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Chronique 217 - Zemmour : le ridicule comme seul programme

Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
Lucie Fourcade
il y a 4 heures
5 min de lecture

Portrait au vitriol d'un candidat qui dément tout ce qu'il prêche.


Zemmour, un candidat sans programme et sans légitimité, qui exige des Français d'être ce que lui-même ne sera jamais.


Lucie Fourcade
Illustration générée par IA.

UN PROGRAMME A4

Consultez son programme.

C'est rapide, le tout ne tenant que sur une page.

Rien sur les retraites.

Rien sur les salaires.

Rien sur la santé, l'éducation ou l'environnement.

Le vide sidéral d'un candidat du néant.

Un sujet unique.

L'immigration.

Une pléthore de synonymes pour un racisme décomplexé, et ô combien inopportun.


Le jour même où il officialise sa candidature, le 17 septembre 2026, il durcit encore son discours et propose de remplacer la main-d'œuvre issue de l'immigration par des robots.

Sa trouvaille : "plus on automatise l'ingrat, plus on remet de l'humain" (source : BFMTV).

Voilà l'idée neuve.

Des robots pour ne plus voir d'étrangers.


Ce n'est pas un projet de société.

C'est une obsession qui a trouvé un paravent.

Un programme, c'est censé être la liste de ce qu'on veut faire.

Le sien n'est qu'une liste de ce qu'il ne comprend pas.


LE PARADOXE DES ORIGINES

Il veut une France de souche.

Lui n'en est pas.

Éric Zemmour est né à Montreuil d'une famille juive berbère d'Algérie, arrivée en métropole en 1952.

Il le dit lui-même :"Je ne suis pas un Français de souche" (source : Observalgérie).

Un nom qui signifie "olivier" en berbère, et qui veut trier les Français selon leur sang.


Il n'est pas seul dans ce reniement.

Jean Messiha, son ancien porte-parole, est né Hossam Boutros Messiha au Caire, arrivé en France à 8 ans sans un mot de français (source : Wikipédia).

Jordan Bardella, l'allié objectif, petit-fils d'immigrés italiens, brandit le drapeau d'une nation qui a accueilli ses grands-parents.


Trois hommes que leur propre histoire contredit.

Trois enfants de l'immigration qui en font un fonds de commerce.

Le racisme, chez eux, n'est pas une conviction.

C'est une trahison de soi, montée en programme.

Ils demandent aux Français d'être ce qu'eux-mêmes ne seront jamais : des Français sans ailleurs.


LE CASIER D'OPINIONS

On voudrait nous faire croire que Zemmour dit tout haut ce que la France pense tout bas. La justice, elle, a un autre mot pour ça : délit.

En une dizaine d'années, Éric Zemmour a fait l'objet d'une quinzaine de poursuites pour injure raciale, provocation à la haine ou contestation de crime contre l'humanité. Plusieurs relaxes, mais deux condamnations au moins pour provocation à la haine.

En 2022, 10 000 euros d'amende.

Le motif : avoir qualifié des mineurs étrangers isolés de voleurs, de violeurs et d'assassins, sur le plateau de CNews (source : Le Devoir).


Ce ne sont pas des dérapages.

C'est une méthode, jugée, sanctionnée, recommencée.

Sa haine, il la recycle.

Et c'est son seul geste écologique.


LA VIRILITÉ EN CARTON-PÂTE

Éric Zemmour a fait de la virilité une théorie.

Il n'en a jamais eu la pratique.


Dans Le Premier Sexe, son homme idéal "entreprend, assaille et conquiert" (source : Wikipédia). 

Ailleurs, il ravale les femmes au rang de "but et butin de tout homme doué qui aspire à grimper" (source : Brut).

Voilà le prédateur autoproclamé.

Regardez la bête.


Un petit homme en costume trop grand, effrayé par ces femmes qui le dépassent.

Deux fois recalé à l'ENA, jamais élu, éliminé dès le premier tour dans son propre fief du Var (source : Wikipédia).

Le grand conquérant n'a jamais rien conquis qu'un fauteuil de plateau et un micro.

La virilité qu'il vend, il ne l'incarne pas.

Il la mime, sous les projecteurs, comme un décor de carton-pâte.


Et le décor cache pire.

En mars 2022, Mediapart a recueilli les témoignages de 8 femmes l'accusant de gestes déplacés et d'agressions sexuelles, d'anciennes hôtesses et stagiaires notamment (source : franceinfo).

Il conteste, et il n'y a aucune condamnation à ce jour.

Mais le théoricien de la conquête laisse derrière lui des femmes qui parlent.

Celui qui juge la virilité du monde ferait mieux de commencer par la sienne.


DES STREAMERS POUR PROPAGER LE VIDE

Zemmour ne cherche pas des électeurs.

Il tape dans le plus gros vivier masculiniste des réseaux.


Le 13 septembre 2026, à l'université d'été de Reconquête, le streamer Sardoche monte sur scène aux côtés d'Éric Zemmour et de Sarah Knafo, 1,2 million d'abonnés sur Twitch (source : StreetPress). 

Le streamer, lui, veut devenir député (source : Wikipédia).


L'outil est moderne, la méthode moins.

On hameçonne avec une idée, une colère, un ennemi.

On vise ceux qui n'ont que faire d'un programme, pourvu qu'on flatte leur ressentiment.

Mais l'hameçon ne fait pas le militant.

On mord, on like, on partage, et on en reste là.


Brasser de l'émotion n'est pas faire de la politique.

On s'indigne, on clashe, on buzze.

On ne propose rien.

On ne construit rien.

On ne vote rien.

Des abonnés à l'image du programme.

Beaucoup de bruit, aucun engagement.

Un public, pas une force.


BAS DE PLAFOND

En 2022, il devait tout emporter.

Il a fait 7,07 %.


Quatrième.

Derrière Macron, Le Pen, Mélenchon.

Aucun député élu, son parti Reconquête à 4,24 % aux législatives.

Lui-même éliminé dès le premier tour dans sa propre circonscription du Var (source : Wikipédia).


Les sondages le voyaient au second tour.

Les urnes l'ont renvoyé au studio.

Depuis, rien n'a changé.

Le même homme, le même disque, le même vivier.

Il repart en 2027 avec l'assurance de ceux qui n'apprennent rien.

On peut ratisser tous les streamers de France.

On ne transforme pas un plafond de verre en tremplin.

L'émotion fait des vues, pas des voix.

Le ridicule ne fait pas illusion deux fois.


LE RIDICULE NE TUE PAS, MAIS IL NE GOUVERNE PAS NON PLUS

Reprenons.

Un programme sur une page, vide de tout sauf de haine.

Un raciste qui descend de l'immigration.

Un condamné qui prend ses délits pour du courage.

Un viriliste qui érige un modèle de masculinité qu'il n'incarne même pas.

Un conquérant modèle, qui n'a jamais pris qu'un plateau télé, dont il a en plus été évincé.

Un « beau » parleur qui préfère les streamers aux travailleurs.

Un candidat qui plafonne, et recommence.


Ce n'est pas un projet.

C'est une imposture.



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