top of page

Chronique 96 - Vous faut-il des rafles pour vous réveiller ?

  • Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
    Lucie Fourcade
  • 21 mai
  • 5 min de lecture

Tribune sans concession sur l'indifférence qui tue.


La France est à 12/16 sur l'échelle de fascisation.

12 cases cochées.

12 signaux documentés, vérifiables, et irrécusables.

Vous le savez.

Ou vous pourriez le savoir : l'information existe, elle circule, elle crie.

Et pourtant vous attendez.

Un seuil.

Un événement.

Quelque chose d'assez grave pour justifier que vous bougiez enfin.


Pendant 10 ans, j'ai attendu.

Comme vous.

Le travail. Les enfants. La vie.

Toutes ces choses qui ressemblent à bonnes raisons et qui sont des excuses.


Mon seuil à moi, c'étaient des images venues des États-Unis : des agents armés, des portes défoncées, des familles brisées sous les yeux des enfants.

L'ICE.

Et quelque chose en moi s'est brisé : cette certitude trop confortable que ça ne pouvait pas arriver ici.

Ça peut.

Ça commence.

Cette chronique ne vous apportera pas de réconfort.

Elle va vous demander de regarder en face ce que vous avez choisi, jusqu'ici, de ne pas voir.


Lucie Fourcade

FASCISATION DE LA FRANCE : 12/16. ET PERSONNE NE TREMBLE.

Je vais être directe.

12 cases sur 16.

C'est le score de la France sur l'échelle de fascisation : 16 critères construits à partir des travaux d'Umberto Eco, d'Ugo Palheta, de Michaël Foessel, étayés par les données documentées de RSF, d'Amnesty International, de Human Rights Watch.

12 critères vérifiables, que vous pouvez aller checker vous-même (source Chroniques de la Nouvelle Résistance).


Selon cette grille, 12/16 correspond à une fascisation avancée.

Pas au fascisme installé, pas encore.

Mais à ses conditions de possibilité, solidement en place.

Et pourtant.

Je regarde autour de moi, et je vois des gens qui débattent du prix de l'essence.

Des gens qui s'indignent d'une phrase de tel ou tel candidat sans mesurer le mouvement d'ensemble.

Des gens qui savent, vaguement, que quelque chose ne va pas, mais qui attendent.

Quoi, exactement ?

Que quelqu'un d'autre se lève en premier ?

Il n'y a pas de "quelqu'un d'autre".

Il n'y a que nous.


BÉGAIEMENT HISTORIQUE. BÉGAIEMENT MORAL.

L'histoire du fascisme, ce n'est pas l'histoire de monstres qui ont surgi de nulle part.

C'est l'histoire de gens ordinaires qui ont regardé ailleurs.

Qui ont dit "ça ne peut pas arriver ici".

Qui ont attendu que ça se tasse.

Qui ont cru que les institutions tiendraient.

Qui ont pensé que l'exagération venait des alarmistes.


Les contemporains des années 1930 n'étaient pas stupides.

Ils n'étaient pas lâches pour la plupart.

Ils étaient dépassés par la vitesse des glissements, épuisés par l'instabilité, anesthésiés par la normalisation progressive.


Nous sommes en train de reproduire exactement ce schéma.

Non pas parce que nous sommes stupides ou lâches.

Mais parce que le mécanisme est le même : les frontières reculent une à une, chaque recul étant absorbé avant le suivant, jusqu'à ce que ce qui aurait été inacceptable il y a 5 ans devienne la norme.

C'est ce que les historiens appellent le déplacement du seuil de tolérance.

Et nous y sommes.


Le bégaiement n'est pas seulement historique.

Il est moral.

Nous répétons les mêmes erreurs non pas parce que nous ignorons l'histoire, mais parce que nous choisissons de croire que nous en sommes exemptés.


LA NEUTRALITÉ, CE CAMP QUI N'EXISTE PAS

Il faut nommer quelque chose ici, sans détour.

La neutralité n'est pas une position sage.

Ce n'est pas le signe d'un esprit équilibré.

Ce n'est pas le signe d'un citoyen raisonnable qui refuse les extrêmes, faussement symétriques.

C'est un choix.

Et comme tout choix, il a des conséquences.


Quand les cases se cochent une à une, choisir de ne pas se positionner, c'est choisir de ne pas gêner ceux qui les cochent.

La neutralité libère le terrain.

Elle est le confort des gens bien qui préfèrent ne pas avoir à se salir les mains.


Je l'ai été.

Pendant une décennie, j'ai cultivé cette neutralité commode, trop occupée, trop fatiguée, trop bien installée dans une vie qui ne me demandait pas de prendre parti.

Le travail.

La maternité.

Les urgences du quotidien.

Autant de raisons honnêtes qui finissent par ressembler à des excuses.


La neutralité face au fascisme n'est pas une absence de position.

C'est une position.

Celle qui dit : "je laisse faire".

Et "laisser faire" a un nom dans les livres d'histoire.

Ça s'appelle la complicité passive.

Personne ne se voit ainsi.

Tout le monde se voit comme quelqu'un qui n'avait pas le temps, pas les moyens, pas l'énergie.

Ce camp-là, le camp de la neutralité, n'existe pas.

Il n'y a que deux côtés.

Et quand on ne choisit pas, le mauvais camp le fait pour nous.


“ON NE SAVAIT PAS”, L'EXCUSE QUI NE TENAIT DÉJÀ PAS POUR LES VOISINS D'AUSCHWITZ.

Dachau est à 16 kilomètres de Munich.

Les habitants de la ville sentaient.

Les trains passaient.

Les études historiques, notamment celles de Robert Gellately dans Backing Hitler, montrent que la population allemande n'ignorait pas l'existence des camps.

Elle choisissait de ne pas en savoir davantage.

Ce n'est pas de l'ignorance.

C'est de l'esquive volontaire.

Et la distinction est capitale.


Hannah Arendt l'a nommée : la banalité du mal ne réside pas dans les bourreaux exceptionnels. Elle réside dans les gens ordinaires qui font leur travail, qui ne posent pas de questions, qui maintiennent la normalité autour de l'anormal.


Aujourd'hui, les camps ne sentent pas encore.

Mais les articles existent.

Les rapports existent.

Les images existent.

Mediapart enquête.

Basta! documente.

Arrêt sur Images décortique.

Des dizaines de journalistes indépendants, de chercheurs, d'associations de défense des droits produisent, publient, alertent, souvent sans moyens, souvent sous pression.

Choisir de ne pas cliquer, c'est la version 2026 de choisir de ne pas regarder par la fenêtre.

L'excuse du "on ne savait pas" ne tiendra pas.

Ni face aux autres.

Ni face au miroir.

Elle n'a pas tenu pour les voisins d'Auschwitz.

Elle ne tiendra pas pour nous.


QU'EST-CE QUI VOUS CHOQUERA ASSEZ POUR QUE VOUS BOUGIEZ ?

Je pose cette question sérieusement.

Pas pour faire peur.

Pas pour vexer.

Pour comprendre.


Qu'est-ce qui manque ?

Des rafles ?

Il y en a déjà eu, de manière ciblée, sous couvert de politique migratoire (source Franceinfo).

Des actes de violence contre des minorités normalisés par le discours politique dominant ?

C'est en cours.

Des médias aux mains de milliardaires proches du pouvoir ?

La carte se dresse sous nos yeux.

Un appareil judiciaire sous pression ?

Les signaux sont là.


Alors quoi ?

Une ICE française : ces unités d'immigration armées qui font irruption dans les foyers, séparent les familles, opèrent dans la terreur ?

Des camps, clairement nommés comme tels ?

Un état d'urgence permanent ?

Une loi qui suspend les garanties fondamentales ?


Vous faut-il des camps de la mort pour vous réveiller ?

Parce que voilà ce que l'histoire nous enseigne : quand l'indicible est enfin nommé, il est souvent trop tard pour l'arrêter par des moyens ordinaires.

Les cases ne se cochent pas toutes en même temps.

Elles se cochent une à une, pendant que la vie continue, pendant que vous attendez.

Vous venez de lire ceci.

Vous savez.

Ce que vous faites de ce savoir ne me regarde plus.

Ça vous regarde, vous.



Cet article vous a interpellé, mis en colère, fait réfléchir ? C'est exactement pour ça qu'il a été écrit.

Votre soutien, c'est le carburant de la résistance ! Contribuez sur Tipeee.

🔔Abonnez-vous à la newsletter "La Lettre du Dimanche" pour recevoir directement dans votre boîte mail les analyses que les médias dominants ne font pas. Pas de publicité, pas de compromis, juste l'engagement de regarder le monde en face. S'informer, c'est déjà résister !

👉Rejoignez également la communauté sur Facebook pour suivre les publications en temps réel, partager les articles et participer aux discussions.


Parce qu'il n'y a pas de résistance possible sans conscience collective.

Commentaires


bottom of page