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Chronique 203 - RN : le jambon pour seul programme

Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
Lucie Fourcade
5 sept.
3 min de lecture

Face aux soupçons de détournement de fonds européens, le Rassemblement national choisit la charcuterie.


Cherchez le programme.

Vous trouverez du jambon.


Lucie Fourcade

LE JAMBON DU BON MOMENT

En vitrine du site du Rassemblement national, un slogan tient lieu de combat : "Un jambon sans viande ne doit pas s’appeler jambon !".

On vous invite à cliquer, à consentir au traitement de vos données, à soutenir la mesure.

La charcuterie devient cause nationale.


Le calendrier mérite qu’on s’y arrête.

Au même moment, le Parquet européen enquête sur une suspicion de fraude : des fonds européens destinés aux assistants parlementaires du parti auraient financé des formations aux médias pour ses cadres, dont Jordan Bardella, en vue de la présidentielle de 2022 (source : franceinfo).

Le parti conteste, qualifie l’association plaignante d’organisation d’extrême-gauche et dépose plainte pour dénonciation calomnieuse (source : Euronews).


Pendant que la justice regarde les comptes, la communication regarde le jambon.

Le calendrier est choisi.

Méthodiquement.


ILS NOUS PRENNENT POUR DES JAMBONS

L’affaire des dénominations traîne depuis des années.

Depuis 2019, des propositions de loi de la droite se succèdent pour réserver les mots "steak", "saucisse" ou "jambon" aux produits carnés (source : Assemblée nationale).

La bataille se joue surtout à Bruxelles, où la droite européenne et le lobby de la viande poussent pour verrouiller les appellations (source : Fondation Droit Animal).

Et elle a déjà été tranchée : en octobre 2024, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que les alternatives végétales pouvaient parfaitement s’appeler "steak" ou "jambon" (source : Assemblée nationale).


Le Rassemblement national arrive donc après la bataille, sur un terrain d’emprunt, pour rejouer un combat perdu.

C’est là toute la mécanique.

Le parti a une idéologie, ancienne.

Mais autour de cette idéologie, le vide.

Alors on meuble.

On désigne un scandale de supermarché pour occuper l’espace là où devraient se tenir les salaires, les retraites, les services publics.


Reste le choix du symbole.

On pouvait défendre le steak, le filet, la saucisse.

Ce fut le jambon.

Le porc, cette vieille ligne de partage que la fachosphère agite depuis les apéros saucisson-pinard.

Chez eux, la charcuterie n’a jamais nourri personne.

Elle trie.


AU RN, LES CHIFFRES DANSENT

Là où le parti prétend gouverner, les chiffres se dérobent.

Son contre-budget pour 2026 revendiquait 36 milliards d’euros d’économies : un montant qui change au fil des présentations (source : Le Temps).

Au débat du Medef, fin août, Marine Le Pen a promis 125 milliards d’économies, à l’oral, sans jamais les coucher sur le papier (source : France Budget).


Aucun de ces chiffres ne résiste à l’examen des économistes indépendants (source : Public Sénat).

Et malgré ces promesses d’économies, la dette filerait vers 133 % du PIB en 2030 (source : France Budget).

Les grands nombres claquent en conférence de presse, puis s’évaporent dès qu’on ouvre le tableur.


LES VOTES NE MENTENT PAS

Reste le juge de paix : le vote.

C’est là que l’esbroufe se mesure.

En novembre 2025, pendant l’examen du budget, l’Assemblée adopte de justesse la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité, assortie d’un blocage des prix.

Le Rassemblement national s’abstient (source : franceinfo).

Sur les propositions de blocage déjà soumises les années précédentes, ses députés brillaient par leur absence (source : Institut Montaigne).


Voilà la manœuvre : jamais voter pour, la ligne pro-marché l’interdit.

Surtout pas voter contre, l’image sociale en dépend.

Alors on s’abstient, on s’absente, on laisse faire.


« Ils veulent du pain ? Qu’on leur donne du jambon ! »

Une "Marie-Antoinette" de notre siècle, mépris de classe compris.


RIEN DERRIÈRE LA FLAMME

Un parti qui gouverne se juge à ses chiffres, à ses votes, à ses arbitrages.

Un parti qui se contente d’exister se juge à ses ennemis.

Le Rassemblement national a choisi son camp : celui du symbole contre le réel, du slogan contre le tableur, du jambon contre le bulletin de paie.


Ce qu’il y a, c’est une idéologie et un vide.

Et le vide, on le remplit avec ce qu’on trouve.

Aujourd’hui, une tranche de charcuterie.

Vous méritez qu’on vous parle d’autre chose.



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