Chronique 243 - Les fabricants de la haine
Chaînes d’info, réseaux sociaux, extrême-droite : le racisme qui tue en France a des fournisseurs.
Le racisme vient encore de tuer, en France, en plein jour.
Le tireur a appuyé sur la détente, mais la haine qui guidait son arme, d’autres l’ont fabriquée.
Couche après couche.
Il est temps de les montrer du doigt !

TRAPPES, UNE CIBLE DÉSIGNÉE
Le vendredi 23 octobre au matin, un homme a tiré au pistolet-mitrailleur depuis sa voiture, à Trappes puis à La Verrière, dans les Yvelines.
Pengo Bossio Wangi, 26 ans, a été tué. Cinq personnes ont été blessées, dont une enfant de 12 ans (source : franceinfo).
Le parquet national antiterroriste (PNAT) a ouvert une enquête pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante du racisme (source : Puremédias).
Le mobile, le suspect l’a livré lui-même : dès son interpellation, il s’est félicité d’avoir "vengé les commerçants" pillés pendant les manifestations du 17 octobre, en s’attaquant aux Noirs et aux Arabes (source : RTBF).
Chez lui, les enquêteurs ont trouvé un exemplaire de Mein Kampf (source : Euronews).
Déjà, des sympathisants d’extrême-droite s’activent en ligne pour réduire l’attentat au geste d’un "déséquilibré" (source : franceinfo).
Sa garde à vue a été suspendue pour une période d’observation psychiatrique (source : Euronews).
Que cet examen dise ce qu’il dira.
Un trouble, s’il existe, peut expliquer la main.
Il n’explique pas la cible.
Trappes n’a pas été choisie au hasard.
Depuis des années, cette ville est livrée en pâture.
Sur CNews, le chroniqueur Ivan Rioufol l’a rebaptisée "Trappistan" (source : Get The Trolls Out).
Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), l’a qualifiée de "République islamique", ce qui lui a valu une mise en examen (source : Public Sénat).
Sur RMC, dans "Les Grandes Gueules" (qui n'a jamais aussi bien porté son nom), on plaisantait en octobre 2024 sur une série à tourner là-bas, "Emily in Kaboul" (source : Puremédias).
Le mobile lui-même recopie un récit.
Transformer des pilleurs en Noirs et en Arabes, c’est l’équation qu’Éric Zemmour posait quelques jours plus tôt sur LCI, en rattachant les violences des manifestations au "grand remplacement" (source : Puremédias).
Ce racisme avait déjà tué.
Le 31 août 2024, à Cappelle-la-Grande, dans le Nord, Djamel Bendjaballah a été assassiné par un homme qui dirigeait une milice d’ultradroite (source : Politis).
Sa famille a dû se battre pour faire reconnaître le caractère raciste du crime (source : Al Jazeera).
Le 25 avril 2025, à La Grand-Combe, dans le Gard, Aboubakar Cissé a été poignardé à mort alors qu’il priait dans une mosquée, et son meurtrier présumé a été mis en examen pour assassinat à raison de la religion (source : Le Monde).
Le 31 mai 2025, à Puget-sur-Argens, dans le Var, Hichem Miraoui, coiffeur tunisien, a été abattu par son voisin : pour la première fois, le PNAT (Parquet national antiterroriste) se saisissait d’un crime adossé à l’idéologie d’extrême-droite (source : Public Sénat).
Trappes n’est que le dernier nom d’une liste qui s’allonge.
LES MÉDIAS, CES USINES À PEUR
En juillet, CNews a été condamnée par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) à 200 000€ d’amende pour incitation à la haine fondée sur l’origine et la religion, un peu plus d’un mois après une mise en demeure (source : Yahoo Actualités).
En février déjà, 100 000€ pour deux séquences de "L’Heure des pros" jugées de nature à encourager la discrimination envers les Algériens et les Palestiniens (source : Wikipédia).
Une séquence ne tue personne.
Mille séquences installent une (fausse) évidence.
À force d’entendre chaque soir que tel quartier n’est plus la France, que tel prénom annonce un délit, le téléspectateur finit par voir un ennemi là où il y a un voisin.
C’est le travail de la répétition : la peur devient un réflexe, puis une opinion, puis, chez certains, une permission.
CNews n’est pas seule.
Au lendemain de l’attentat, BFMTV avait prévu un entretien avec Éric Zemmour en soirée, et ne l’a déprogrammé qu’après le lancement d’une pétition (source : Puremédias).
Le maire de Trappes, Ali Rabeh, l’a rappelé en direct sur cette même antenne : c’est aussi sur les plateaux que se forge l’idée d’un ennemi intérieur à combattre (source : Puremédias).
Les chiffres disent où mène ce climat.
En 2025, le ministère de l’Intérieur a recensé 9 737 crimes et délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux, en hausse de 5 %, et les faits antimusulmans ont bondi de 88 % (source : Commission nationale consultative des droits de l’homme).
La famille de Pengo Bossio Wangi demande que l’enquête établisse les sources idéologiques auxquelles le tireur a été exposé, en rappelant que la théorie du "grand remplacement" circule depuis des années dans certains espaces médiatiques et politiques, campagne électorale comprise (source : France 3 Paris Île-de-France).
LES RÉSEAUX, CES ACCÉLÉRATEURS DE HAINE
Je parle ici en témoin.
Sur Facebook, j’ai été suspendue 24 heures des groupes pour avoir traité de "blaireau" un militant d’extrême-droite qui me réclamait une faveur sexuelle.
L’agression était dans son message.
La sanction est tombée sur ma réponse.
Ce deux poids, deux mesures a une histoire.
En janvier 2025, Meta a réécrit ses règles de modération : sur l’immigration, le genre et l’orientation sexuelle, des généralisations racistes, homophobes ou transphobes jusque-là bannies sont désormais tolérées (source : L’ADN).
Dans le même temps, le propre conseil de surveillance de Meta a dû lui rappeler que ses outils suppriment par erreur des messages qui combattent la haine (source : The Times of Israel).
Sur X, le constat est clairement mesuré.
Une étude publiée dans la revue Nature en février a montré que l’algorithme pousse les contenus les plus à droite et entraîne l’opinion des utilisateurs dans ce sens.
En France, avant les municipales, la même suramplification de l’extrême-droite a été relevée sur X comme sur TikTok (source : Next).
La justice s’en mêle : le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire visant X et Elon Musk, notamment pour manipulation de l’algorithme (source : Next).
Sur TikTok, le procédé est plus vicieux.
Mes vidéos qui dénoncent les violences policières ou la fascisation en cours ne sont pas supprimées : elles ne circulent pas.
Zéro vue.
Ce sont les seules de mon compte à connaître ce sort, alors que les mêmes vidéos passent sans encombre sur Facebook.
Une seule fois, TikTok l’a assumé : ma vidéo recensant les violences policières pendant le blocus lycéen est restée "en cours d’étude" indéfiniment, quand la validation prend d’habitude quelques minutes.
Ce mécanisme a un nom, l’invisibilisation, ce que les réseaux appellent le "shadowban" : la vidéo reste en ligne, mais personne ne la voit.
Et il ne laisse aucune trace, donc aucune preuve de censure.
Il est documenté de longue date.
En 2020, des documents internes révélés par The Intercept montraient que la plateforme savait écarter des vidéos de son fil de recommandation sans les supprimer, et qu’elle visait aussi les contenus politiques touchant à la police.
TikTok assurait alors que ces règles n’étaient plus appliquées (source : Journal du Geek).
Étouffer ce qui dénonce, laisser filer ce qui stigmatise.
Celle qui répond est sanctionnée.
Celui qui insulte est amplifié.
J’ACCUSE
Oui, j’ose !
J’accuse les chaînes qui, soir après soir, ont fait de Trappes un repoussoir et des Noirs et des Arabes une menace, et qui, sanctionnées par l’Arcom, recommencent.
J’accuse les plateformes qui punissent la riposte et laissent prospérer la haine, parce que la haine retient l’attention, et que l’attention rapporte.
J’accuse les responsables d’extrême-droite qui ont désigné cette ville, ses habitants, leur foi et leur couleur de peau, élection après élection.
Ils n’ont pas tenu l’arme.
Ils ont désigné la cible, fourni le récit, rendu le geste pensable.
Le sang de Pengo Bossio Wangi est aussi sur leurs mains, comme celui de Hichem Miraoui, d’Aboubakar Cissé, de Djamel Bendjaballah, et de chaque victime d’un acte raciste ou sexiste que ce climat a rendu possible.
Et tant que leur parole restera rentable, Trappes ne sera pas la dernière ligne de la liste.
Cet article vous a interpellé, mis en colère, fait réfléchir ? C'est exactement pour ça qu'il a été écrit.
✊ Votre soutien, c'est le carburant de la résistance ! Contribuez sur Tipeee.
🔔Abonnez-vous à la newsletter "La Lettre du Dimanche" pour recevoir directement dans votre boîte mail les analyses que les médias dominants ne font pas. Pas de publicité, pas de compromis, juste l'engagement de regarder le monde en face. S'informer, c'est déjà résister !
👉Rejoignez également la communauté sur Facebook pour suivre les publications en temps réel, partager les articles et participer aux discussions.
Parce qu'il n'y a pas de résistance possible sans conscience collective.
.png)



Commentaires