Chronique 7 - Trop concentré
- Lucie Fourcade
- 23 févr.
- 3 min de lecture
9 milliardaires détiennent 80% des médias français.
Cette chronique pourrait s'arrêter sur ce simple constat, tant il est parlant.
Cette concentration met gravement en danger la liberté de la presse ainsi que notre droit à tous d'accéder à des informations exemptes de manipulations.

LES 80%
Le paysage médiatique français subit une concentration inédite depuis les débuts de la presse libre.
Voici les 9 principaux propriétaires :
Vincent Bolloré (groupe Vivendi) Il possède Canal+, CNews, Havas, Prisma Media (Voici, Capital, Femme Actuelle…), ainsi que Lagardère/Europe 1/JDD/Hachette Livre.
Bernard Arnault (groupe LVMH) Il contrôle Le Parisien/Aujourd'hui en France, Les Echos, Radio Classique, Challenges/Sciences et Avenir, et Paris Match.
Rodolphe Saadé (groupe CMA CGM) L'armateur franco-libanais détient La Provence, Corse Matin, M6, Brut, La Tribune/La Tribune Dimanche, et a finalisé à l'été 2024 le rachat d'Altice Media (BFMTV, RMC).
Xavier Niel (groupe Iliad-Free) Il est copropriétaire du groupe Le Monde (Le Monde, Télérama, Le Nouvel Obs, Courrier international, Le HuffPost…) et du groupe Nice-Matin/Var-Matin.
Daniel Kretinsky (CMI France) Le milliardaire tchèque, seul non-Français du groupe, est présent dans le capital de plusieurs médias. Il possède notamment Elle, Marianne, Les Inrocks, et est actionnaire du groupe Le Monde.
La famille Bouygues Propriétaire historique de TF1, première chaîne de France en audience.
La famille Dassault Propriétaire du Figaro et de ses nombreuses publications associées.
Patrick Drahi (Altice)
En 2014, Altice-SFR avait racheté Libération. En 2020, Drahi a transféré ses actions dans un fonds de dotation censé garantir l'indépendance du quotidien. Il a depuis cédé BFMTV et RMC à Saadé, et L'Express à Alain Weill.
François Pinault (famille Pinault/Artémis)
Propriétaire du Point.
POURQUOI ÇA POSE PROBLÈME
La mainmise des puissances financières sur la presse est une préoccupation très ancienne. Balzac ou encore Zola contestaient déjà cette concentration liberticide.
Cependant, l'historien des médias Alexis Lévrier affirme que « jamais dans l'histoire de l'Hexagone une poignée de milliardaires n'a eu une emprise aussi forte sur les chaînes de télévision, radio, journaux et magazines, et ce en pleine campagne présidentielle ».
Trois éléments rendent la concentration actuelle des plus alarmantes :
La nature des propriétaires a changé. On assiste à la création de conglomérats contrôlant à la fois des médias et des entreprises dont les activités n'ont rien à voir avec les industries culturelles.
L'éventail des supports est sans précédent. Un même propriétaire peut désormais contrôler simultanément chaînes TV, radios, presse papier, magazines, maisons d'édition et sites web — ce qui était techniquement impossible avant la convergence numérique et audiovisuelle.
La crise économique a précipité les rachats. Une crise structurelle liée au passage au numérique s'est ajoutée à une crise conjoncturelle liée au Covid, fragilisant le modèle économique des médias. Les médias, affaiblis économiquement, sont devenus des proies accessibles.
En contrôlant les informations auxquelles vous avez accès, on influence votre façon de percevoir le monde, et donc de penser.
Pas par le biais d'un article ni même de quelques dizaines. Mais avec une apparition sournoise partout où vous posez les yeux.
Ces idées subliminales savamment placées finissent tôt ou tard par se révéler efficaces sur un grand nombre de personnes.
Associer les investissements de 9 milliardaires à une volonté d'influencer la pensée populaire peut sembler friser avec le complotiste. Ce serait vrai si les chiffres n'étaient pas aussi démonstratifs.
Mais qu'importe ce que j'écris, vous êtes les seuls maîtres de vos conclusions. Il vous appartient de vérifier les faits par vous-même.
Elle est là, la véritable liberté. Savoir au lieu de croire, en doutant, en interrogeant, en vérifiant. C'est votre pouvoir de lecteur. C'est votre devoir de citoyen.
COMMENT AGIR ?
Principalement en privilégiant les médias libres (les médias publics étant forcément associés de près ou de loin au gouvernement en place).
Les médias indépendants (Mediapart, Le Canard Enchaîné, Politis, Blast, Arrêt sur images…) existent en marge de cette concentration et sont souvent financés par les abonnements et/ou des coopératives de lecteurs.
Cependant, il est tout de même pertinent de regarder ce qui se dit dans tous les médias, même les 80%. Pour lutter contre le néofascisme, il faut le débusquer où il se terre.
Il suffit alors d'éviter de les financer en ne souscrivant pas d'abonnement.
En résumé : on s'abonne à un média libre et on regarde gratuitement les contenus des 80%.
N'oubliez pas : s'informer, c'est se libérer.



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