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Chronique 75 - Trente morts. Zéro condamné. Voici la série “La République des cadavres”.

  • Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
    Lucie Fourcade
  • il y a 3 jours
  • 7 min de lecture

Les gens qui en savent trop ne vieillissent pas, dans la Ve République.

Voici comment. Voici pourquoi. Voici les noms.


En France, les gens qui en savent trop se noient dans cinquante centimètres d'eau.

Leur avion s'écrase sans raison.

Ils se tirent deux balles dans la tête et la justice classe ça en suicide.


30 cas documentés.

Un seul mécanisme.

9 chroniques pour tout mettre à plat : une par semaine, sans rien laisser de côté.


Lucie Fourcade

BOULIN : LE COLD CASE QUI EXIGE QU'ON N'OUBLIE PLUS LES AUTRES

Le 30 octobre 1979, on retrouve Robert Boulin noyé dans cinquante centimètres d'eau.

Le ministre du Travail de Giscard.

Résistant historique.

Pressenti pour Matignon.

Visage tuméfié.

Bourré de somnifères.

Les gendarmes voient immédiatement des traces de pas qui sortent de l'étang : quelqu'un a porté le corps jusqu'à l'eau après l'avoir tué ailleurs.

La justice classe en suicide en quelques semaines.


Quarante-sept ans plus tard, une troisième autopsie invalide formellement la thèse de la noyade.

Les poumons prélevés lors de la première autopsie ont disparu entre-temps.

La CIA reconnaît détenir des archives classifiées sur cette affaire.

Et le principal témoin qui avait entendu des membres du Service d'Action Civique (SAC - association de défense du gaullisme) avouer le meurtre vient de mourir, en avril 2026, quelques semaines avant que le pôle cold cases de Nanterre ne soit enfin saisi du dossier.

Voilà où on en est.

Presque un demi-siècle après.

Pour un ministre en exercice, tué par sa propre famille politique.

Ce n'est pas une exception.

C'est le modèle.


LE SCHÉMA

Prenez n'importe lequel des 30 cas que cette série va documenter.

Vous trouverez toujours la même séquence, dans le même ordre, avec la même précision mécanique.


Une personne qui sait trop. 

Un ministre qui détient les comptes secrets d'un parti.

Un juge qui remonte trop haut dans les réseaux entre grand banditisme et pouvoir.

Un avocat qui construit des alliances politiques qui dérangent.

Un agent des services qui a vu ce qu'il n'aurait pas dû voir.

Un journaliste sur le point de publier.


Une mort commode. 

Suicide.

Noyade.

Accident de voiture piégée.

Crash d'avion inexplicable.

Défenestration.

Crise cardiaque providentielle, survenant dix-neuf jours après une mise en examen qui menaçait directement l'Élysée.

Rarement un assassinat revendiqué.

Toujours une mort qui arrange tout le monde.


Une enquête sabotée. 

Des pièces à conviction qui disparaissent.

Des témoins jamais entendus.

Un procureur qui classe trop vite.

Une autopsie bâclée.

Des archives classées secret-défense pendant des décennies.

Une instruction confiée à l'organe de contrôle interne de l'institution concernée.


Le silence. 

Institutionnel.

Médiatique.

Syndical.

Le silence de ceux qui savent, et qui ont compris que savoir peut coûter cher.

Le silence des partis politiques, droite et gauche confondues, qui ont chacun leur part dans au moins l'un de ces dossiers.


Ce mécanisme s'est reproduit sous tous les présidents de la Ve République.

Sans interruption.

Sans remords.

Sans jugement.


CE QUE CETTE SÉRIE VA DOCUMENTER

Voici ce que cette série va mettre à plat, affaire par affaire, avec les sources, les archives disponibles, et les noms.


13 crimes avérés, jamais jugés.

Mehdi Ben Barka, enlevé devant la brasserie Lipp en 1965 avec la complicité directe du SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), corps dissous dans de l'acide, archives toujours classifiées soixante ans après.

Henri Curiel, militant anticolonialiste abattu de quatre balles dans son hall d'immeuble en 1978 par un commando identifié mais jamais poursuivi.

Le juge Renaud, tué à Lyon en 1975 parce qu'il remontait trop haut dans les liens entre le gang des Lyonnais et le financement occulte du RPR.

La famille Massié massacrée en 1981 (6 morts dont un enfant de 7 ans) par le SAC gaulliste, parce que le père menaçait de livrer des documents compromettants.


8 cas où la version officielle est matériellement impossible.

Pierre Bérégovoy retrouvé mort d'une balle dans la tête le 1er mai 1993, dépositaire de tous les secrets du financement occulte mitterrandien.

François de Grossouvre, confident personnel de Mitterrand pendant 20 ans, mort dans son propre bureau à l'Élysée.

René Lucet, retrouvé mort de deux balles dans la tête, avec pour verdict officiel : suicide.

Michel Baroin, dont l'avion en parfait état s'écrase inexplicablement au Cameroun alors qu'il nourrissait des ambitions présidentielles.


6 morts autour des frégates de Taïwan.

Ingénieurs de Thomson défenestrés, agents de la DGSE (Direction générale de la Sécurité extérieure) tombés de leur balcon la veille d'un rendez-vous avec un journaliste, cancers foudroyants.

Chaque mort éteint un témoin d'un scandale de rétrocommissions impliquant directement l'entourage de Balladur et de Chirac.


Et les cas plus récents.

Jean-Luc Brunel, maillon français du réseau Epstein, mort pendu dans sa cellule en 2022 avant tout procès, sa mort emportant avec lui les noms des personnalités françaises du réseau.

En 2025, 4 agents de la DGSI (Direction générale de la Sécurité intérieure) morts en moins d'un an dans l'enceinte même de leur institution, dans un silence syndical et institutionnel total.


30 cas.

Une seule question : comment appelle-t-on un régime qui produit cette liste ?


POURQUOI CE N'EST PAS UNE THÉORIE DU COMPLOT

Avant d'aller plus loin, il faut nommer l'objection qu'on m'opposera.

On dira que c'est du conspirationnisme.

Que rapprocher ces affaires, c'est fabriquer des liens qui n'existent pas.

Que les démocraties ne fonctionnent pas comme ça.

Cette objection mérite une réponse précise.


Le conspirationnisme invente les faits.

Cette série cite des jugements, des autopsies, des témoignages sous serment, des archives déclassifiées, des mandats d'arrêt internationaux jamais exécutés, des non-lieux prononcés après des décennies d'obstruction judiciaire documentée.

Le conspirationnisme n'a pas besoin de preuves.

Cette série n'a que ça.


La différence entre un réseau criminel et un État, ce n'est pas la morale.

C'est l'impunité.

Un réseau criminel doit se cacher.

Un État peut classifier ses archives, nommer ses propres enquêteurs, voter ses propres lois d'amnistie, et attendre que les témoins meurent de vieillesse.

C'est exactement ce qui s'est passé dans chacun des trente cas de cette série.


Ces affaires ne sont pas reliées par un grand complot central.

Elles sont reliées par quelque chose de bien plus banal et bien plus solide : une culture politique qui considère l'élimination des témoins gênants comme un outil de gouvernement légitime, et une justice qui a appris, au fil des décennies, à ne pas trop regarder dans cette direction.


9 SEMAINES. 9 AFFAIRES.

Cette enquête est trop longue, trop dense, trop documentée pour tenir dans une seule chronique.

Chaque affaire a ses propres archives, ses propres témoins, ses propres ramifications.

Chaque affaire mérite qu'on lui consacre le temps et l'espace qu'elle n'a jamais eu, les médias mainstream ayant, au moment des faits, préféré relayer la version officielle ou regarder ailleurs.

Voici le programme des neuf prochaines semaines :


Chronique #76 : Robert Boulin.

Un ministre assassiné par son camp. Le cas le plus documenté. Le plus actuel. La piste du SAC. Les archives CIA. La course contre la montre avant les cinquante ans du meurtre.


Chronique #83 : Ben Barka.

L'affaire fondatrice. La complicité directe du SDECE. 60 ans d'impunité. Ce que les archives déclassifiées révèlent enfin.


Chronique #90 : Henri Curiel et Pierre Goldman.

Le même commando. Le même automne 1979. Les services secrets recyclés de l'OAS. Les déclassifications en cours.


Chronique #97 : Le SAC.

La milice gaulliste qui tuait. Le juge Renaud. Jean de Broglie. La tuerie d'Auriol. Un État dans l'État, financé par le RPR, armé par le grand banditisme.


Chronique #104 : Les années Mitterrand.

La gauche au pouvoir reproduit exactement le même système. Bérégovoy. Grossouvre. Pelat. Hallier. Le pasteur Doucé. Cinq morts. Zéro jugement.


Chronique #111 : Les frégates de Taïwan.

Six morts en dix ans autour d'un seul dossier. La défenestration comme méthode industrielle. La France qui rembourse 520 millions d'euros de commissions illicites, mais ne juge personne.


Chronique #118 : Le juge Borrel.

Un magistrat français carbonisé dans un ravin à Djibouti. 30 ans sans mise en examen. La France qui protège un régime dictatorial pour conserver ses bases militaires. Les 70 scellés détruits.


Chronique #125 : Ali Mécili.

Quand la France laisse fuir un assassin. La Françalgérie comme système. L'impunité diplomatique érigée en politique d'État.


Chronique #132 : Le présent.

Jean-Luc Brunel et le réseau Epstein. Les agents de la DGSI. Ce que la liste dit de l'état de notre démocratie aujourd'hui.


LE PRÉSENT DE CES MORTS

Une dernière chose, avant que cette série commence.

Ces affaires ne sont pas de l'histoire ancienne.

Elles sont le socle du présent.

Les réseaux qui ont financé le RPR avec les caisses noires que Boulin allait révéler sont les ancêtres des réseaux qui financent la politique française aujourd'hui.

Les services secrets qui ont couvert l'assassinat de Ben Barka sont les mêmes institutions, réformées dans leur nom, pas dans leur culture, qui gèrent nos données aujourd'hui.

Les partis politiques qui ont étouffé ces affaires pendant des décennies continuent de siéger au Parlement, de présenter des candidats, de nous demander de leur faire confiance.


L'antifascisme n'est pas seulement une lutte contre les idéologies d'extrême-droite.

C'est aussi une lutte contre l'État de droit à l'envers, celui où les puissants tuent impunément et où la justice regarde ailleurs.


Cette série existe parce que la résistance doit refuser cet État où la loi ne s'applique pas à ceux qui la font.


Rendez-vous dès demain pour le premier numéro de cette série.



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