Chronique 8 - Le monde à l'envers
- Lucie Fourcade
- 24 févr.
- 4 min de lecture
Nous sommes actuellement témoins d'une inversion des rôles politiques totalement incroyable.
L'extrême-droite est dorlotée par le camp présidentiel, les antifas sont accusés de fascisme et les idées gauchistes sont qualifiées de dangereuses.
Ce serait presque drôle si les implications n'étaient pas aussi terribles.

LA VILAINE GAUCHE DANS L'HISTOIRE
Avant même le décès de Quentin Deranque (plus de précisions dans cette chronique), nous assistions déjà à un processus visible comme le soleil en pleine canicule de diabolisation de la gauche politique et morale.
L'origine de cette cabale ? Des idées humanistes.
Pas d'appel à manger du millionnaire ou à réquisitionner les bourgeois pour faire tourner les usines. Non.
Une taxation des grandes fortunes à 2%, l'accès au soin pour tous, le respect des droits des femmes... Un programme qui n'a rien d'aussi excessif que le régime stalinien auquel on aime comparer la gauche française en ces jours de paradoxes.
Devinez qui, dans l'Histoire, a manœuvré à coups d'affichettes, d'articles de presse et d'émission de radio pour diaboliser une politique gauchiste ?
Ja, es sind Nazis (oui, ce sont les nazis).
Combien de preuves faudra-t-il encore pour que l'opinion public se réveille ?
Je ne peux me résoudre à l'idée que la majorité du peuple français ait sombré dans les griffes de l'extrême-droite. Je me dois de croire qu'il n'est que léthargique. Sortons-le de son coma !
LA PROPAGANDE
Le centre de l'échiquier politique penche de plus en plus vers la droite.
Au point où Aurore Bergé, ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes, a appelé le RN à la rescousse pour faire barrage à LFI (article de l'Humanité). Outre le devoir de réserve bafoué, quelle indignité morale !
À se sentir nostalgique du duel historique Chirac / Le Pen (ma première grande manif').
Mais cela reflète-t-il réellement l'opinion des français ?
Oui, des français adhérent aux principes RN, mais ils ne représentent qu'une petite portion de convaincus à des préceptes restants rédhibitoires pour les gens normaux.
Beaucoup de personnes envisageant un vote RN pensent le faire par esprit de rébellion.
Il est donc impératif que ces indécis puissent accéder à des données factuelles simples leur démontrant la supercherie.
Ce sont ces gens inquiets et indignés qui sont la cible privilégiée des 80% de médias possédées par des milliardaires (plus de précisions dans cette chronique) qui ne voient pas d'un bon œil l'idée de nouvelles avancées sociales.
Ces électeurs indécis reçoivent depuis des années des signaux de moins en moins subtils cherchant à leur prouver que leurs intérêts sont tout sauf à gauche.
Les nazis avaient les judéobolchéviques comme ennemi de paille. L'extrême-droite actuelle crée l'islamogauchisme.
Dans la recette de la tyrannie, il faut un ennemi commun. Un réceptacle pour y cracher sa haine, sa peur, son ignorance. Un responsable de tous les maux qu'il suffirait d'éradiquer pour tout solutionner.
En réalité, cet ennemi imaginaire n'est que racisme et besoin de spoliation.
LES CONSÉQUENCES
Pour diaboliser la gauche, l'extrême-droite procède à des amalgames de différents sujets pour créer des nœuds insolubles (insécurité et immigration donne l'islamogauchisme, par exemple). Ces raccourcis représentent un certain "confort" pour les cibles, qui choisissent de ne plus se fatiguer à réfléchir pour démêler le vrai du faux.
Cet appauvrissement intellectuel progressif réduit drastiquement la capacité collective à analyser les problèmes sociaux et à envisager des solutions structurelles. Des sujets comme les inégalités, la précarité ou les droits du travail deviennent difficiles à aborder sans être immédiatement suspectés d'idéologie.
Cette diabolisation peut décourager une partie de la population (souvent les classes populaires et les jeunes) de s'engager politiquement, n'osant plus espérer une plus grande justice sociale sous peine d'être catégorisée comme suspecte, voire radicale. L'inversion des rôles en politique nourrit aussi la défiance envers les institutions et peut pousser vers des formes de radicalisation ou d'abstention massive.
Dans le contexte français actuel, cette diabolisation sert souvent à détourner l'attention des critiques légitimes du pouvoir en place en les qualifiant automatiquement de "gauchisme" ou de "wokisme". Ces termes sont devenus des repoussoirs rhétoriques plutôt que des descripteurs analytiques. C'est une technique de disqualification qui profite avant tout à ceux qui veulent éviter le débat sur le fond.
Tout ce processus de diabolisation de la gauche n'est qu'un rouage dans un mécanisme savamment imaginé visant à dédiaboliser le RN. Si ce n'est pas une conspiration, c'est au moins l'orchestration d'un biais systémique d'une dangerosité mal mesurée.
Mais un mécanisme, aussi bien huilé soit-il, peut se gripper.
Il se grippe quand les gens refusent de consommer passivement l'information qu'on leur sert. Quand ils croisent les sources, questionnent les évidences, s'interrogent sur qui parle et pourquoi. Quand ils arrêtent de confondre le volume d'un discours avec sa légitimité.
L'inversion des rôles que nous vivons n'est pas une fatalité historique. C'est une construction. Et ce qui se construit peut se déconstruire.
La gauche n'a pas à rougir de défendre l'accès aux soins, l'égalité femmes-hommes ou la taxation des grandes fortunes. Ce sont des idées majoritaires dans l'opinion française (les sondages le prouvent année après année). Ce sont les étiquettes qu'on leur colle qui font peur, pas les idées elles-mêmes.
Alors la prochaine fois qu'on te dit que défendre le service public, c'est du communisme, que vouloir l'égalité, c'est du wokisme, que refuser le racisme, c'est de l'islamo-gauchisme, pose une question simple : à qui profite cette confusion ?
La réponse, tu la connais déjà.



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