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Chronique 139 - Plus jamais seuls face à la haine

Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
Lucie Fourcade
3 juil.
5 min de lecture

Face à une haine qui chasse en meute, la solidarité aussi peut s’organiser. Voici comment.


Que faire, quand les signalements de contenus haineux et/ou racistes échouent ? Que faire, face à ceux qui n'hésitent pas à utiliser l'image d'un enfant pour cracher leur infamie ? Que faire, quand on se retrouve seul ?

J'ai compris aujourd'hui que nous ne pouvons plus attendre.

Nous devons nous organiser.

Ensemble.


Lucie Fourcade

QUAND ON NE SAIT PLUS VERS QUI SE TOURNER

Je ne vous cache pas ma fatigue.

Des institutions en faillites permanentes, des bénévoles épuisés qui compensent comme ils peuvent, des anonymes si nombreux qui subissent seuls...

Ça ne va pas.

Nous le savons, tous.

Mais notre constat ne suffit pas.


Aujourd'hui, j'ai reçu une notification.

Elle aurait pu se noyer parmi les dizaines d'autres, mais le hasard a fait que j'ai cliqué.

Un père, seul, face à la horde.

Un père défendant ses idées, dont les détracteurs n'ont pas hésité à utiliser sa photo de profil où apparait sa fille pour l'insulter.

Un père qui demandait un coup de main.


Oui.

Voilà où nous en sommes : les fanatiques d'extrême-droite prennent s'en vergogne le droit d'utiliser l'image de nos enfants contre nous.


Nous connaissons tous ces déversements de haine qui inondent la toile.

Nous écopons.

Nous vidons à la petite cuillère cet océan de merde, seuls, chacun de notre côté.


Quand j’ai refermé mon ordinateur, une évidence m’a saisie.

Cet homme n’a eu de l’aide que parce qu’il est tombé sur moi.

Combien d’autres, aujourd'hui, sont seuls face à la même violence, sans personne à qui écrire ?


LA HAINE CHASSE EN MEUTE

Voilà ce que cette histoire m’a appris.

La haine, en ligne, n’est jamais seule.

Elle avance en groupe.

Elle se coordonne, se relaie, se répond.

Un contenu raciste n’est pas un dérapage isolé : c’est le maillon d’une meute qui sait exactement ce qu’elle fait.

L’extrême-droite a compris depuis longtemps la force du nombre.

Elle l’organise, l’entraîne et la déchaîne sur commande.

Et en face ?

Une personne.

Une seule.

C’est là tout le déséquilibre : d’un côté une organisation, de l’autre une solitude.

On s’en prend beaucoup plus facilement à une personne isolée qu’à 10 qui se tiennent la main.

Ça, la haine le sait.

Il est temps que nous l’apprenions aussi.


PROTECTION DE PAPIER

On me dira : mais l’État a prévu des dispositifs !

C’est vrai.

Il y a la plateforme PHAROS, il y a les signalements, il y a même, depuis 2024, des "signaleurs de confiance" agréés par l’Arcom, censés obtenir des plateformes un retrait prioritaire des contenus illicites (source Arcom).


Regardons alors ce que ces dispositifs obtiennent vraiment.

Le premier signaleur de confiance officiel de France, l’association e-Enfance, a publié son rapport de transparence.

Le constat, c’est elle qui le dresse : pour des contenus visant des mineurs, signalés en priorité, plus d’1 sur 2 reste en ligne sur Facebook, YouTube et Snapchat, et près de 3 sur 4 sur X.

Presque toujours sans explication (source e-Enfance).


Prenez la mesure de ce que ça signifie.

Même le canal le plus puissant, le plus prioritaire, celui qui a le bras le plus long face aux plateformes, échoue une fois sur deux.

Alors le citoyen ordinaire, seul, avec son petit bouton "signaler" ?

Il ne pèse rien.


Et il y a pire que l’inefficacité : le soupçon.

Cette même association s’est retrouvée au cœur d’une polémique quand Le Canard enchaîné a révélé que près de deux millions d’euros de dons des Pièces Jaunes lui auraient été fléchés, sa directrice étant présentée comme une proche de Brigitte Macron (source Le Canard enchaîné).

La Fondation des Hôpitaux dément et parle de "fake news" (source Franceinfo).

Chacun jugera.

Mais que l’on croie ou non à l’affaire, elle raconte quelque chose d’un système où la proximité avec le pouvoir se discute plus volontiers que les résultats.

Un système qui délègue notre protection, puis se défausse.


NOTRE RÉPONSE : LA SOLIDARITÉ ORGANISÉE

Puisque le système se défausse, nous allons faire ce qu’il ne fait pas.

Nous organiser.


L’idée est simple.

Quand l’un ou l’une de nous est visé, les autres ne détournent pas le regard : ils répondent présents.

Nous entourons la victime.

Nous signalons le contenu, ensemble, en nombre.

Nous orientons vers les bons recours.

Le nombre, enfin, du bon côté.


Mais attention, et c’est le cœur de tout.

Notre force, ce n’est pas de rendre coup pour coup.

Si nous répondions à la meute par une autre meute, nous deviendrions ce que nous combattons.

La loi elle-même le rappelle : se coordonner à plusieurs pour harceler une personne, même odieuse, reste un délit (loi du 3 août 2018).

Et surtout, ce serait renier ce que nous sommes.


Alors nous dirigeons notre nombre vers la victime, pour la soutenir, et vers les canaux officiels, pour signaler.

Jamais vers l’agresseur pour le noyer sous la haine.

Du soutien, du droit, de la présence.

Voilà notre arme.

C’est précisément parce qu’elle est pacifique qu’elle est imparable.


DEUX GESTES QUI CHANGENT TOUT

Concrètement, ça tient en deux gestes que chacun peut faire.


Entourer la victime, d’abord : un mot, un message, une présence, pour qu’elle sache qu’elle n’est plus seule.

Signaler ensuite : capturer les preuves, puis signaler le contenu par les canaux officiels, à plusieurs, pour créer une trace et forcer le retrait.


Et pour la suite (porter plainte, faire valoir ses droits), nous nous appuyons sur celles et ceux dont c’est le métier : la LICRA, qui figure parmi les signaleurs de confiance agréés, SOS Racisme, la Ligue des droits de l’Homme, le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples).

Des structures solides, qui accompagnent, orientent, et peuvent se constituer partie civile.


Tout le mode d’emploi (les étapes, les règles, les liens vérifiés) est réuni sur une page dédiée, SOS Haine, accessible à tout moment.

Gardez-la.

Partagez-la.

Ce sera notre point de ralliement.

Elle sera active dès ce week-end.


PLUS JAMAIS SEULS

La haine s’organise.

Organisons la solidarité.


Nous n’attendrons plus des institutions débordées, ni de celles qui regardent ailleurs.

Nous ne laisserons plus un père seul devant l’écran, à chercher vers qui se tourner.

Désormais, il aura une réponse : nous.


Rejoignez-nous.

Pas pour haïr davantage.

Pour que plus personne, jamais, n’affronte la meute tout seul.



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