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Chronique 240 - Pédocriminalité : une machine à démonter

Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
Lucie Fourcade
22 oct.
4 min de lecture

La Culture de la Pédocriminalité - Enquête sur un système qui fabrique l'impunité n°7

Un système sans contrôle qui distribue l’impunité et récolte l’injustice, que l’on doit déconstruire, pièce par pièce.


On a nommé chaque rouage.

On les a vus tourner, l’un après l’autre.

Reste à les arrêter.

Et personne ne le fera à notre place.


Lucie Fourcade
Illustration générée par IA.

LE PIÈGE DES DEUX IMPASSES

Devant une horreur pareille, l’esprit cherche une issue.

Il en trouve deux.

Deux fausses.


La première : chercher une main cachée.

Une élite de prédateurs, un réseau secret, une poignée de puissants qui tireraient les fils.

Ce récit est confortable.

Il donne un visage, un ennemi, une colère simple, un coupable qu’on pourrait abattre d’un coup.

Il a un défaut : il est faux.

Aucune preuve ne le soutient.

Et il a un piège : il démobilise.

Celui qui traque une cabale dans l’ombre ne regarde plus la machine qui tourne au grand jour, dans les tribunaux, les budgets, les classements sans suite.

Pendant qu’on chasse des fantômes, les rouages, eux, fonctionnent.

Le complotisme n’attaque pas l’impunité.

Il la protège, en détournant le regard.


La seconde issue est plus douce, et tout aussi fausse : le découragement.

"C’est partout. On n’y peut rien."

Mais un système sans chef n’est pas un système invincible.

Il est seulement plus difficile à montrer du doigt.

Il n’a pas de forteresse à prendre, pas de tête à couper.

Il a des rouages.

Et un rouage, ça se grippe.

Un par un.

Les deux pièges mènent au même endroit : les bras croisés.

Les écarter, c’est déjà se remettre en marche.


ON CONNAÎT CERTAINS REMÈDES

Le plus vertigineux, dans cette affaire, c’est qu’on connaît déjà certains remèdes.

Ce ne sont pas des mystères.

Ce sont des rapports.

En novembre 2023, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) a remis le sien à l’État : "On vous croit".

82 préconisations, précises, chiffrées (source : CIIVISE).


Rendre ces crimes imprescriptibles, c’est-à-dire jugeables sans limite de temps, même 30 ans après les faits.


Obliger le parquet à motiver ses classements sans suite, à dire pourquoi il abandonne une plainte.


Poser à chaque patient, à chaque élève, la question qui libère la parole : avez-vous subi des violences dans l’enfance ?


Financer une protection de l’enfance réduite à l’os.


Rien d’impossible.

Rien d’inconnu.


Et il aura fallu des années pour, enfin, commencer.

En juillet 2026, l’Assemblée nationale a voté, en première lecture, l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs, et la perpétuité pour les pires (source : France 3).

Un pas.

Réel.

Mais un seul.

Rien n’est encore en vigueur : le texte part au Sénat.

Le délai, lui, reste de 30 ans.

Et l’essentiel du rapport dort toujours dans un tiroir.


C’est le même constat qu’au premier jour de cette enquête.

L’État a fait mesurer.

L’État sait.

L’État applique au compte-gouttes.

Ce qui manque n’est pas la connaissance.

C’est la volonté, et de quoi la forcer.


CE QUI EST À NOTRE PORTÉE

Si ce qui manque, c’est la volonté, alors tout change.

Car la volonté politique n’arrive pas seule.

Elle cède à la pression.

Et cette pression-là ne demande pas d’être juriste, ni magistrat, ni ministre.

Elle demande d’être nombreux.


Concrètement, elle tient en quelques gestes, à la portée de chacun.

Voir, et faire voir.

Un système diffus tient parce qu’il reste invisible, sans coupable, sans scène de crime.

Le nommer, le partager, refuser qu’il se cache : c’est déjà le fragiliser.


Croire l’enfant.

Le dernier rouage, le plus intime, c’était le doute, cette petite voix qui souffle qu’il exagère, qu’il ment, qu’il a "voulu".

Chacun, à sa place, parent, enseignant, médecin, voisin, peut faire l’inverse : écouter, et croire.


Refuser les petits gestes qui huilent la machine.

La blague de trop.

Le "on ne sait jamais vraiment".

Le "ça ne nous regarde pas".


Et peser.

Exiger des élus que le rapport sorte du tiroir, et que la loi aille jusqu’au bout.

Un texte avance quand une société cesse de se taire : juillet 2026 l’a montré.


Rien de tout cela n’exige un coupable à abattre.

Chacun de ces gestes grippe un rouage.

Un par un.


AGIR

Facteur après facteur, je vous ai montré le système en entier.

L’histoire, l’argent, l’institution, la justice, les idées, leur rencontre.

Vous aviez rencontré une pierre.

Vous avez vu l’édifice.

Et cet édifice n’a pas d’architecte à arrêter.

Pas de chef, pas de cabale, pas de main à trancher.

Il tient d’une seule chose : de tout ce qu’on le laisse faire.

Le classement qu’on ne motive pas.

Le viol qu’on rebaptise.

La parole qu’on met en doute.

Le rapport qu’on enterre.


Un système fait exactement ce qu’on le laisse faire.

Alors cessons de laisser.

Pas en cherchant un coupable : il n’y en a pas un seul.

Mais en refusant, chacun, le geste qui fait tourner la machine.


Une question ouvrait le volet précédent.

Si personne n’a donné l’ordre, qui peut y mettre fin ?

Vous.

Moi.

Nous.

Pas d’un coup.

Pièce par pièce.

C’est plus lent qu’un coupable à abattre.

C’est la seule chose qui tienne.



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