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Chronique 9 - Le RN à l'école de Trump

  • Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
    Lucie Fourcade
  • 25 févr.
  • 5 min de lecture

Depuis son retour à la Maison-Blanche en 2025, Donald Trump ne se contente plus de gouverner les États-Unis. Il redessine l'ordre mondial, fragilise les alliances, inspire les droites nationalistes européennes, et nourrit, en France, des appétits politiques que certains ne prennent même plus la peine de dissimuler.

Quand un personnage comme Trump se met aux manettes de la plus grande puissance mondiale, l'ordre établi se recroqueville et la liberté vacille.


Lucie Fourcade

LE PERSONNAGE

Donald Trump est un magnat de l'immobilier devenu figure de téléréalité avant de se lancer en politique.

Élu 45ème puis 47ème président des États-Unis, il a bâti son succès sur une rupture totale avec les normes politiques traditionnelles : occupation permanente de l'espace médiatique, discours populiste ciblant les élites et les immigrés, nationalisme économique protectionniste et conservatisme culturel agressif. Malgré deux impeachments, de multiples inculpations pénales et l'épisode du 6 janvier 2021, il reste la figure dominante de la droite américaine.


Plus qu'une anomalie, Trump est le révélateur d'une Amérique profondément fracturée par les inégalités, la désindustrialisation et la défiance envers les institutions. Il a su canaliser une colère sociale réelle en la dirigeant vers des boucs émissaires plutôt que vers les causes structurelles. Son héritage dépasse les frontières américaines : il a normalisé un style autoritaire dans le cadre démocratique, fragilisé les garde-fous institutionnels, et inspiré une génération de leaders populistes à travers le monde.


Trump est moins une cause qu'un révélateur : le symptôme visible d'une démocratie libérale en crise de légitimité, qu'il exploite avec une absence de scrupules tout aussi indéniable.


TRUMP ET LE MONDE

Le retour de Trump à la présidence en 2025 a confirmé une rupture nette avec l'ordre mondial construit après 1945.

Son approche est fondamentalement transactionnelle : les alliances ne valent que ce qu'elles rapportent à court terme aux États-Unis.

L'OTAN, l'ONU, l'OMC sont autant de structures perçues comme des obstacles à la souveraineté américaine plutôt que comme des outils de stabilité collective.

Ce n'est pas de l'isolationnisme classique : Trump intervient, impose, négocie, mais au profit exclusif d'une Amérique qui a cessé de croire qu'elle a intérêt à maintenir un ordre mondial dont elle ne serait pas la bénéficiaire exclusive.


Sa politique de droits de douane agressive en est l'illustration la plus claire. En frappant indifféremment alliés et adversaires, il a perturbé des chaînes d'approvisionnement construites sur des décennies de libre-échange.

Résultat paradoxal : en cherchant à affaiblir la Chine, il a précipité la recomposition du monde en blocs alternatifs, poussant de nombreux pays à se tourner vers Pékin comme pôle de stabilité relative.


Sur le plan climatique, le retrait américain des engagements environnementaux envoie un signal dévastateur. Il libère d'autres États de la pression normative internationale et fragilise les mécanismes de financement de la transition écologique mondiale.

Quand le plus grand pollueur historique de la planète dit "nous n'avons pas à jouer ce jeu", il donne une permission implicite à tous ceux qui attendaient une excuse pour en faire autant.


Ce qui est peut-être le plus inquiétant, c'est la normalisation du mépris des institutions internationales comme posture de gouvernance. Trump a démontré qu'un dirigeant pouvait bafouer les règles multilatérales sans en payer le prix politique : au contraire, en en tirant un bénéfice électoral.

C'est cette leçon-là que retiennent les dirigeants autoritaires aux quatre coins de la planète. Et c'est ce qui rend son influence bien plus dangereuse que ses seules décisions de politique étrangère.


TRUMP ET L'EUROPE

L'influence trumpienne en Europe est double et contradictoire.

D'un côté, elle crée une pression réelle sur l'Union européenne : les injonctions à augmenter les budgets de défense, les menaces tarifaires, et les signaux d'indifférence vis-à-vis de l'OTAN obligent les Européens à envisager une autonomie stratégique qu'ils avaient longtemps différée.

En ce sens, Trump peut paradoxalement accélérer l'autonomie défensive européenne.


De l'autre côté, il agit comme un amplificateur idéologique pour les droites nationalistes européennes (de l'AfD en Allemagne à Orbán en Hongrie) qui trouvent dans le trumpisme une légitimation internationale de leurs positions souverainistes et anti-libérales.


Trump donne un exemple. Et c'est un mauvais exemple.


TRUMP ET LA FRANCE

L'effet est particulièrement intéressant.

Le trumpisme n'a pas simplement traversé l'Atlantique : il s'y est adapté, s'est hybridé avec des traditions politiques françaises préexistantes, et irrigue aujourd'hui plusieurs courants de la droite française de manière plus ou moins assumée.


Trump fonctionne comme un révélateur des fractures françaises.

Il est à la fois un repoussoir pour une grande partie de l'électorat de gauche et du centre, et modèle revendiqué ou implicite pour une partie de la droite radicale.

Le lien le plus visible est celui avec le Rassemblement National et de ses satellites. Marine Le Pen a longtemps entretenu une proximité idéologique avec Trump, même si elle a pris soin de maintenir une distance formelle pour ne pas apparaître comme une marionnette américaine.

C'est surtout Marion Maréchal qui a incarné le plus explicitement ce tropisme pro-Trump, en participant à des conférences conservatrices américaines (CPAC), en nouant des liens avec la sphère MAGA et en théorisant une internationale des droites nationales-populistes.

Éric Zemmour, de son côté, a clairement emprunté au trumpisme le style de la provocation assumée, la logique du "dire ce que les gens pensent tout bas", et la mise en scène d'un homme se voulant fort en transgressant les codes du politiquement correct.


Plus profondément, le style Trump (la brutalité rhétorique, le mépris affiché des institutions, la politique comme spectacle de force) infuse les pratiques politiques bien au-delà de ses admirateurs déclarés.


Voilà pour le tableau. Il est sombre. Mais l'obscurité n'est jamais totale. Et parfois, la résistance arrive déguisée en grenouille...


L'ESPOIR EN MODE CARNAVAL

Ce qu'il se passe actuellement aux USA donne des crampes d'estomac.

Déploiement de la National Guard dans les états démocrates, rafles de l'ICE (United States Immigration and Customs Enforcement, ICE) sur des immigrés qui ne le sont pas toujours... Il faut être fou ou naïf (ou les deux) pour ne pas y voir des procédés fascistes extrêmement inquiétants, et qui alimentent des fantasmes malsains chez certains français.


Dans ce ciel noir d'orage, une éclaircie.

La capacité des habitants du Minnesota à se mobiliser et à agir est aussi impressionnante que rassurante.


En six semaines, une coalition regroupant syndicats, leaders religieux et communautés immigrées ou non a mobilisé entre 50 000 et 75 000 personnes dans des températures polaires (souvent avec des déguisements loufoques) , provoqué la fermeture de centaines de commerces en solidarité, et maintenu des actions directes quotidiennes.

Des réseaux de surveillance citoyenne se sont organisés pour suivre et documenter les agents de l'ICE dans les rues, alertant les voisins de leur présence (des actions constitutionnellement protégées mais non sans risques, puisque deux civils américains, Renée Good et Alex Pretti, ont été tués par des agents fédéraux lors de l'opération).

Il y a même eu des distributions de sextoys pour rappeler aux agents qu'il vaut mieux faire l'amour que la guerre.


Cette mobilisation force le respect et l'admiration.

Elle nous permet aussi d'anticiper "le pire" au lieu d'avoir à subir.

Le Minnesota ne nous demande pas d'admirer de loin. Il nous demande d'apprendre. Alors : qui dans votre entourage ne vote pas parce qu'il "ne croit plus à rien" ?

C'est là que tout commence. Pas dans les grands discours, mais dans ces petites conversations du quotidien.

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