Chronique 241 - La Vieille Garde se lève
Face aux néonazis qui défilent, nous avons laissé la jeunesse antifasciste seule. Elle a été dissoute. Nous avons gardé le silence trop longtemps. Levons-nous.
Des militants d’extrême-droite cagoulés défilent en plein couvre-feu en scandant “rémigration”.
Ils annoncent une “guerre raciale” et donnent déjà rendez-vous pour la suite.
Le pouvoir, lui, regarde à gauche.
Cette fois, finie la mesure.

LE NÉONAZISME DÉFILE SANS CONTRAINTE
Le 17 octobre, entre 550 000 et 800 000 personnes ont manifesté dans tout le pays, lycéens, gilets jaunes et syndicats mêlés (source : Politis).
Partout, des saccages ont eu lieu.
On a beaucoup moins parlé d’autre chose.
Ce jour-là, à Nice, Paris et Tours, des groupes nationalistes se sont mêlés aux manifestants pour en agresser certains (source : Libération).
À Nice, ils ont eux-mêmes diffusé la vidéo : une vingtaine d’hommes en noir, cagoulés, chargent dans une rue vide et s’acharnent à plusieurs sur un jeune homme.
À Tours, un groupe s’est vanté d’avoir "sécurisé" le centre-ville (source : Blick).
Des hommes en noir qui patrouillent et frappent.
Il existe un mot pour ça : une milice.
Le 19 octobre, environ 200 militants d’extrême-droite radicale ont défilé à Lyon, en plein couvre-feu, sans être empêchés, après s’être infiltrés dans un rassemblement de soutien aux commerçants (source : Rue89Lyon).
En tête du cortège, un drapeau à croix celtique.
Dans les bouches : "re, re, remigration", "Islam hors d’Europe" (source : Actu Lyon).
Le Monde a reconnu dans le cortège un ancien dirigeant de Blood & Honour, un groupuscule néonazi dissous en 2019 (source : Blick).
Et ils préviennent.
Convaincus de mener une "guerre raciale", ils appellent à redescendre dans la rue le 1er novembre pour réclamer la "remigration" (source : Libération).
L’État a répondu par un signalement au procureur.
Au même moment, le président et le Premier ministre désignaient l’ultragauche comme responsable des violences du 17 octobre.
La procureure de Paris n’a pas confirmé cette thèse, et un commissaire du renseignement a raconté à Mediapart qu’on lui avait demandé de l’écrire noir sur blanc (source : Blick).
On signale les néonazis.
On accuse la gauche.
ON LEUR A LAISSÉ LA RUE
Ces nostalgiques du IIIe Reich connaissent le chemin.
À Paris, le défilé néofasciste du Comité du 9 mai (C9M) a eu lieu sans encombre de 1995 à 2025, les tribunaux annulant régulièrement des interdictions mal ficelées (source : Politis).
30 ans de croix celtiques sur le pavé de la capitale.
Pendant ce temps, on a imposé un mot commode : "groupuscules".
Les uns, les autres, tous dans le même sac.
Le 12 juin 2025, le gouvernement a dissous le même jour Lyon Populaire, groupuscule d’extrême-droite, et la Jeune Garde antifasciste (source : Politis).
Un de chaque côté.
La balance est bien réglée.
Voilà la fausse symétrie.
D’un côté, des hommes qui crient que la rue leur appartient et qui chassent ceux qu’ils jugent étrangers.
De l’autre, ceux qui se mettent en travers.
Tout le monde dans le même tiroir, étiqueté "les extrêmes".
Le 30 avril 2026, le Conseil d’État a validé la dissolution.
Il reproche à la Jeune Garde d’avoir mené et encouragé des affrontements violents pour chasser physiquement l’adversaire de l’espace public (source : Public Sénat).
La justice a jugé la méthode.
Elle ne dit rien de ce qui reste dans la rue une fois la Jeune Garde partie.
Le 19 octobre, à Lyon, on a eu la réponse.
QUENTIN DERANQUE, CE QUE SA MORT IMPOSE
Le 12 février 2026, Quentin Deranque, 23 ans, militant d’extrême droite radicale, a été frappé au sol en marge d’une conférence de Rima Hassan à Sciences Po Lyon.
Il est mort deux jours plus tard.
14 personnes sont mises en examen (source : Le Club des juristes), dont plusieurs proches de la Jeune Garde (source : Euronews).
Je le dis sans détour.
On ne frappe pas un homme à terre.
Ni ses idées ni la cause de ses agresseurs ne justifient sa mort.
Un antifascisme qui tue trahit exactement ce qu’il prétend défendre.
La justice doit aller jusqu’au bout.
La chronologie compte aussi.
La Jeune Garde avait été dissoute 8 mois plus tôt.
Cette mort n’a pas provoqué la dissolution.
Elle a servi ensuite à frapper tout le reste.
Après le drame, l’Élysée a demandé que soient engagées des procédures de dissolution contre 5 "émanations" de la Jeune Garde (source : Lyon Capitale).
Le 21 février, plus de 3 000 personnes ont défilé à Lyon en hommage à Deranque, encadrées par l’ultradroite, aux cris de "Jeune Garde en prison" et "La rue est à nous" (source : Blick).
Depuis, le mot "antifasciste" est devenu suspect.
Le mot "néonazi", lui, défile.
LA VIEILLE GARDE S’EST TUE
Ma génération, celle des années 80 et 90, a grandi avec "plus jamais ça".
Nous avons rempli les rues en 2002.
Puis nous sommes rentrés chez nous.
Nous avons laissé la rue aux plus jeunes.
Nous les avons laissés seuls face à des hommes organisés, entraînés, cagoulés.
Certains ont franchi la ligne.
Ils en répondent.
Et leur faute a permis de peindre tout l’antifascisme aux couleurs de la violence.
Nous savons pourtant ce qui marche.
En mai 2026, contre la marche du C9M, des syndicats comme la CGT Paris, Solidaires et la Confédération nationale du travail (CNT), des partis, des associations, des collectifs de quartiers et de sans-papiers ont formé un front commun.
Le défilé C9M a été interdit, et ses organisateurs ont essuyé un échec matériel que la presse a qualifié de victoire antifasciste construite par le bas (source : Politis).
Ce jour-là, c’est le nombre qui a gagné.
J’appelle au nombre.
Des syndicats, des associations, des élus, des parents, des visages découverts et des cheveux gris, entre ces miliciens et notre jeunesse.
Leur force, c’est notre absence.
LA GARDE SE LÈVE
On m’a souvent demandé de rester mesurée.
Mais face à des hommes qui annoncent une guerre raciale et fixent leur prochain rendez-vous, la mesure est une neutralité.
Et cette neutralité-là a déjà choisi son camp.
La Jeune Garde n’existe plus.
Les miliciens, eux, défilent toujours.
Entre les deux, il manquait une génération.
La mienne.
Honte à nous.
Honte à moi.
Mais la honte ne sert à rien si elle reste assise.
Ma génération doit se réveiller.
Se tenir aux côtés de la jeunesse, et devant elle quand il le faut.
La Garde n’a pas d’âge.
Elle est faite de toutes celles et ceux qui refusent de laisser la rue à la haine, à 20 ans comme à 60.
Elle se lève.
Je me lève avec elle.
Vous lèverez-vous ?
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