Chronique 155 - Perpétuité pour les viols sériels : le centre retire, la gauche exige, l'extrême-droite hurle
Comment on fabrique un scandale pour ne pas parler de ce qui manque vraiment.
Un vote a eu lieu vendredi.
Ce n'est pas celui qu'on vous a raconté.
Entre ce que l'hémicycle a décidé et ce que les réseaux ont hurlé, il y a un amendement, une salle vide, et un mécanisme qu'il faut nommer.

L'INDIGNATION SUR UN VOTE IMAGINAIRE
Le titre a tourné partout : la gauche aurait refusé la perpétuité pour les viols en série sur mineurs.
La phrase est simple, elle suscite l'indignation, elle se partage en trois secondes.
Elle est fausse.
Voici ce qui s'est passé.
L'article 11 du projet de loi relatif à la protection des enfants prévoyait bien une peine de réclusion criminelle à perpétuité pour les viols commis en série sur des mineurs de (moins de) 15 ans.
Au cours de la séance, la députée Perrine Goulet, du groupe centriste Les Démocrates, a fait adopter un amendement dont l'exposé sommaire ne laisse aucune place au doute : il assure la cohérence du dispositif avec une nouvelle rédaction qui substitue à la réclusion criminelle à perpétuité une peine de 30 ans de réclusion criminelle (source Assemblée nationale).
Objectif affiché : aligner la peine encourue pour ces viols sur celle déjà encourue en cas de meurtre d'une victime du même âge.
Retenons la chronologie, parce que tout est là.
La perpétuité pour viols sériels a été retirée du texte avant le scrutin.
Elle a été retirée par un amendement centriste, adopté.
Quand les députés se sont ensuite prononcés sur l'ensemble de l'article 11, ils votaient sur un article qui portait 30 ans.
Le vote contre la perpétuité n'a jamais eu lieu.
Il n'existe pas.
Ce qui existe, c'est le rejet d'un article amendé, par 41 voix contre 37 (source Assemblée nationale).
C'est une nuance ?
Non.
C'est la totalité du sujet.
Toute la polémique repose sur l'attribution à un camp d'une décision prise par un autre.
On a pris la signature d'un député du centre, on l'a effacée, et on a mis le nom de la gauche à la place.
CEUX QUI CRIENT AU SCANDALE N'ÉTAIENT MÊME PAS LÀ
Maintenant, regardons la salle.
L'Assemblée nationale compte 577 députés.
Ce vendredi après-midi, ils étaient 81 à participer au scrutin.
78 suffrages exprimés.
37 pour, 41 contre, 3 abstentions (source Assemblée nationale).
14% de l'hémicycle.
Sur un texte présenté comme la réponse de la Nation au meurtre d'une enfant.
Descendons dans le détail, groupe par groupe, puisque le détail est public et que personne ne semble avoir pris la peine de l'ouvrir.
Le Rassemblement national compte 122 députés.
13 étaient présents.
109 manquaient à l'appel.
La France insoumise compte 71 députés.
24 étaient présents.
Ensemble pour la République, 91 députés : 12 présents.
La Droite Républicaine, 48 députés : 4 présents.
Les Démocrates, 37 députés : 6 présents.
Faisons le calcul que personne n'a fait.
L'article a été rejeté à 4 voix près.
Si 5 députés du Rassemblement national de plus s'étaient déplacés jusqu'à l'hémicycle, l'article passait.
5, sur 109 absents.
L'extrême-droite a perdu ce vote parce qu'elle n'était pas là.
Puis elle a transformé sa propre désertion en trahison de l'adversaire.
Le loup n'a pas seulement quitté la bergerie : il est revenu compter les brebis manquantes en accusant le berger.
Et nous devrions croire que ce sont les mêmes qui protègent les enfants.
CE QUE LA GAUCHE EXIGE ET QUE PERSONNE NE RELAIE
Puisqu'on nous dit ce que la gauche a refusé, disons ce qu'elle a réclamé.
Les comptes rendus sont publics, eux aussi.
La députée Marianne Maximi, de La France insoumise, était co-rapporteure du texte.
Elle a dénoncé une loi dont la facture s'élève à "zéro euro pour l'État", dépourvue de "toute mesure structurelle" (source Orange).
On ne sabote pas un texte dont on est rapporteure.
On alerte sur son vide.
La députée socialiste Isabelle Santiago, rapporteure de la commission d'enquête sur l'aide sociale à l'enfance, a rappelé le chiffre que personne ne veut entendre : il manque 30 000 professionnels.
L'aide sociale à l'enfance prend en charge plus de 380 000 enfants et jeunes majeurs (source Orange).
30 000 postes vacants face à 380 000 enfants.
Voilà l'état réel du dispositif censé les protéger.
En séance, le député Yannick Monnet (PCF) a résumé la manœuvre avec une clarté que je ne saurais égaler : "vous prétendez vouloir protéger les enfants mais vous ne consacrez aucun moyen à leur protection ! On parle de peines, alors forcément, l'extrême-droite montre ses muscles" (source Assemblée nationale).
La députée écologiste Marie-Charlotte Garin a posé la même exigence : ce qui protégera les enfants, ce sont des moyens pour la prévention, pour la police, pour la justice, afin qu'elles puissent faire leur travail et éviter la récidive (source Orange / dépêche AFP).
Résumons la position réelle.
Oui aux sanctions pénales lourdes.
Mais avec ce qui manque : les budgets, les effectifs, la professionnalisation des postes, la prévention, le suivi des auteurs, l'accompagnement des victimes.
Demander la chaîne complète n'est pas refuser un maillon.
C'est refuser qu'on nous vende un maillon en prétendant que c'est la chaîne.
Pendant ce temps, la députée du Rassemblement national Marine Hamelet déclarait que l'article 11 correspondait exactement à ce que le RN réclame depuis des années (source Yahoo Actualités).
Depuis des années, donc.
Sans jamais que cela se traduise par un vote sur les moyens.
Ni par une présence dans l'hémicycle le jour où il fallait lever la main.
UN PANSEMENT POUR 70 000 DOSSIERS EN SOUFFRANCE
Posons la question interdite : à supposer que la perpétuité ait été votée, que se serait-il passé ?
Au premier juin 2026, les prisons françaises comptaient 88 829 détenus.
Un record absolu.
7 608 personnes dorment sur un matelas à même le sol, soit une hausse de 32% en un an.
Les maisons d'arrêt affichent une densité de 173,20%.
Dans 33 établissements, le taux d'occupation atteint ou dépasse les 200% (source SocialMag).
Le Sous-Comité des Nations unies pour la prévention de la torture a alerté sur une surpopulation susceptible de constituer un traitement inhumain ou dégradant.
Voilà le réceptacle dans lequel on prétend verser des peines allongées.
Du côté de la justice, le tableau n'est pas meilleur.
Le procureur général d'Aix-en-Provence évalue à 3,6 millions le nombre de procédures en cours à l'échelle nationale, décrivant un système contraint de prioriser parmi les priorités, quitte à traiter le reste en mode dégradé (source Radio-Canada).
Après le meurtre de Lyhanna, les parquets ont reçu l'ordre de réexaminer quelque 70 000 dossiers de plaintes concernant des victimes mineures (source Euronews).
70 000 dossiers.
Voilà la mesure du trou.
Et l'affaire Lyhanna elle-même dit tout.
Une plainte pour viols répétés sur une fillette de 10 ans avait été déposée en août.
Dans les 9 mois qui ont suivi, le mis en cause n'a jamais été placé en garde à vue. Il n'a même jamais été entendu (source Euronews).
Le dossier a suivi son cours, lentement, jusqu'à ce qu'il soit trop tard.
Ce n'est pas un problème de quantum de peine.
C'est un problème de plainte non traitée, de dossier non lu, de fichier non consulté, de personnel qui n'existe pas.
Aucune perpétuité au monde ne s'applique à un homme qu'on n'a jamais convoqué.
Alors oui, posons-la, cette question : est-ce suffisant de réclamer la perpétuité quand les prisons débordent et que des dizaines de milliers de dossiers attendent ?
La réponse tient en une image.
On propose un pansement, et on refuse de regarder que la plaie est béante, les tripes à l'air.
Pire : on interdit d'en parler, en traitant de laxiste quiconque désigne l'hémorragie.
ANATOMIE D'UN DÉTOURNEMENT
Ce que nous venons de décrire porte un nom.
Ce n'est pas un mensonge isolé, c'est une méthode, et elle est reproductible.
Premier temps : on choisit un vote technique, illisible pour qui n'ouvre pas les comptes rendus.
Un article amendé, une seconde délibération annoncée, un scrutin à faible participation. Le terrain est parfait, parce que la vérification coûte du temps et que l'indignation n'en coûte aucun.
Deuxième temps : on résume.
"La gauche refuse la perpétuité pour les violeurs d'enfants."
La phrase est courte, elle est morale, elle place immédiatement l'adversaire du côté des monstres.
Contre elle, la vérité exige quatre paragraphes, un numéro d'amendement et une capture d'écran de scrutin.
Le combat est truqué d'avance.
Troisième temps, le plus efficace : on déplace le débat.
Tant qu'on discute de la sévérité des peines, on ne discute pas des 30 000 postes manquants, ni des 88 829 détenus, ni des 70 000 dossiers.
Le scandale fabriqué occupe exactement l'espace où le scandale réel aurait dû tenir.
Il faut être précis, ici, et ne pas céder à la facilité.
Cette technique n'a pas été inventée par l'extrême-droite.
Le glissement du débat public vers le tout-pénal, la substitution du symbole à la politique publique, la gestion de l'émotion à la place de la gestion du réel : tout cela s'installe depuis des décennies, porté par des gouvernements successifs qui n'étaient pas d'extrême-droite.
Le gouvernement lui-même a réécrit son propre texte en cours de route pour répondre à la polémique, et sa ministre a annoncé une seconde délibération dans la minute suivant le vote (source LCP).
Personne n'a attendu le Rassemblement national pour légiférer sous le coup de l'émotion.
Mais l'extrême-droite est celle qui a porté cette technique à son plein rendement.
Elle ne l'a pas créée : elle l'a industrialisée.
Et elle est la seule à en tirer un bénéfice structurel, parce qu'elle n'a rien à proposer d'autre.
Un parti qui propose devrait un jour financer les postes en cas d'élection.
Un parti qui accuse n'a jamais à le faire.
CE QU'UN NOUVEAU VOTE NE CHANGERA TOUJOURS PAS
Mardi, les députés se prononceront à nouveau.
Une seconde délibération sur l'article 11 aura lieu juste avant le vote solennel sur l'ensemble du texte (source LCP).
L'hémicycle sera plein, cette fois, parce que les caméras seront là.
Nous verrons alors qui vote quoi, et surtout qui est présent.
Notons-le dès maintenant, pour pouvoir y revenir.
109 députés du Rassemblement national étaient absents vendredi.
S'ils sont là mardi, ce sera l'aveu que leur absence n'était pas un empêchement mais un calcul.
S'ils n'y sont pas, ce sera pire.
Et quel que soit le résultat, il restera 88 829 détenus, 30 000 postes vacants, 70 000 dossiers en attente et 380 000 enfants confiés à un système qui n'a pas les moyens de les protéger correctement.
Aucun vote de mardi ne changera cette ligne-là.
C'est pour cette raison que le détournement fonctionne.
Il ne sert pas à gagner un vote.
Il sert à faire en sorte que, le lendemain, personne ne pose la seule question qui compte : est-ce suffisant de réclamer la perpétuité quand les prisons débordent et que des dizaines de milliers de dossiers attendent ?
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Mình hay lướt mấy trang soi cầu trước giờ quay để xem có gì mới, kiểu đọc nhanh cho đỡ rối. Có hôm thấy bài “Soi cầu MB ngày 16 8 2026” trình bày gọn, đọc một mạch là nắm được ý chính. Ở giữa bài có nhắc soi cầu miền bắc theo kiểu dựa thống kê kết quả các lần quay trước nên mình thấy cũng dễ theo dõi, không bị cảm giác nói suông. Mình không phải lúc nào cũng tin tuyệt đối, nhưng xem để tham khảo nhịp số thì ổn, nhất là phần dự đoán XSMB hôm nay viết ngắn, không lan man. Giao diện mình thấy chia nội dung theo các tiêu đề rõ ràng…
Mình xem xổ số kiểu giải trí cho nhẹ đầu thôi, nên thường chỉ theo dõi cho vui chứ không đặt nặng chuyện trúng hay không. Trước đây nghe người ta bàn về “cầu kèo” này nọ mình cũng tò mò, nhưng thật sự mù mờ lắm. Theo dõi một thời gian thì đôi lúc thấy có vài dạng số lặp lại nên cũng chú ý hơn, nhưng vẫn tự nhắc là đừng quá tin. Mình hay đọc mấy bài nhận định rồi ghi lại vài ý, sau đó đối chiếu kết quả để xem có bị “tự ám thị” không. Có bữa trúng chút thì vui, có bữa sai sạch nên càng phải tỉnh táo, tiền bạc với tâm…