'affichage et le service qui soulage réellement les familles, il coupe le service.

La "famille" qu'il défend n'est pas celle de la caissière qui ne peut plus déposer ses enfants avant sa journée de travail.

C'est une image, une bannière, un slogan de campagne.

Le foyer réel, lui, on le laisse marcher au bord de la route.


L'ÉCHELLE OÙ ILS NE PEUVENT PLUS MENTIR

On nous répète que le Rassemblement national aurait changé, qu'il serait devenu un parti de gouvernement responsable.

La commune est l'endroit où cette promesse se teste.

C'est le seul niveau où le RN exerce vraiment le pouvoir : un budget, des arbitrages, des conséquences directes sur des vies.

À l'échelle nationale, il promet.

À l'échelle d'une ville, il agit, et l'on voit ce qu'il fait de l'argent public quand il décide seul.


Hayange n'est pas une anecdote lorraine.

C'est un échantillon.

Un avant-goût de ce que "la famille d'abord" devient une fois traduit en lignes budgétaires.


NOTRE JUGEMENT SUR LEURS ACTES

Retenez ce geste.

Un parti qui met la famille à toutes ses affiches, et qui, la première fois qu'il tient les cordons de la bourse, supprime le bus des enfants de 6 ans.

Le mot sur l'estrade.

L'acte dans le dossier.

Entre les deux, il faut choisir ce que l'on croit.

Moi, je crois les actes.


L'acte, ici, est limpide : quand ils promettent de "protéger les nôtres", les enfants des familles populaires n'en font pas partie.

Ils nous demandent de juger le Rassemblement national sur ses intentions.

Jugeons-le sur Hayange.

Regardons ce qu'ils font quand ils croient que personne ne compte les bus supprimés.

Et comptons-les.



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