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Chronique 209 - Du lubrifiant pour la dernière dose d'austérité

Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
Lucie Fourcade
11 sept.
3 min de lecture

Baisse des salaires des ministres : un geste indolore, brandi sur la fin comme un signe d'équité face aux sacrifices à venir des français.


Ils seront un peu moins à l'aise.

Vous, un peu plus en détresse.

Le rabot sur les salaires de ministres se veut un geste d'équité.

Il n'est que le lubrifiant de la prochaine dose d'austérité.


Lucie Fourcade
Illustration générée par IA.

LA PHOTO EST CADRÉE

Le 9 septembre, Sébastien Lecornu a fait savoir qu'il envisageait de baisser d'environ 10 % son indemnité et celle de ses ministres (source franceinfo).

Au nom de l'exemplarité.

Parce qu'on ne peut pas, dit-on à Matignon, demander des efforts aux Français sans y consentir soi-même.

La mesure viserait aussi les conseillers de cabinet, et jusqu'aux députés et sénateurs (source BFMTV).


Le décor est complet.

L'effort est général.

La photo est cadrée.

Le rabot rapporterait environ 456 000 euros par an (source BFMTV).

Et déjà, dans son propre camp, on entend le vrai mot.

En privé, certains parlent de démagogie (source franceinfo).

Un symbole, donc.

Reste à voir ce qu'il habille.


UN CRAN POUR EUX, L'ESSENTIEL POUR D'AUTRES

Reprenons le geste.

Une baisse de 10 % sur un salaire de ministre, c'est 1 000 euros en moins.

Il en reste 9 000.


On ne parle pas d'un sacrifice.

On parle d'une remise.

Consentie, calibrée, indolore.

Le confort d'un cran en dessous reste le confort.


Maintenant, regardez ceux que la même austérité frappe.

Le retraité dont on désindexe la pension, et qui la verra décrocher de l'inflation, mois après mois.

Le salarié blessé au travail dont on rabote l'indemnité journalière, un dossier que ces chroniques ont déjà ouvert (source Le Figaro).

Pour eux, ce n'est pas le confort qui recule.

C'est le loyer.

C'est les soins.

C'est le nécessaire.


Eux, un peu moins à l'aise.

Les autres, en difficulté, voire en détresse.

Voilà l'équité qu'on nous vend.

Une équité de façade, où celui qui a tout consent à un peu moins, pour mieux exiger de celui qui a peu qu'il renonce à l'essentiel.


9 ANS D'AUSTÉRITÉ, ET LE GESTE DE TROP

Car cette austérité a un âge.

Et une signature.

Voilà 9 ans qu'Emmanuel Macron gouverne.

9 ans pendant lesquels on a supprimé l'impôt sur la fortune.

9 ans pendant lesquels on a offert au capital sa flat tax.

9 ans pendant lesquels l'État a payé des cabinets de conseil privés pour penser à sa place, au point qu'une commission du Sénat s'en est émue.


La politique de l'offre.

Les cadeaux au patrimoine.

Le ruissellement promis, et jamais venu.

Voilà le vrai bilan.


Et c'est au bout de ce bilan, la lumière presque éteinte, qu'ils redécouvrent la sobriété.

Pas au début, quand elle aurait engagé une politique.

À la sortie, quand elle ne coûte plus rien et rapporte une image.


Le rabot sur les salaires des ministres n'est pas une rupture avec cette histoire.

Il en est le lubrifiant.


L'INDÉCENCE DU MOMENT

Alors qu'ils baissent leurs indemnités.

Personne ne les en empêchera.

Mais qu'ils ne s'attendent pas l'ovation.


L'exemplarité, ce n'était pas ce rabot de fin de règne.

C'était de ne pas passer 9 années à enrichir les mieux lotis pendant qu'on préparait la note pour les autres.


Ils n'ont pas confondu la vertu et le vice.

Ils ont mélangé le petit geste au pire moment.



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