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Chronique 143 - Une condamnée à l'Élysée : le pari de l'extrême-droite

  • Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
    Lucie Fourcade
  • 7 juil.
  • 4 min de lecture

Comment une condamnation se change en candidature, et le vote en blanchiment.


Une femme reconnue coupable de détournement de fonds publics s'est déclarée, le soir même, candidate à la présidence de la République.

Face au verdict, elle a rejeté les juges et désigné un autre tribunal : les Français.

La justice a tranché.

Elle demande maintenant aux électeurs de dire le contraire.


Lucie Fourcade

COUPABLE À 13H30, CANDIDATE À 20H

Le 7 juillet 2026, la cour d'appel de Paris a confirmé la culpabilité de Marine Le Pen : détournement de fonds publics et complicité (source franceinfo).


L'affaire est connue.

Entre 2004 et 2016, plus de 4,4 millions d'euros du Parlement européen ont servi à payer des salariés du parti (source Public Sénat).

Un système monté sous Jean-Marie Le Pen, prolongé par sa fille.


La cour a réduit la peine.

3 ans de prison, dont un an sous bracelet électronique.

45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis : 15 mois fermes, déjà purgés depuis la première instance (source France 24).

Elle redevient éligible.


Le verdict tombe à 13H30.

À 20H, sur TF1, elle annonce sa candidature (source franceinfo).


Coupable à l'audience.

Candidate au journal télévisé.

Le même jour.


LE PEUPLE CONVOQUÉ POUR EFFACER LE VERDICT

Face à la condamnation, elle répond en rejetant les juges.

Et en désignant un autre tribunal : les Français.

"Les Français seront juges", lance-t-elle (source TF1).

Quelques minutes plus tôt, elle se disait heureuse qu'on ait rendu aux Français leur liberté de voter (source franceinfo).


Pesons ces mots.

Une cour la déclare coupable d'avoir détourné l'argent public.

Elle répond que cette cour a privé le peuple de son vote.

Le voleur se fait passer pour la victime.

La coupable, pour une persécutée.


C'est une méthode.

Les institutions ont de la valeur tant qu'elles lui sont utiles.

Elles deviennent illégitimes dès qu'elles la sanctionnent.

Le juge qui condamne est écarté ; l'électeur, transformé en tribunal populaire, doit annuler le verdict.


Distinguons, car tout est là.

Juger politiquement, les Français le doivent : c'est leur droit, c'est leur force.

Mais le vote tranche des projets, pas des culpabilités.

Les confondre, voilà le tour de passe-passe.


LE PARTI DU CASIER VIERGE PRÉSENTE UNE CONDAMNÉE

Le 18 novembre 2024, sur BFM TV, un homme posait une règle.

Jordan Bardella, président du Rassemblement national : le casier judiciaire vierge, "règle numéro 1" pour qui veut être parlementaire de la République (source Public Sénat).

Sur le plateau, le journaliste lui renvoie aussitôt la seule question qui compte : et si Marine Le Pen est condamnée ?

Il se dit convaincu de son innocence.


Nous y sommes.

Elle est condamnée.

Elle est candidate.

La règle numéro 1 du parti se fracasse sur la cheffe du parti.


Et ce cas en rappelle bien d'autres.

Ce mouvement compte de nombreux cadres poursuivis ou condamnés (source Yahoo Actualités).

L'honnêteté brandie comme un drapeau.

La condamnation collectionnée comme une habitude.


Une précision, parce qu'elle nous arme.

Bardella parlait des parlementaires.

Nous parlons de la présidence.

L'exigence d'honnêteté y est encore plus grande.

Quand on vise l'Élysée, on doit être exemplaire.


UNE PEINE SUR MESURE

Regardons comment ça fonctionne.

La cour a adapté la peine à son cas.

Juste assez pour qu'elle reste éligible.

Les juristes annonçaient qu'un tel allègement serait exceptionnel (source Public Sénat). La cour l'a accordé.


Puis vient le pourvoi en cassation.

Marine Le Pen affirme qu'il suspend les peines de l'appel, et qu'elle fera donc campagne sans bracelet (source franceinfo).

Retenons bien la nuance : elle l'affirme ; mais sur ce point, le droit n'a pas tranché.


La procureure générale décidera la semaine prochaine si le parquet se pourvoit lui aussi ; le délai court jusqu'au 20 juillet (source France 24).

Le résultat, lui, est déjà là.

Une candidate condamnée.

Une campagne menée libre.

Chaque verrou légal offrait une sortie.

Elle les a toutes prises.


LE BULLETIN PRIS POUR UN BLANCHIMENT

Reste la question qui nous concerne.

Que dit ce geste des Français eux-mêmes ?

Il les prend pour arbitres.

Il parie que le vote lavera le verdict.

Que le nombre de voix effacera la gravité des faits.

"Les Français seront juges" : écoutons bien la demande.

Pas un projet à choisir.

Un détournement à pardonner.


Le vote pour l'extrême-droite s'explique.

Il a des causes réelles : la colère, l'abandon, la défiance accumulée depuis des années. Nous les prenons au sérieux.

Expliquer, c'est une chose.

Excuser, c'en est une autre.

Comprendre un vote ne le rend pas juste.

Voter en conscience pour une condamnée reste un choix.

Et un choix engage celui qui le fait.

Glisser ce bulletin RN en connaissance de cause, c'est valider une idée : que détourner l'argent public ne disqualifie pas pour gouverner.

Voilà le pari qu'on nous propose.

Voilà ce que nous refusons.


OUI, NOUS SERONS LES JUGES

Le verdict : coupable.

La candidature : déclarée.

Entre les deux, un pari : que l'urne lavera ce que la cour a établi, que le nombre de voix effacera la tâche.


Notre réponse tient en deux gestes.

Nous nous souviendrons.

Et nous refuserons la manœuvre.


Juger politiquement, c'est notre droit : nous l'exercerons pleinement.

Le bulletin choisit une politique.

Il ne lave pas un délit.


"Les Français seront juges."

Soit.

Alors jugeons.

Et juger, d'abord, c'est refuser que l'urne serve de lessive.



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