Chronique 191 - Le RN, un danger qui déborde de nos frontières
À l'approche de 2027, l'inquiétude internationale confirme ce que la France lucide sait déjà.
Une candidate d'extrême-droite revient dans la course, et c'est le monde entier qui blêmit.
"Souveraineté", dit le RN. Allégeance, lit l'étranger.

LE RN FAIT TREMBLER JUSQU'À L'ÉTRANGER
Il y a des signaux qu'on ferait bien d'écouter, précisément parce qu'ils viennent d'ailleurs.
Le 19 août, une analyse de Politico a mis des mots sur une inquiétude qui court désormais dans les couloirs de l'OTAN.
À l'approche de la présidentielle de 2027, l'Alliance se prépare à un scénario qu'elle jugeait hier impensable : l'arrivée à l'Élysée d'un président décidé à réduire, voire à rompre, l'engagement militaire de la France.
Courrier International l'a relayée sous l'angle britannique (source : Courrier International).
Et le Royaume-Uni, qui partage avec nous la charge nucléaire du continent, n'a pas l'habitude de s'alarmer pour rien.
Ce qui rend l'alerte sérieuse, c'est qu'elle n'est plus théorique.
Le 7 juillet dernier, la cour d'appel de Paris a réduit l'inéligibilité de Marine Le Pen à 15 mois, une peine déjà purgée (source : Touteleurope).
La candidate que l'on croyait écartée est de retour dans la course.
Les chancelleries ne redoutent plus une hypothèse d'école : elles anticipent une candidate qui peut gagner.
On me dira que l'étranger se mêle de ce qui ne le regarde pas.
Je répondrai l'inverse.
Quand des alliés de plusieurs décennies commencent à établir des plans pour le jour où la France leur ferait faux bond, ce n'est pas une ingérence.
C'est un diagnostic.
Et le diagnostic mérite qu'on le lise jusqu'au bout.
UNE INDÉPENDANCE SOUS TUTELLE
Marine Le Pen a un mot pour habiller son projet : indépendance.
Sortir du commandement militaire intégré de l'OTAN, tout en restant dans l'Alliance, sans renoncer à l'article 5.
La formule est rodée, répétée sur les plateaux depuis 2017 (source : franceinfo).
Elle convoque de Gaulle, 1966, le geste souverain d'un général qui claqua la porte du commandement atlantique pour que la France ne fasse la guerre qu'à ses conditions.
La référence est belle.
Elle est faite pour être belle.
Car le mot "souveraineté" a cette vertu : il rend noble n'importe quel repli.
Il transforme un désengagement en affirmation, une fragilité en fierté.
Prononcé avec l'accent de la grandeur nationale, il désarme la question qu'il faudrait poser : souveraineté au profit de qui ?
C'est là que le vernis gaulliste s'écaille.
De Gaulle sortait du commandement intégré pour renforcer l'autonomie française face aux deux blocs, dans un pays qui construisait sa propre dissuasion et refusait toute tutelle, d'où qu'elle vienne.
Le projet qu'on nous vend aujourd'hui sous le même mot ne refuse pas toutes les tutelles.
Il récuse la tutelle américaine pour se glisser sous celle de Moscou.
LE RN FIDÈLE À MOSCOU DEPUIS 10 ANS
Les faits, eux, ne s'habillent pas.
En 2014, le Front national, devenu Rassemblement national, contracte un prêt de 9,4 millions d'euros auprès d'une banque tchéco-russe, la First Czech Russian Bank.
Le trésorier du parti se rend à Moscou pour signer.
L'intermédiaire est un eurodéputé frontiste qui fut "observateur" du pseudo-référendum de Crimée (source : Anticor).
La même année, tandis que la Russie annexe la péninsule par la force, Marine Le Pen valide le résultat de ce simulacre de vote et s'oppose aux sanctions européennes.
Le prêt a depuis été remboursé, par anticipation, en septembre 2023, au moment précis où sa proximité affichée avec Moscou devenait un handicap électoral (source : Euractiv).
La commission d'enquête parlementaire sur les ingérences étrangères a tranché sans détour : elle a qualifié le parti de "courroie de transmission" du Kremlin et relevé un alignement "systématique" de ses eurodéputés sur les positions russes, dans leurs votes comme dans leurs déclarations (source : LCP).
Une élue RN devenue vice-présidente de l'Assemblée a même salué la "leçon de démocratie" que constituait le référendum ayant prolongé Vladimir Poutine au pouvoir.
Marine Le Pen se défend : "Je signe un prêt avec une banque, je ne signe pas un prêt avec Vladimir Poutine". (source : Euronews)
Elle jure n'avoir rien concédé, n'avoir cédé à aucune pression.
Je note la dénégation.
Je constate aussi qu'elle laisse intacte la seule chose qui compte : la constance d'un alignement qui n'a jamais eu besoin d'ordre pour s'exécuter.
On n'a pas à télécommander qui marche déjà dans le bon sens.
LE CADEAU À POUTINE
Reste le cœur du mensonge, et c'est un mensonge stratégique.
Ce projet, vendu comme un surcroît de puissance, produirait exactement l'inverse.
Sortir du commandement intégré, ce n'est pas récupérer une souveraineté : c'est perdre la main sur les décisions militaires qu'on prétend reprendre.
La France y siège, y pèse, y oriente.
Dehors, elle regarderait décider les autres.
Et les autres, justement, sont déjà en mouvement.
Les analystes que cite Politico le disent : un désengagement français déplacerait le centre de gravité militaire de l'Europe vers l'Allemagne et la Pologne (source : Courrier International).
La France, qui porte historiquement l'idée d'une autonomie stratégique européenne, l'affaiblirait de ses propres mains.
Le paradoxe est vertigineux : au nom de la grandeur, on organiserait l'effacement.
Le calendrier aggrave tout.
Washington réduit sa présence sur le continent.
Rubio a prévenu les alliés qu'il faudrait "vivre avec moins de soldats américains" (source : RTS).
À l'heure où le parapluie américain se referme, la France dispose de la seule force de dissuasion nucléaire indépendante d'Europe continentale.
C'est précisément ce moment, où le pays est le plus indispensable à la défense du continent, que le RN choisit pour proposer de desserrer son ancrage occidental.
Ce n'est pas de l'indépendance : c'est un cadeau offert à Vladimir Poutine, à l'heure exacte où il en a le plus besoin.
NOTRE FASCISATION VUE DE L'EXTÉRIEUR
Alors demandons-nous ce que voit, au juste, l'étranger.
Quand des états-majors alliés bâtissent des scénarios pour le jour où Paris basculerait, ils ne réagissent pas à un programme de politique intérieure.
Ils lisent une trajectoire.
Ils voient un parti dont le logiciel diplomatique épouse depuis 10 ans les intérêts de la Russie de Vladimir Poutine, et qui s'apprête peut-être à disposer de l'arme nucléaire française et d'un siège permanent au Conseil de sécurité.
C'est cela, le vrai contenu de l'alarme.
Les chancelleries ne s'inquiètent pas d'un nationalisme ombrageux.
Elles ont l'habitude des humeurs souveraines.
Elles s'inquiètent d'un basculement d'allégeance vers Moscou, maquillé en indépendance.
Ce qu'elles perçoivent de l'extérieur, avec la froideur des professionnels du renseignement, c'est le visage d'une fascisation en marche, celle d'un pouvoir en attente qui appelle "liberté" sa docilité envers le Kremlin et "souveraineté" son alignement sur la Russie.
Voilà ce qui devrait nous glacer, et nous armer.
Car nous sommes nombreux, ici, à voir cette trajectoire depuis des années, à la documenter, à en écrire chaque étape.
Ce qui a changé, c'est que le monde la voit désormais avec nous.
Le danger n'a jamais été aussi lisible : depuis Paris autant que depuis Londres, depuis Bruxelles, depuis les cartes d'état-major.
Ce que nous portions seuls, les chancelleries le portent maintenant avec nous.
Elles dont le métier est de mesurer froidement les menaces.
LE PRIX DES MOTS QU'ON LAISSE MENTIR
On reconnaît un régime à ce qu'il craint et à ce qu'il sert.
Ce projet-là ne craint pas la Russie et ne sert pas la France.
Il inverse méthodiquement les deux, et appelle cette inversion "patriotisme".
Le mot souveraineté, dans sa bouche, ne désigne pas l'affranchissement d'un peuple.
Il désigne le desserrement d'un verrou stratégique, au seul bénéfice du Kremlin.
L'inquiétude qui monte des capitales alliées n'est pas une leçon qu'on nous donne : c'est une confirmation.
Ce que nous nommons depuis des années, le monde le nomme à son tour.
Reste la seule question qui vaille : la France entière l'entendra-t-elle avant 2027, ou attendra-t-elle, comme trop souvent, que l'Histoire lui rappelle le prix des mots qu'on a laissés mentir ?
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