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Chronique 71 - Trois fois Trump : martyr en suspens ?

  • Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
    Lucie Fourcade
  • 26 avr.
  • 9 min de lecture

Des enquêtes bloquées, des responsables non licenciés, et un homme qui vaudrait plus au panthéon des martyrs que dans le Bureau ovale.


Depuis juillet 2024, Donald Trump a survécu à trois tentatives d'attentat en moins de deux ans.

À chaque fois, les mêmes questions : comment a-t-on pu laisser faire ?

Qui bénéficie de l'opacité qui s'ensuit ?


Et si la vraie question n'était pas qui veut tuer Trump, mais à qui profiterait réellement sa mort ?


Lucie Fourcade

LA TRIPLETTE

Le 13 juillet 2024, à Butler, Pennsylvanie, Thomas Matthew Crooks, 20 ans, monte sur un toit à 135 mètres de l'estrade et tire huit coups de feu en direction de Donald Trump.

Une balle effleure son oreille droite.

Un militant dans l'assistance, Corey Comperatore, est tué.

Deux autres personnes sont grièvement blessées.


Le 15 septembre 2024, à West Palm Beach, Floride, Ryan Wesley Routh attend 12 heures dans des buissons en bordure du parcours de golf de Trump International, armé d'un fusil AK-47.

Un agent du Secret Service aperçoit le canon à temps.

Routh fuit, est arrêté sur l'autoroute, reconnu coupable de tentative d'assassinat en 2025.


Le 25 avril 2026, à Washington, lors du dîner annuel des correspondants de la Maison Blanche (le gala de la presse le plus médiatisé de l'année), Cole Tomas Allen, 31 ans, diplômé du California Institute of Technology, franchit en courant un poste de contrôle armé d'un fusil de chasse, d'un pistolet et de plusieurs couteaux.

Un agent est touché à son gilet pare-balles.

Trump et Vance sont évacués en urgence.


Trois événements.

Trois périmètres de sécurité franchis ou contournés.

Trois fois le même bilan : des questions sans réponses, des enquêtes incomplètes, et une presse qui, en France notamment, cède à la complaisance automatique avant même que les faits soient établis.

LCI titre que l'exfiltration de Trump était "millimétrée", alors que les images intégrales virales montrent plusieurs secondes de sidération totale dans la salle avant que quiconque ne bouge.


C'EST UNE BRÈCHE. C'EST UNE FAILLE. QUE DIS-JE, UNE FAILLE ? C'EST UN GOUFFRE !

Butler.

Le Government Accountability Office (GAO), auditeur non partisan du Congrès américain, a rendu ses conclusions en juillet 2025 après onze mois d'enquête.

Ce qu'il établit est accablant.

Dix jours avant le meeting de Butler, le 3 juillet 2024, des responsables de haut rang du Secret Service ont reçu un briefing sur une menace classifiée pesant sur la vie de Trump.

Cette menace, confirmée par plusieurs sources comme liée à un complot iranien, n'a été transmise à aucun des agents en charge de la sécurité du meeting, ni aux forces de l'ordre locales (source GAO / Sénat Grassley).

La raison invoquée : le Secret Service "n'avait aucun processus pour partager les informations de menace classifiées avec ses partenaires lorsque l'information n'était pas considérée comme une menace imminente ".

En d'autres termes : un complot de sniper iranien contre un candidat à la présidence américaine, dix jours avant un rassemblement en plein air, n'était pas jugé suffisamment "imminent" pour être partagé avec les équipes sur le terrain.


Le toit utilisé par Crooks avait été identifié avant l'événement comme un risque de ligne de tir.

Des superviseurs attendaient que du matériel agricole obstrue la vue.

Il ne fut jamais placé.

Des agents qui visitèrent le site le constatèrent.

Ils n'en informèrent pas leurs supérieurs.

L'agente responsable de la sécurité du site était à ce poste pour la première fois : Butler était son premier grand événement en plein air (source Fox News / rapport GAO).

À 17h45, plus d'une heure avant que Crooks tire, des snipers locaux de Beaver County l'avaient photographié et envoyé ces photos au poste de commandement.

Il monta quand même sur le toit.

Il ouvrit quand même le feu.


La task force bipartisane de la Chambre des représentants a conclu dans son rapport final de décembre 2024 que l'attentat était "évitable", résultant de "défaillances importantes dans la planification, l'exécution et le leadership".

Elle a formulé 37 recommandations d'urgence (source Just The News).

La sanction ?

Six agents suspendus sans solde, de dix à quarante-deux jours.

Aucun licenciement.

Les structures en place sont restées intactes.


Au dîner des correspondants d'avril 2026, plusieurs journalistes ont témoigné avoir été étonnés de la facilité avec laquelle ils avaient pu s'approcher de la salle avant tout contrôle.

L'hôtel Hilton de Washington, ce même bâtiment où Reagan avait été blessé en 1981, n'a pas donné lieu à une révision complète du protocole depuis lors.

Sur les vidéos AFP, on voit clairement les premiers coups sourds retentir sans provoquer de réaction immédiate de la part des agents présents dans la salle.


LE MUR DU SILENCE

Au-delà des défaillances opérationnelles, c'est l'opacité qui constitue le signal le plus troublant.

Le congressiste républicain Pat Fallon, membre de la task force d'enquête sur l'attentat de Butler, a déclaré publiquement : "Nous nous sommes clairement retrouvés face à un mur. Quand nous avons finalement obtenu des réponses que nous pensions complètes, il s'avère maintenant qu'elles ne l'étaient pas" (source The National News Desk).

Le FBI avait initialement affirmé au Congrès que le tireur Thomas Matthew Crooks avait une présence en ligne quasi inexistante.

Des enquêtes ultérieures ont révélé l'existence d'au moins dix-sept comptes sur les réseaux sociaux, une chronologie de radicalisation progressive, et des comptes email chiffrés étrangers impossibles à décrypter (source The National News Desk).


Crooks fut incinéré le 23 juillet 2024, dix jours après l'attentat, le jour même où des commissions de la Chambre annonçaient l'ouverture d'une enquête.

Le représentant Clay Higgins a déclaré que "personne ne le savait, incluant le coroner du comté".

Il ajoutera : "Nous ne saurons jamais vraiment" (source Deseret News).

L'inspecteur général du DHS (sécurité intérieure) s'est vu bloquer l'accès à l'enquête sur Butler.

Les rapports balistiques restent classifiés.

Le FBI a clôturé officiellement l'enquête en novembre 2025, concluant à un tireur isolé sans motif identifié, et sans avoir fourni de reconstruction forensique publique comparable à celle rendue après l'attentat contre Reagan en 1981.


Joe Kent, ancien directeur du Centre national de contre-terrorisme, a démissionné de l'administration Trump en mars 2026 pour protester contre la guerre en Iran.

Dans un entretien avec Tucker Carlson, il a déclaré : "Il y avait plus à investiguer et nous en avons été empêchés".

Il a relevé notamment qu'un complot iranien (l'affaire Asif Merchant) avait été démantelé deux jours avant Butler, et que des liens potentiels entre les deux événements n'avaient pas été explorés (source Snopes).

Kent a été prudent dans ses formulations : il n'a accusé personne nommément.

Mais sa déposition a eu l'effet d'une étincelle dans un paysage politique déjà inflammable.


DES PROFILS QUI NE DISENT RIEN EN DISANT TOUT

L'un des angles le plus révélateur, et le moins traité par les médias français, est l'analyse comparative des profils des trois tireurs présumés.


Thomas Matthew Crooks (Butler, juillet 2024) : 20 ans, de Bethel Park, Pennsylvanie. N'appartient à aucun mouvement politique structuré.

Un don de 15 dollars à la plateforme démocrate ActBlue en 2021 a été instrumentalisé par la droite, mais ses recherches récentes couvraient aussi bien des figures conservatrices que progressistes.

Le FBI n'a identifié aucun motif cohérent.

Son profil est celui d'un individu isolé, compartimentant sa vie, se radicalisant dans une chambre, sans interlocuteur, sans réseau, et pourtant capable d'une précision de sniper à 135 mètres (source CBS News).


Ryan Wesley Routh (Floride, septembre 2024) : 58 ans, ex-soutien de Trump en 2016, devenu farouche opposant après son élection, engagé volontaire en Ukraine, donateur démocrate.

Il avait publié un livre auto-édité de 291 pages sur la géopolitique mondiale.

Condamné à perpétuité en 2025.

C'est le seul des trois avec un profil politiquement lisible, mais celui d'un individu instable et isolé, pas d'un agent organisé (source NPR).


Cole Tomas Allen (Washington, avril 2026) : 31 ans, diplômé du California Institute of Technology, enseignant à temps partiel et développeur de jeux vidéo.

Ses motivations restent inconnues à l'heure de cette publication.

Son profil ne correspond à aucune catégorie politique établie.


Ce que cette comparaison révèle n'est pas ce qu'on en dit généralement.

L'absence de profil cohérent est elle-même un signal.

Si ces tentatives relevaient d'une opposition politique organisée, on trouverait des militants, des connexions, des réseaux.

On trouve au contraire des cas isolés, des hommes sans ancrage idéologique solide, dont les trajectoires vers la violence restent partiellement inexpliquées.

C'est précisément ce type de profil qui, dans les études de renseignement, est associé aux situations de facilitation plutôt qu'à celles de commanditement direct.

Facilitation.

Le mot est posé.

Il appelle une question que les défaillances seules ne suffisent pas à épuiser.


L'HOMME QUI VALAIT PLUS MORT QUE VIF

À qui profiterait le crime ?

C'est la question que les médias mainstream refusent presque systématiquement de poser, au nom d'une prudence qui ressemble parfois à de la complicité.

Posons-la donc avec la rigueur qu'elle mérite.


Trump vivant en avril 2026, c'est un président dont la cote d'approbation a atteint son niveau le plus bas depuis le début de son second mandat : 37% selon un sondage NBC News Decision Desk portant sur plus de 32 000 adultes.

Parmi les partisans autoproclamés du mouvement MAGA eux-mêmes, 13% désapprouvent la gestion du conflit iranien.

Les électeurs indépendants ne sont plus que 26% à approuver sa politique : une chute de 15 points en un an (source CiberCuba / NBC Decision Desk).


Trump en exercice insulte publiquement le pape Léon XIV, "FAIBLE face à la criminalité, et catastrophique en matière de politique étrangère", après que le souverain pontife a appelé à la paix au Moyen-Orient.

Il froisse ses alliés régionaux cruciaux au moment où la guerre en Iran exige une coalition diplomatique.

Il détériore des décennies d'alliances construites avec précision (source Le Devoir).


L'expérience de Butler 2024 a déjà fourni la démonstration grandeur nature de l'effet martyr à demi-dose.

Le survivant politique a été transfiguré en miraculé.

La convention républicaine de Milwaukee, deux jours plus tard, s'est déroulée dans une ambiance de liesse messianique.

L'image (oreille ensanglantée, poing levé, drapeau américain) a fait le tour du monde et s'est immédiatement retrouvée sur des milliers de vêtements militants (source Le Devoir).

Mort, Trump deviendrait l'idée pure de Trump : inattaquable parce qu'incommensuré à la réalité, inaltérable parce que soustrait au temps, inaccessible à la déception.

Ses sorties de route diplomatiques, ses mensonges sur ses sondages, ses contradictions avec les promesses MAGA sur l'Iran : tout serait effacé d'un coup de martyr.

Les midterms de novembre 2026, pour lesquels les républicains anticipent actuellement des pertes significatives, pourraient être retournés par la seule puissance d'un deuil national.


Et le bénéficiaire immédiat, constitutionnellement désigné, porte un nom : JD Vance.

Vance accédant à la Maison-Blanche par succession bénéficierait simultanément de l'aura du martyr et de la légitimité constitutionnelle, sans avoir à remporter une élection dans un contexte défavorable.

Et il est, sur le plan idéologique, significativement plus doctrinaire que Trump.

L'analyste François Godement de l'Institut Montaigne notait dès juillet 2024 qu'il faut "remonter à Nixon, voire à Theodore Roosevelt, pour trouver un vice-président à la fois aussi fort et susceptible de devenir un jour lui-même président" (source Institut Montaigne).


D'autres cercles bénéficieraient également d'un tel scénario.

L'aile néo-réactionnaire structurée du mouvement, qui a toujours trouvé Trump trop imprévisible et insuffisamment doctrinal.

Les réseaux néoconservateurs souhaitant consolider une ligne dure permanente indépendante des humeurs présidentielles.

Certains acteurs étrangers dont les intérêts divergent de ceux d'un Trump vivant mais affaibli.


Pour être précis : cette analyse démontre que la mort de Trump bénéficierait à des acteurs identifiables.

Elle ne démontre pas qu'ils ont commandité les tentatives d'attentat.

Le cui bono est un outil d'investigation, pas une conclusion.

Mais dans un contexte de défaillances sécuritaires documentées, d'enquêtes bloquées et de bénéficiaires politiques clairement désignables, l'absence de toute volonté institutionnelle de clarifier est elle-même un acte politique.


LA QUESTION QU'ON N'A PAS LE DROIT DE NE PAS POSER

On nous demande de choisir entre deux postures également confortables : la théorie du complot d'un côté, la déférence aux institutions de l'autre.

Croire que tout est orchestré, ou croire que tout va bien.

Les deux dispensent de penser.

Cette chronique n'a choisi ni l'une ni l'autre.

Ce qu'elle a fait, c'est lire les rapports que personne ne cite.

Compter les défaillances que personne ne sanctionne.

Nommer les bénéficiaires que personne n'interroge.

Et poser, avec la rigueur que ce sujet exige, la seule question qui vaille : dans un système où les enquêtes se ferment avant d'être terminées, où les corps sont incinérés avant d'être examinés, où les inspecteurs généraux se heurtent à des portes closes, qui a intérêt à ce que la vérité reste floue ?


Trump vivant déçoit.

Trump mort sanctifie.

C'est une mécanique aussi vieille que le pouvoir.

Et c'est précisément parce qu'elle est connue, documentée et prévisible, qu'il est inexcusable de faire semblant de ne pas la voir.

La Résistance, c'est aussi ça : refuser les deux fainéantises.

Ni la crédulité du complot, ni la naïveté institutionnelle.

Juste les faits.

Juste les questions.

Jusqu'au bout.

Quoi qu'il en coûte.



Cette chronique a été finalisée et publiée le 25 avril 2026, dans les heures suivant l'événement du dîner des correspondants. Les faits relatifs à Cole Tomas Allen sont établis sur la base des images disponibles à l'heure de publication.

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