Chronique 48 - Le fascisme avance. Où est la résistance ?
- Lucie Fourcade
- 3 avr.
- 8 min de lecture
Mode d'emploi pour une résistance qui s'organise enfin.
La France bascule.
Pas d'un coup.
Méthodiquement.
Délibérément.
Pendant ce temps, des centaines de collectifs, de syndicats, d'associations, de blogs résistent : souvent seuls, rarement ensemble.
Ce qu'il manque n'est pas la volonté.
C'est la coordination.
C'est le plan.
Personne ne viendra nous sauver.
C'est à nous d'agir. Ensemble.

LE FASCISME EST LÀ
Ne vous laissez pas tromper par la lenteur apparente des choses.
Ce qu'il se passe en France depuis plusieurs années n'est pas une dérive passagère, ni un accident de l'histoire.
C'est une transformation structurelle, délibérée, conduite pas à pas par des forces qui savent exactement où elles vont.
Le Rassemblement National a obtenu plus de 31 % des voix aux européennes de 2024.
Il avance dans les mairies, normalise ses thèses dans les médias grand public, et criminalise ses opposants, avec la complicité active d'une partie de la gauche et de la presse.
L'instrumentalisation de la mort du militant d'extrême-droite Quentin Deranque en février 2026 l'a montré crûment : en quelques jours, les mots "antifasciste" et "terroriste" ont été associés dans les mêmes phrases, sur les mêmes plateaux, par les mêmes bouches qui se réclament du camp républicain.
À l'extérieur des frontières, les signaux sont tout aussi alarmants.
Trump a signé un décret qualifiant l'antifascisme d'organisation terroriste.
Les démocraties reculent partout.
L'internationale réactionnaire est organisée, financée, coordonnée.
Elle a un agenda.
Elle a un calendrier.
Elle a des relais dans les institutions, les médias, les réseaux sociaux et les gouvernements.
Eux ont un plan.
La question qui nous est posée, à nous, maintenant, sans délai, est simple : est-ce que nous en avons un ?
OÙ EST LA RÉSISTANCE ?
La volonté existe.
L'énergie aussi.
Le 14 mars 2026, plus de 130 organisations ont marché ensemble sous la bannière de la Marche des Solidarités.
Un élan réel.
Une démonstration de force symbolique.
Mais le lendemain, chaque collectif est rentré chez lui.
C'est le cœur du problème.
L'antifascisme contemporain en France est structuré en groupes affinitaires hermétiques, sans coordination nationale depuis les années 1990.
L'historien Gilles Vergnon le dit sans détour : le mouvement antifasciste "n'est plus du tout organisé au niveau national comme c'était le cas dans les années 1990" (source L'antifascisme en France. De Mussolini à Le Pen - Presses universitaires de Rennes).
Il n'existe plus de projet global commun.
Plus de feuille de route partagée.
Des combats précis, locaux, souvent efficaces dans leur périmètre, mais sans la masse critique qui fait basculer un rapport de forces à l'échelle nationale.
On s'éparpille parce qu'on ne s'est pas encore assis ensemble pour décider ensemble.
Cette fragmentation a des conséquences directes et graves.
Quand un groupe est dissous, comme la Jeune Garde antifasciste l'a été en juin 2025, l'ensemble vacille, parce qu'aucun réseau de remplacement n'est prêt.
La répression frappe toujours plus facilement des structures isolées qu'un front uni.
Et la fatigue militante ronge ceux qui réinventent seuls, à chaque fois, des outils que d'autres ont déjà inventés ailleurs.
Ce n'est pas une critique.
C'est un état des lieux.
Et un état des lieux lucide est la première condition pour changer les choses.
LA LEÇON DE L'HISTOIRE
Cela n'a pas toujours été ainsi.
Et l'Histoire nous offre les preuves que la coordination est possible, même entre des forces qui, en temps ordinaire, ne s'entendent pas.
En 1934, face aux ligues fascistes qui tentaient de renverser la République, des organisations aux projets de société radicalement opposés (socialistes de la SFIO, communistes du PCF, syndicalistes de la CGT, républicains) ont signé un pacte d'unité d'action.
Non par amour mutuel.
Par lucidité.
Parce qu'ils avaient compris que l'ennemi les écraserait l'un après l'autre s'ils restaient séparés (source Antifascisme et Front populaire - Presses universitaires de Rennes).
Deux ans plus tard naissait le Front populaire : la victoire de juin 1936, les congés payés, la semaine de 40 heures, la liberté syndicale.
Ce n'était pas une fusion idéologique.
C'était une alliance tactique sur un socle minimal : la volonté de battre le fascisme.
En 1943, le Conseil National de la Résistance réunissait des gaullistes, des communistes, des socialistes et des démocrates-chrétiens qui, en paix, se seraient combattus.
Face à l'occupant, ils ont mis leurs désaccords entre parenthèses pour écrire ensemble le programme le plus ambitieux que la France ait connu.
La Sécurité sociale, les retraites, la presse libre, les nationalisations : tout cela est né de l'unité de gens qui ne partageaient pas la même vision du monde, mais partageaient la même urgence.
La leçon n'est pas de copier ces modèles.
C'est d'en retenir la logique : l'unité dans la diversité, construite non pas sur l'accord parfait mais sur la conscience commune du danger.
Ce que nous vivons justifie au moins autant cette logique qu'en 1934.
Peut-être davantage.
LE PLAN DE LA NOUVELLE RÉSISTANCE
1. Ancrer le local : commencer là où l'on est.
La résistance ne se bâtit pas depuis Paris.
Elle se bâtit dans les rues, les quartiers, les universités, les entreprises, les communes rurales.
L'antifascisme qui progresse aujourd'hui est celui du CVA 22 dans les Côtes-d'Armor, du collectif La Nuée à Besançon, du Front antifasciste breton : des gens qui ont regardé autour d'eux, identifié la menace locale, et décidé de s'organiser là où ils sont (source Reporterre).
La première question à se poser n'est pas "que faire à l'échelle nationale ?".
C'est : "qu'est-ce qui existe autour de moi ?"
Une association antiraciste, un syndicat actif, un collectif de parents d'élèves, un groupe de quartier.
Les rejoindre.
Les renforcer.
En créer un s'il n'en existe pas.
Ce qui prend racine localement finit toujours par fleurir plus loin.
2. Tisser les convergences : ensemble ou pas du tout.
L'extrême-droite l'a compris avant nous : toutes les idéologies de domination se tiennent la main.
Le racisme nourrit le sexisme qui nourrit la haine des pauvres qui nourrit le nationalisme.
Sa force est de tisser ces fils en un seul récit cohérent.
Notre force doit être symétrique.
L'intersectionnalité n'est pas une posture identitaire : c'est une stratégie de coalition.
Le 8 mars 2025, féministes et antifascistes ont fait bloc pour repousser le groupe Némésis de la rue.
À Sainte-Soline, écologistes et militants autonomes ont défendu les mêmes lignes.
Ces convergences ne se décrètent pas, mais elles sont la condition de la massification.
Un mouvement purement antifasciste reste minoritaire.
Un mouvement qui est à la fois antifasciste, féministe, écologiste, antiraciste et social devient irrépressible (source Politis).
3. Produire et diffuser les vraies informations : gagner la bataille des mots.
Avant de gagner les élections, l'extrême-droite a gagné les cerveaux.
Avant de conquérir les mairies, elle a conquis le vocabulaire.
Elle a construit un récit hégémonique dans les médias de masse, les réseaux sociaux, les conversations de famille.
Ce n'est pas un accident.
C'est une stratégie délibérée, conduite sur des décennies.
La résistance doit mener la même bataille avec ses propres armes.
Des analyses accessibles, pas réservées aux déjà-convaincus.
Des fiches argumentaires pour répondre dans les dîners, dans les salles de pause, dans les commentaires.
Des formats courts pour les réseaux, de la profondeur pour ceux qui veulent comprendre.
Ce n'est pas un travail secondaire : c'est un front de guerre à part entière.
C'est ce que font les Chroniques de la Nouvelle Résistance depuis leur création.
Chaque analyse publiée ici est un outil.
La Boîte à outils est un arsenal.
Et chaque lecteur qui partage, qui cite un argument, qui glisse une fiche à quelqu'un qui doute : il fait reculer l'extrême-droite, là où il est, ce jour-là.
4. Occuper le terrain électoral : refuser de laisser le champ libre.
L'antifascisme ne peut pas se tenir en dehors des institutions.
L'extrême-droite, elle, n'a pas fait cette erreur.
Elle a investi les mairies, les conseils régionaux, les listes communales présentées sous des étiquettes neutres.
Elle a compris que le pouvoir institutionnel est un levier, et elle s'en saisit méthodiquement.
Les élections municipales de mars 2026 l'ont montré : là où la gauche s'est organisée, unie dès le premier tour, elle a tenu.
Là où elle s'est fragmentée en egos rivaux, le RN a prospéré.
En 2027, l'enjeu sera présidentiel.
Chaque voix perdue dans les divisions de chapelle est une voix offerte à la droite brune (source Franceinfo).
Ce n'est pas un appel à la capitulation idéologique.
C'est un appel à la lucidité stratégique.
Occuper le terrain électoral, c'est aussi surveiller les listes, identifier les candidats d'extrême-droite qui se glissent sous des étiquettes neutres, informer les électeurs de son entourage.
Le vote est un outil parmi d'autres, mais c'est un outil que l'adversaire prend très au sérieux.
Nous devons en faire autant.
5. Construire une coordination nationale : le chantier le plus urgent.
C'est le pilier le plus difficile.
Et le plus nécessaire.
La Marche des Solidarités a prévu un week-end de coordination nationale en avril 2026 à Paris pour "préparer les suites de cette feuille de route contre le racisme et le fascisme".
C'est exactement le type de moment qu'il faut investir, amplifier, exiger qu'il ne reste pas sans lendemain (source Marche des Solidarités - Appel et signataires, antiracisme-solidarite.org).
Une coordination nationale ne signifie pas une fusion.
Cela signifie des collectifs locaux, des syndicats, des associations nationales et des partis politiques antifascistes qui partagent un agenda commun, évitent les doublons, mutualisent les ressources, construisent des campagnes ensemble.
Un socle minimal : pas un programme unifié.
La discipline du combat, pas la fusion des identités.
L'organisation Égalités le dit avec la clarté qui s'impose : "Il est trop tard pour être pessimistes".
Cette lucidité sans complaisance est le seul point de départ possible.
6. Mener la guerre culturelle : le front invisible.
L'extrême-droite n'a pas seulement conquis des territoires électoraux.
Elle a conquis des imaginaires.
Elle a fait accepter comme normaux des discours qui auraient déclenché l'indignation générale il y a vingt ans.
Elle a imposé ses cadres jusque dans les bouches de ceux qui se disent républicains.
Elle a transformé la compassion en naïveté, la solidarité en faiblesse, la résistance en violence.
Cette bataille se gagne dans les conversations de tous les jours.
Dans le refus de laisser passer une remarque raciste sans répondre.
Dans la capacité à nommer ce qui se passe sans euphémisme.
Dans le choix des mots qu'on utilise, des médias qu'on partage, des récits qu'on valide ou qu'on déconstruit.
Chaque lecteur est un vecteur de conscience dans son entourage.
Pas un militant professionnel.
Une personne ordinaire qui a décidé de ne plus fermer les yeux.
C'est ça, la résistance culturelle.
Des millions de personnes ordinaires qui décident, chacune dans son cercle, de ne plus laisser le champ libre.
RÉPONDREZ-VOUS À L'APPEL DE LA RÉSISTANCE ?
Il n'y aura pas de grand soir.
Pas de sauveur.
Il y a nous. Maintenant.
La résistance n'a jamais attendu le moment parfait.
Elle est née dans l'esprit et dans les actes de gens décidés.
Le Rassemblement National a mis des décennies à normaliser l'innommable.
Il a été patient.
Méthodique.
Organisé.
Nous n'avons plus des décennies.
Il faut agir aujourd'hui.
Alors répondez à l'appel.
Rejoignez un collectif.
Manifestez.
Organisez-vous.
Informez-vous et partagez.
Résistez !
La flamme de la résistance vacille : redonnons-lui sa force !
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Plus nous sommes nombreux à nommer les choses, moins elles peuvent avancer dans l’ombre.
Parce qu'il n'y a pas de résistance possible sans conscience collective.



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