Chronique 90 - Le RN et l'argent sale : le grand inventaire
- Lucie Fourcade
- 15 mai
- 8 min de lecture
Le Rassemblement National cumule les affaires financières depuis 20 ans.
Tour d'horizon.
Le parti du peuple : c'est comme ça qu'ils se vendent.
Mais derrière le slogan, il y a 20 ans d'affaires financières, des condamnations pénales définitives, et des millions d'euros détournés.
De l'argent public, de l'argent européen, de l'argent des Français.
Voici le dossier.

LE PREMIER DOMINO
Tout commence en 2014, quand Mediapart révèle que des eurodéputés du Front National utilisent leurs enveloppes de frais parlementaires pour rémunérer des salariés du parti.
Des assistants officiellement affectés au travail européen qui, en réalité, s'occupent de la propagande, de la logistique et des campagnes électorales du FN sur le sol français.
Le tribunal correctionnel de Paris mettra 10 ans à juger l'affaire.
Le verdict tombe le 31 mars 2025 : Marine Le Pen est reconnue coupable de détournement de fonds publics.
La peine est historique : 4 ans de prison dont 2 ferme aménagés sous bracelet électronique, 100 000 euros d'amende, et 5 ans d'inéligibilité avec exécution provisoire immédiate.
Elle ne peut donc pas se présenter à l'élection présidentielle de 2027 (source franceinfo).
24 autres personnes sont condamnées à ses côtés : 8 anciens eurodéputés, 12 ex-assistants parlementaires et plusieurs membres du parti.
Le Rassemblement National, jugé en tant que personne morale, écope d'une amende de 2 millions d'euros dont un million ferme, assortie d'une confiscation d'un million d'euros. Le préjudice total causé au Parlement européen est estimé à 3,2 millions d'euros (source LCP).
Le tribunal n'a pas laissé place au doute : il s'agissait d'un "système, centralisé, optimisé", mis en place pour faire payer par l'Europe les salariés du FN.
Une "double tromperie", dit la présidente Bénédicte de Perthuis, à l'égard du Parlement européen et des électeurs.
Un "contournement démocratique" délibéré (source Public Sénat).
Marine Le Pen a fait appel.
Le procès en appel s'est tenu du 13 janvier au 12 février 2026.
Un arrêt est attendu à l'été 2026.
Si la condamnation est confirmée, Marine Le Pen ne peut se présenter à aucune élection jusqu'en 2030.
Louis Aliot, maire RN de Perpignan, a lui aussi été condamné : 18 mois de prison dont 6 ferme et 3 ans d'inéligibilité (source France 3).
JEANNE, AU SECOURS DE LE PEN
En 2010, des proches de Marine Le Pen créent discrètement un micro-parti baptisé Jeanne, en hommage à Jeanne d'Arc, figure tutélaire du FN.
Structure sans militants, sans réunions publiques, sans programme politique.
Sa vocation est purement financière.
L'objectif déclaré en interne : offrir à Marine Le Pen une structure indépendante du contrôle de son père pour lever des fonds.
En 2012, les recettes de Jeanne atteignent 9,5 millions d'euros, en faisant le quatrième parti de France par ses ressources (source Wikipédia).
Le mécanisme est simple et redoutable.
Jeanne facture aux candidats du FN des "kits de campagne", affiches, tracts, supports, pour 16 650 euros pièce.
Un tarif 4 fois supérieur à la valeur réelle du matériel, estimée à environ 4 000 euros par des experts indépendants.
Cerise sur le gâteau : l'investiture du FN n'est validée qu'après signature du bon de commande.
Pas de kit, pas de candidature.
Le prestataire derrière ce système est la société Riwal, dirigée par Frédéric Chatillon, figure de l'ultradroite nationaliste et argentier officieux de Marine Le Pen (source Wikipédia).
Une information judiciaire est ouverte en 2014.
Le procès se tient en 2019.
Le jugement de 2020 condamne Frédéric Chatillon à 30 mois de prison dont 10 ferme et 250 000 euros d'amende pour escroqueries et abus de biens sociaux.
En 2023, la cour d'appel confirme les condamnations.
En juin 2024, la Cour de cassation valide définitivement le jugement.
Le RN est condamné à 250 000 euros d'amende (source Wikipédia).
Wallerand de Saint-Just, trésorier historique du parti, écope d'une inéligibilité de 2 ans. Jean-François Jalkh, eurodéputé et vice-président du RN, est condamné à 2 ans d'inéligibilité.
L'affaire Jeanne révèle la face cachée du modèle économique FN/RN : un parti structurellement endetté qui survit en ponctionnant ses propres candidats via des montages frauduleux (source Wikipédia).
LE PRÊT RUSSE DONT IL NE FALLAIT PAS PARLER
En septembre 2014, le Front National contracte un emprunt de 9 millions d'euros auprès de la First Czech Russian Bank, une banque tchéco-russe.
L'opération est révélée par Mediapart.
La justification avancée par le parti : les banques françaises refusaient de lui prêter.
Ce qui ne change rien au fond du problème : un parti politique français, candidat à la présidence de la République, se finançait auprès d'une institution financière sous contrôle russe (source Le JDD).
En 2016, la banque fait faillite et le prêt passe entièrement sous le contrôle d'Aviazaptchast, une société russe.
Pendant 9 ans, le parti d'extrême-droite française est donc juridiquement redevable envers une entité russe.
Remboursement prévu en 2019 : impossible, le RN est insolvable.
Un accord à l'amiable est trouvé en 2020 après des poursuites judiciaires (source franceinfo).
Le prêt n'est finalement remboursé qu'en septembre 2023, soit 6,09 millions d'euros en une seule fois, capital et intérêts compris.
Jordan Bardella, arrivé à la tête du parti, règle ce "boulet" à l'approche des élections européennes de 2024.
Durant la présidentielle de 2022, Emmanuel Macron avait lancé à Marine Le Pen lors du débat télévisé : "Vous parlez à votre banquier quand vous parlez de la Russie" (source Le JDD).
La coïncidence mérite d'être soulignée.
Pendant 9 ans de dépendance financière envers une entité russe, le RN a systématiquement tenu un discours favorable à Vladimir Poutine, s'est opposé aux sanctions contre la Russie et a relativisé l'annexion de la Crimée.
Le remboursement précipité de 2023, à quelques mois des européennes, ressemble moins à un acte d'indépendance qu'à un calcul de communication électorale.
FINANCEMENT OCCULTE POUR CAMPAGNE OPAQUE
Le 9 juillet 2025, une vingtaine de policiers de la brigade financière débarquent au siège du Rassemblement National à Paris.
Accompagnés de deux juges d'instruction, ils saisissent l'intégralité des dossiers électoraux du parti : campagnes régionales, présidentielle, législatives, européennes. Jordan Bardella, depuis le Parlement européen à Strasbourg, crie à "l'acharnement" et à la "persécution" (source Public Sénat).
Cette perquisition s'inscrit dans une information judiciaire ouverte un an plus tôt.
Le parquet de Paris soupçonne le RN d'avoir financé illégalement ses campagnes présidentielle et législatives de 2022 et ses européennes de 2024 en recourant à des prêts de particuliers, riches militants ou sympathisants, dans des conditions contraires à la loi.
Les infractions visées sont graves : fraude, blanchiment et usage de faux documents (source RFI).
Les chiffres donnent le vertige.
Pour la seule campagne des européennes de 2024, le RN s'est appuyé à plus de 87 % sur environ 225 particuliers qui lui ont avancé près de 4,5 millions d'euros, dont une trentaine de prêts d'au moins 50 000 euros chacun.
Fin 2023, le parti affichait encore plus de 20 millions d'euros d'encours auprès de personnes physiques, certains prêts remontant à 2007 (source Public Sénat).
Le financement des partis politiques est strictement encadré en France.
Seules les banques domiciliées dans l'espace économique européen peuvent accorder des prêts aux partis.
La répétition des mêmes prêteurs, les montants en cause et les irrégularités détectées ont conduit la Commission nationale des comptes de campagne à saisir la justice. L'enquête est toujours en cours.
LE RN ET L'EUROPE : RELATION TOXIQUE D'UNE POMPE À FRIC
Il faut s'arrêter un instant sur ce paradoxe vertigineux.
Le Rassemblement National passe ses journées à dénoncer l'Europe, cette bureaucratie bruxelloise qui "gaspille l'argent des Français", ces élites hors-sol qui dilapident les contributions du contribuable.
Marine Le Pen, Jordan Bardella, et avant eux Jean-Marie Le Pen ont fait de l'euroscepticisme un fonds de commerce électoral permanent.
Et pendant ce temps, depuis 20 ans, le RN puise systématiquement dans les caisses de cette même Europe pour financer ses activités partisanes.
En juillet 2025, le Parlement européen rend public un rapport confidentiel accablant.
La direction des affaires financières de l'institution a examiné les comptes du groupe Identité et Démocratie, l'alliance d'extrême-droite dissoute en juillet 2024 dont le RN était membre, et conclut à 4,33 millions d'euros de dépenses irrégulières sur la période 2019-2024 (source L'Insoumission).
Deux sociétés sont particulièrement épinglées.
La société Unanime aurait perçu 1,43 million d'euros entre 2020 et 2024 pour des travaux d'impression, sans appels d'offres conformes, avec 260 000 euros de surcoût indu.
La société e-Politic aurait encaissé 1,7 million d'euros pour des services de communication, également via des procédures irrégulières.
Les deux entreprises sont liées à d'anciens militants d'ultradroite proches de Marine Le Pen, la tristement célèbre "GUD Connection" (source L'Insoumission).
En mai 2026, le Canard enchaîné révèle qu'un formateur aux médias a été payé par des fonds européens affectés aux eurodéputés du RN, non pas pour leur formation à leurs missions parlementaires, mais pour préparer Jordan Bardella à la campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2022 (source Euronews).
Le parquet européen confirme l'ouverture d'une enquête pour fraude aux fonds de l'Union européenne (source La Libre).
L'avocat de l'association AC!! Anti-Corruption résume l'affaire avec une formule qui claque : "L'argent de l'Europe est aussi l'argent du contribuable français. Le RN a utilisé les fonds européens pour son parti politique du temps de Marine Le Pen. Il continue au temps de Bardella".
Dénoncer l'Europe le matin.
Facturer l'Europe le soir.
Depuis 20 ans.
LE PARTI DE LA FRAUDE ORGANISÉE
20 ans.
5 affaires.
Des condamnations pénales définitives.
Des enquêtes en cours.
Des millions d'euros, publics, européens, français, détournés, fraudés, ponctionnés.
C'est un système.
Documenté.
Jugé.
Condamné.
Un parti qui accuse l'Europe de piller les Français utilise l'Europe pour payer ses permanents.
Un parti qui promet de nettoyer les institutions est lui-même condamné pour détournement de fonds publics.
Un parti qui se dit persécuté par la justice a été jugé coupable par trois degrés de juridiction.
Les mots ont un sens.
Quand la justice dit "système centralisé et optimisé", elle ne dit pas erreur.
Elle dit choix.
Le RN n'a pas dérapé.
Il a construit.
🧰 BOÎTE À MUNITIONS — à copier/coller sur les réseaux
Le RN et l'argent sale : les faits en bref
▪ Assistants fictifs : 3,2 M€ détournés du Parlement européen entre 2004 et 2016. Marine Le Pen condamnée le 31 mars 2025 à 4 ans de prison et 5 ans d'inéligibilité. 24 autres condamnés.
▪ Affaire Jeanne : Micro-parti frauduleux qui surfacturait des kits de campagne aux candidats FN. Condamnations définitives confirmées par la Cour de cassation en juin 2024. Le RN condamné à 250 000 € d'amende.
▪ Prêt russe : 9 millions d'euros empruntés en 2014 à une banque sous contrôle russe. Remboursés seulement en 2023, après 9 ans de dépendance financière envers Moscou.
▪ Financement illégal : Perquisition du siège du RN le 9 juillet 2025. Soupçons de prêts illégaux de particuliers pour financer les campagnes de 2022 et 2024. Enquête en cours.
▪ Fraude européenne : 4,3 M€ de dépenses irrégulières au Parlement européen (2019-2024). Media training de Bardella financé par des fonds européens pendant la présidentielle 2022. Deux enquêtes du parquet européen ouvertes.
Sources et analyse complète : https://www.chroniques-nouvelle-resistance.blog
Cet article vous a interpellé, mis en colère, fait réfléchir ? C'est exactement pour ça qu'il a été écrit.
✊ Votre soutien, c'est le carburant de la résistance ! Contribuez sur Tipeee.
🔔Abonnez-vous à la newsletter "La Lettre du Dimanche" pour recevoir directement dans votre boîte mail les analyses que les médias dominants ne font pas. Pas de publicité, pas de compromis, juste l'engagement de regarder le monde en face. S'informer, c'est déjà résister !
👉Rejoignez également la communauté sur Facebook pour suivre les publications en temps réel, partager les articles et participer aux discussions.
Parce qu'il n'y a pas de résistance possible sans conscience collective.



Commentaires