top of page

Chronique 80 - Moyen-Orient en feu : jusqu’où ira Israël ?

  • Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
    Lucie Fourcade
  • 5 mai
  • 6 min de lecture

Gaza dévastée, Téhéran bombardée, Beyrouth enflammée.


En moins de trois ans, Israël a redessiné le Moyen-Orient dans le sang.

Chaque cessez-le-feu violé, chaque nouveau front ouvert, chaque village rasé au phosphore blanc dit la même chose : ce n'est pas une riposte.

C'est un projet.


Cette chronique tente de comprendre la logique, nommer les crimes, et poser la seule question qui vaille : qui peut arrêter ça ?


Lucie Fourcade

LA MACHINE DE GUERRE : CHRONOLOGIE D’UNE EXPANSION

Pour comprendre le Liban d’aujourd’hui, il faut rembobiner.

Tout commence, ou plutôt s’accélère, le 7 octobre 2023.

Les attaques du Hamas sur Israël font environ 1 200 morts côté israélien.

La riposte de Tel-Aviv dépasse immédiatement toute proportion : Gaza est soumise à un bombardement sans précédent dans l’histoire contemporaine du conflit.


En 2025, les forces israéliennes ont intensifié leurs atrocités, commettant des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des actes de génocide et de nettoyage ethnique à l’encontre des habitants de la bande de Gaza, à une échelle sans précédent dans l’histoire récente d’Israël et de la Palestine (source Human Rights Watch).


Le bilan est vertigineux.

La campagne menée par Israël à Gaza a causé la mort de plus de 69 000 Palestiniens, dont plus de 19 000 enfants, et des blessures à plus de 170 000 autres, selon le ministère de la Santé de Gaza (source Human Rights Watch).

Un rapport de l’Institut Max Planck pour la démographie va plus loin : ses chercheurs concluent que plus de 100 000 Palestiniens ont été tués depuis octobre 2023, en intégrant les décès indirects liés à la destruction des systèmes de santé, à la famine et aux maladies (source UJFP).


Pendant ce temps, un autre front s’ouvre.

À partir du 8 octobre 2023, le Hezbollah engage Israël au nord.

Les échanges de tirs durent 11 mois.

Puis, le 23 septembre 2024, Israël déclenche une campagne de bombardements d’une violence inouïe sur le Liban.

Les experts militaires l’ont qualifiée de l’une des plus violentes de l’histoire de l’armée israélienne : en une seule journée (le 23 septembre) 492 personnes sont tuées (source Wikipédia).

Cette première phase du conflit fait au total plus de 4 000 morts et 16 600 blessés, en majorité des civils.

Un cessez-le-feu est signé le 27 novembre 2024.

Il ne tient pas : Israël le viole presque quotidiennement.


TÉHÉRAN SOUS LES BOMBES : LE TROISIÈME FRONT

Le 13 juin 2025, Israël franchit un seuil supplémentaire.

Dans le cadre de l’opération baptisée "Lion rugissant", les frappes visent le programme nucléaire iranien, les infrastructures énergétiques, des usines de missiles balistiques, des points de la capitale Téhéran, ainsi que des hauts gradés des Gardiens de la révolution islamique (source Wikipédia).

Tel-Aviv parle de "frappes préventives".

Le monde retient son souffle.


Les 12 jours qui suivent voient une guerre ouverte entre deux États.

L’attaque israélienne initiale tue plusieurs officiers iraniens, des dirigeants du Corps des gardiens de la révolution islamique, des scientifiques nucléaires de haut niveau et plus de 200 civils iraniens, selon le ministère de la Santé iranien.

Puis les États-Unis entrent dans le conflit : dans la nuit du 21 au 22 juin 2025, l’US Air Force et l’US Navy lancent une attaque coordonnée contre plusieurs sites nucléaires iraniens, dans une opération baptisée "Marteau de minuit" (source Wikipédia).


Le 28 février 2026, une nouvelle offensive conjointe américano-israélienne frappe plusieurs villes iraniennes.

Cette fois, le seuil franchi est d'une autre nature : Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique depuis 1989, est tué (source Wikipédia).


Un chef d'État assassiné par des frappes étrangères.

En temps de paix déclarée.

Sans mandat international.

Le coût humain total reste impossible à établir avec précision : plusieurs milliers de morts, près d'un million de déplacés.

Les images fournies par les belligérants occultent systématiquement les corps et les blessés.


RETOUR AU LIBAN : LES MÊMES BOMBES, LES MÊMES MÉTHODES

L’assassinat de Khamenei déclenche l’inévitable.

Le 2 mars 2026, le Hezbollah tire quelques roquettes sur Israël depuis le Liban.

La réponse israélienne est immédiate et démesurée : des avions bombardent Beyrouth à 3 heures du matin, puis l’ensemble du territoire libanais (source Wikipédia).


Le bilan s’alourdit de semaine en semaine.

Au 1er mai 2026, le ministère libanais de la Santé recense 2 618 morts (source WAFA).

Plus d’un million de personnes ont été déplacées, dont environ 350 000 enfants.


Ce qui se passe au Liban n’est pas une riposte.

C’est un plan.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, déclare que le Liban va payer "un prix de plus en plus élevé" pour son retard à désarmer le Hezbollah, évoquant des "pertes territoriales et des dommages à ses infrastructures".

Plus révélateur encore : le Premier ministre Benyamin Netanyahou demande à l’armée israélienne d’établir une liste de "cibles civiles" à bombarder au Liban (source Wikipédia).


L’UNICEF tire la sonnette d’alarme : "l’équivalent d’une classe d’enfants est tuée ou blessée chaque jour" depuis le début de l’offensive israélienne contre le Liban.

Au moins 111 enfants ont été tués et 334 autres blessés par les frappes israéliennes depuis le 2 mars (source Wikipédia).


Le 8 avril 2026, Israël mène environ 150 frappes aériennes à travers le Liban en deux heures, tuant 254 personnes et blessant 1 165 autres en une seule journée (source Human Rights Watch).

Les quartiers résidentiels et les infrastructures civiles sont les plus durement touchés.


DU GÉNOCIDE À L’ANNEXION

On ne peut pas parler de ces guerres sans nommer ce qu’elles sont au regard du droit international.


En novembre 2024, la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt à l’encontre du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et de son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis à Gaza (source Human Rights Watch).


En septembre 2025, la Commission d’enquête de l’ONU affirme qu’Israël a commis un génocide à Gaza (source Human Rights Watch).


Au Liban, les crimes documentés sont tout aussi explicites.

Une enquête de Libération indique que les Forces spéciales israéliennes ont exécuté des civils lors d’une opération à Nabi Chit, dont des femmes et des enfants, pour éviter qu’ils ne donnent l’alerte (source Wikipédia).

Human Rights Watch documente le ciblage délibéré des ponts reliant le sud du Liban au reste du pays : neuf ponts détruits ou rendus inopérationnels en quelques semaines, coupant des dizaines de milliers de civils de l’aide humanitaire (source Human Rights Watch).


Et derrière les bombes, un projet territorial se dessine sans ambiguïté.

Comme à Gaza, Israël installe au Liban une ligne jaune en avant de ses frontières : une zone-tampon vidée de sa population, à l’exception des chrétiens, dont les villes et villages sont détruits (62 au total), les vergers et oliveraies dévastés, les zones agricoles bombées au phosphore blanc et arrosées de glyphosate.

La zone de 602 km² ainsi créée est une préparation à une annexion, selon L’Orient-Le Jour (source Wikipédia).

Le mot est lâché.

Annexion.


QUI PEUT ARRÊTER ISRAËL ? LA QUESTION QUI BRÛLE DANS LE VENT

L'ONU accumule les rapports, la CPI émet des mandats d'arrêt, l'Europe condamne verbalement.

Rien ne s'arrête.

Le Conseil de sécurité est structurellement neutralisé par le veto américain.

L'accord d'association UE-Israël, censé conditionner les relations commerciales au respect des droits humains, n'a jamais été suspendu.

Les armes continuent de circuler.

Les bombes continuent de tomber.

Les institutions internationales, dans leur paralysie, sont devenues le décor dans lequel l'impunité s'installe confortablement.


Ce qui reste, c'est nous.

Les mobilisations citoyennes ont déjà mis fin à l'apartheid sud-africain dans les années 1980 : boycotts, désinvestissements, isolement diplomatique construit pierre par pierre par des millions de gens ordinaires.

Le mouvement BDS suit la même logique (Boycott, Désinvestissement, Sanctions).

Il monte.

Il dérange.

Il est d'ailleurs combattu avec une énergie qui prouve qu'il inquiète.

Mais soyons lucides : sans rupture des soutiens militaires et financiers américains, sans Europe qui cesse de se contenter de déclarations, aucune pression isolée ne suffira.

La question n'est pas de savoir si la société civile peut gagner.

C'est de savoir si elle se mobilisera assez vite.


LE SILENCE EST UN CHOIX

Il n’existe pas de terme neutre pour décrire ce qui se passe.

Des dizaines de milliers de morts en Palestine.

Plusieurs milliers en Iran dont une école entière à Minab.

Plus de 2 600 au Liban depuis mars 2026.

Des zones entières transformées en décombres.

Des annexions préparées au phosphore blanc et au glyphosate.

Et partout, le même argument : la sécurité.

La même méthode : la destruction totale.

La même impunité : garantie par Washington, tolérée par Bruxelles.


Jusqu’où ira Israël ?

La question n’est pas rhétorique.

Elle est géopolitique.

Et la réponse dépend, en partie, de nous.



Cet article vous a interpellé, mis en colère, fait réfléchir ? C'est exactement pour ça qu'il a été écrit.

Votre soutien, c'est le carburant de la résistance ! Contribuez sur Tipeee.

🔔Abonnez-vous à la newsletter "La Lettre du Dimanche" pour recevoir directement dans votre boîte mail les analyses que les médias dominants ne font pas. Pas de publicité, pas de compromis, juste l'engagement de regarder le monde en face. S'informer, c'est déjà résister !

👉Rejoignez également la communauté sur Facebook pour suivre les publications en temps réel, partager les articles et participer aux discussions.


Parce qu'il n'y a pas de résistance possible sans conscience collective.

Commentaires


bottom of page