Chronique 204 - Le Pen / Ciotti : l'alliance de tous les dangers
L'extrême-droite a pris une leçon de mathématiques : l'union fait le nombre. À la gauche de l'apprendre avant qu'il ne soit trop tard.
Ciotti tend la main à Le Pen.
L'extrême-droite a compris une chose simple : additionner, c'est gagner.
Pendant ce temps, la gauche se déchire.
Voici pourquoi 2027 se joue maintenant, pas en avril.

CIOTTI ET LE PEN : LA DEMANDE EN MARIAGE
Le décor était soigné.
6 000 partisans réunis sur le grand pré de Levens, dans l'arrière-pays niçois, pour la rentrée politique d'Éric Ciotti.
Et une phrase, lâchée devant la presse : il propose à Marine Le Pen "un pacte d'alliance pour nous porter à la victoire" (source : franceinfo).
Le patron de l'Union des droites pour la République, ancien président de LR passé dans l'orbite du Rassemblement national dès 2024, l'assume désormais sans détour.
Il n'y a, selon lui, qu'une seule voie, celle de l'union avec le RN de Jordan Bardella et Marine Le Pen.
Ce n'est pas un mot en l'air.
Ciotti est arrivé avec une quinzaine de propositions présentées comme "complémentaires" au projet de la candidate : un grand chambardement territorial fondant départements, métropoles et régions dans des "provinces", l'allègement de la fiscalité sur les successions, la capitalisation des retraites, le durcissement du droit du sol (source : Orange).
Un homme ne tend pas 15 propositions à une candidate favorite des sondages pour faire de la figuration.
Il prépare un attelage de gouvernement.
L'EXTRÊME-DROITE SAIT COMPTER
Voilà ce qui saute avec ce pacte : le dernier verrou.
Pendant des années, la droite extrême avançait en ordre dispersé : le RN d'un côté, la mouvance Zemmour de l'autre, les transfuges de LR jouant leur propre partition.
Cette dispersion avait un mérite paradoxal : elle rendait la fracture de la gauche presque banale.
Tout le monde était divisé, donc personne ne l'était vraiment.
Ce temps se referme.
Marine Le Pen a été condamnée en appel pour détournement de fonds publics, mais sa peine d'inéligibilité, réduite, était déjà purgée : elle est candidate, favorite, donnée en tête du premier tour (source : RTS).
Jordan Bardella verrouille l'appareil.
Ciotti apporte l'ancien électorat LR et un vernis de respectabilité de notable.
Et à Reconquête n'exclut plus de rejoindre demain un gouvernement de cette famille recomposée.
Ce n'est plus une nébuleuse : c'est une addition méthodique.
Chaque bloc apporte ses voix, ses réseaux, ses élus.
L'arithmétique de la conquête est en marche.
EN FACE, LA DISSENSION
Pendant que l'extrême-droite additionne, la gauche soustrait.
Le paysage se fige en deux blocs qui se regardent en chiens de faïence : Jean-Luc Mélenchon d'un côté, autour de 15 % dans les sondages, Raphaël Glucksmann de l'autre, autour de 10 % (source : Orange).
Une primaire unitaire est convoquée pour le 11 octobre.
Sans Mélenchon, sans Glucksmann, sans le Parti communiste qui la boude (source : franceinfo).
Autrement dit : une primaire du rassemblement à laquelle les principaux prétendants refusent de venir.
Marine Tondelier, elle, répète que la place face au RN ira "au camp le plus rassemblé".
Elle a raison.
C'est bien le problème.
Je le dis sans détour : ce spectacle m'épuise.
Nous avons déjà vu ce film.
2002, la gauche éparpillée façon puzzle, et un second tour volé au premier.
2022, une qualification manquée de peu.
Chaque ego qui campe sur sa candidature, chaque appareil qui protège son fonds de commerce, prépare la même défaite.
Et cette fois, l'adversaire, lui, aura appris à s'unir.
L'ARITHMÉTIQUE NE FAIT PAS DE SENTIMENT
Regardons les chiffres en face, froidement.
Le second tour de 2027 se jouera vraisemblablement entre le camp de l'extrême-droite recomposée et un autre camp.
Marine Le Pen est donnée qualifiée.
La question n'est donc pas de savoir qui, à gauche, a le plus beau projet ou le meilleur tribun.
La question est : quel camp se présentera rassemblé face à elle ?
Si l'extrême-droite additionne LR-transfuges, RN et une partie de Reconquête, et que la gauche se présente en trois ou quatre morceaux, le résultat est écrit avant même le vote.
Ce n'est pas de la politique-fiction, c'est une addition de bulletins.
Une élection ne récompense pas la pureté doctrinale.
Elle récompense la masse.
Et pour l'instant, la masse se construit d'un seul côté de l'échiquier.
SE FÉDÉRER OU PERDRE NOS MIETTES DE DÉMOCRATIE
J'écris cette chronique pour dire une chose, et une seule.
La fédération de la gauche et des écologistes n'est plus une préférence stratégique : c'est une condition de survie démocratique.
Et cette fédération ne peut plus tourner autour d'un nom.
Que l'on aime Mélenchon ou qu'on ne l'aime pas, la question n'est pas là.
Qu'on préfère Glucksmann, Tondelier, Ruffin, un ou une inconnue, la question n'est toujours pas là.
Ce qui doit rassembler, ce n'est pas un homme, ni une chapelle, ni un appareil : c'est un programme.
Un contrat clair (pouvoir d'achat, services publics, écologie, justice fiscale, défense de l'État de droit) sur lequel chaque force accepte de s'effacer un peu pour que l'ensemble tienne debout.
Celui ou celle qui portera ce programme importe moins que le programme lui-même.
Je m'adresse à vous, lectrices et lecteurs, autant qu'aux appareils.
Parce que la pression viendra d'en bas ou ne viendra pas.
Les états-majors ne se dépasseront que si nous, citoyennes et citoyens, exigeons qu'ils le fassent.
Refusez le confort du "mon candidat ou rien".
Ce confort-là, en 2027, a un nom : abstention de fait, second tour perdu, 5 ans à réparer les dégâts.
ÇA SENT LE SAPIN, PAS ENCORE LA MORT
Éric Ciotti vient de rappeler à la gauche une leçon qu'elle refuse d'apprendre : on ne gagne pas divisé face à un camp qui s'unit.
L'extrême-droite additionne ses forces sans état d'âme.
Elle sait que la victoire est une affaire de nombre, pas de vertu.
La gauche, elle, a encore quelques mois pour choisir entre ses querelles et le pays.
Je ne demande à personne de renoncer à ses idées.
Je demande à chacun de les mettre au service de quelque chose de plus grand qu'une candidature.
Oui, ça sent le sapin.
Mais rien n'est encore joué, à condition de cesser de creuser notre propre tombe.
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Si l'x-droite remporte la présidentielle, il ne nous fera pas juste 5 ans pour réparer mais bien 10, 15 ou plus, cf la Hongrie !