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Chronique 11 - L'alliance mortifère

  • Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
    Lucie Fourcade
  • 28 févr.
  • 4 min de lecture

La mort du droit international n'a pas fait grand bruit. Elle a eu lieu aujourd'hui.


Les États-Unis d'Amérique et Israël se donnent le droit de violer le droit international sans scrupule.

Pire, la plupart des puissances démocratiques du monde les y autorisent, implicitement, ou même ouvertement.

Ce 28 février 2026, cette alliance a franchi un seuil que l'on ne franchit qu'une fois.


Lucie Fourcade

LES FAITS

Au matin du 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé conjointement l'opération Fureur épique contre l'Iran.

Objectifs officiels annoncés par Donald Trump : détruire le programme nucléaire iranien, neutraliser ses capacités balistiques et anéantir sa marine, au nom de menaces imminentes, et, dit-il, pour libérer le peuple iranien opprimé.

En représailles, l'Iran a frappé des bases américaines, Jérusalem, ainsi que des alliés régionaux des deux puissances (Arabie Saoudite, Koweït, Émirats arabes unis).


Le Moyen-Orient, déjà à une étincelle d'une guerre généralisée, vient de recevoir un baril de poudre dans le four.


LA REALITÉ

En réalité, les faits sont évidemment bien plus complexes.

Pour les citoyens lambdas, il est presque impossible d'avoir un avis pertinent. Toute opération militaire est secrète et les véritables informations ne circulent que des décennies plus tard (si elles circulent).

Mais certaines conclusions s'imposent sans qu'on ait besoin d'accéder aux dossiers classifiés.


1/ On ne libère pas un peuple en le bombardant directement.

Un missile israélien a touché une école de filles à Minab, dans le sud de l'Iran, faisant plus de cent morts, dont des dizaines d'enfants (Le Monde).

Quel objectif militaire peut justifier cette cible ? Quelle liberté peut naître de ces décombres ?


Ce chiffre fait écho à un autre, que je ne peux pas ignorer : 50 000 enfants palestiniens tués ou blessés à Gaza depuis octobre 2023, selon l'UNICEF (source).

Deux conflits distincts, une même logique : des civils qui meurent au nom d'objectifs que leurs bourreaux qualifient de supérieurs.


Oui, le peuple iranien est opprimé. Oui, des milliers de manifestants ont été massacrés ces dernières semaines. Et Fureur épique les libèrent par la mort.


2/ La souveraineté d'un État n'est pas conditionnelle à la volonté d'un autre.

C'est la base du droit international, celle sur laquelle repose l'ordre mondial depuis 1945 : qu'un pays soit gouverné par un régime que nous approuvons ou non, aucune puissance étrangère n'a le droit d'y intervenir militairement sans mandat international.


Quand une menace émerge, des institutions existent précisément pour cela : l'ONU, le Conseil de sécurité, les mécanismes de médiation internationale. Imparfaits, lents, parfois impuissants, mais légitimes.


Le fait que les États-Unis soient la première puissance militaire mondiale ne les exonère pas de ces règles. Au contraire : quand le chef de meute montre l'exemple, le reste du monde prend des notes.


3/ Les institutions internationales ne peuvent pas se taire.

La comparaison avec la guerre en Ukraine s'impose d'elle-même.

L'ONU et ses membres ont dénoncé l'invasion russe avec une fermeté dont on se souvient. Pourquoi cette fermeté serait-elle conditionnée à l'identité de l'agresseur ?


Certains répondront que les objectifs ne sont pas comparables. C'est hors-sujet. Qu'importe l'objectif, même le plus sincèrement humanitaire, il n'autorise pas à violer le droit international. Jamais.

Ne pas le dire clairement, c'est déjà cautionner.


4/ Tolérer un viol du droit, c'est encourager les suivants.

Ce principe ne relève pas de la morale abstraite. Il est démontrable, chronologiquement.


Le 3 janvier 2026, Nicolás Maduro, président du Venezuela (qu'on le juge légitime ou non) a été enlevé sur ordre de Donald Trump (France 24). Une opération qui constitue une violation flagrante du droit international : l'enlèvement d'un chef d'État étranger sur son propre territoire.

Les réprimandes des gouvernements démocratiques ont été timides, embarrassées, insuffisantes.

La porte est restée ouverte. Et aujourd'hui, on y fait passer une armée.


Trump a aussi lancé les travaux de son propre Conseil de la paix, dont il ne cache pas l'ambition : remplacer l'ONU par une institution à sa main (France Info).

Enlèvement d'un chef d'État. Création d'une alternative à l'ONU. Puis attaque d'un pays souverain avec un allié aux mains déjà écarlates.

Si ce n'est pas calculé, l'univers a un sens de l'humour bien noir.


CE QUE NOS REPRÉSENTANTS ONT DIT. ET CE QU'ILS N'ONT PAS DIT.

Emmanuel Macron et quelques autres ont demi-dénoncé les violations du droit international des deux camps.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a condamné les "attaques injustifiables" de l'Iran, dont les frappes en représailles visaient majoritairement la base de la Ve flotte américaine (BFM TV).


Condamner la réponse sans nommer l'attaque initiale avec la même vigueur, c'est un choix politique. Pas une erreur de communication.

Je n'arrive même pas à blâmer les citoyens qui croient sincèrement que Fureur épique va libérer les Iraniens. Je ne comprends que trop bien, désormais, les mécanismes qui fabriquent cette croyance.

Ce sont nos dirigeants qui devraient parler, et qui se taisent, que je regarde avec consternation.


CE QU'IL NOUS RESTE

Nous sommes de pauvres spectateurs effarés face à une scène que nous n'avons pas choisie.

Mais nous ne sommes pas impuissants.

L'espace médiatique que nous occupons, même modestement, compte.

Chaque voix qui nomme les faits, qui refuse le brouillard des éléments de langage officiels, contribue à maintenir vivante une réalité que certains voudraient rendre floue.


Expliquez aux indécis que les faits parlent, qu'ils hurlent, même.

Occupez l'espace qui est à votre portée.

Ne perdez pas courage. C'est peut-être tout ce qu'il nous reste, mais ce n'est pas rien.

Que nos murmures se rejoignent en un cri que personne ne pourra faire taire.



⚠️ Cet article a été rédigé le 28 février 2026 au fil des événements. Les informations évoluant rapidement, certaines données peuvent avoir été mises à jour depuis. Les sources liées reflètent l'état des connaissances au moment de la publication.

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