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Chronique 17 - Dis pas ci, dis pas ça !

  • Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
    Lucie Fourcade
  • 6 mars
  • 7 min de lecture

Qu'il serait agréable de pouvoir invoquer un Patronus, non pas contre des détraqueurs, mais contre des détracteurs aux attaques aussi véhémentes que creuses.

Ces gardiens autoproclamés de la pensée légitime qui surgissent, prévisibles comme une mauvaise horloge, dès qu'une voix non titrée ose s'aventurer sur le terrain politique. "Qui es-tu pour parler de ça ?" : la question, formulée comme une sentence, se veut disqualifiante.

Elle mérite pourtant une réponse sérieuse, et c'est précisément ce que je vais faire.


Dans cette chronique, je souhaite aborder plusieurs points, dont deux sujets que mes détracteurs semblent particulièrement vouloir m'interdire : la défense d'idées antifascistes (présentée par certains comme une forme d'extrémisme) et la critique de la politique de l'État d'Israël, aussitôt taxée d'antisémitisme.

Deux amalgames grossiers, deux tentatives de censure par l'intimidation.

Il est temps de les démêler.


Lucie Fourcade

LA LÉGITIMITÉ : CE FAUX PROCÈS

Non, je ne suis pas politologue.

Je ne dispose pas d'un doctorat en science politique, d'une chaire universitaire, ni d'un passage remarqué sur un plateau de BFM TV.

Et c'est précisément pour cela que j'écris.


Ces chroniques sont celles d'une citoyenne ordinaire.

Quelqu'un qui lit les journaux, les rapports, les livres d'histoire. Quelqu'un qui observe, qui analyse, qui recoupe.

Mon anonymat n'est pas une faiblesse : c'est une posture délibérée.

Je suis Lucie Fourcade parce que les deux résistantes dont ce nom est l'hommage (Lucie Aubrac et Marie-Madeleine Fourcade) n'avaient pas besoin d'un titre académique pour distinguer le fascisme de la démocratie.

Elles avaient des yeux, une conscience, et le courage d'agir.


Ce que j'apporte par le biais de ce blog et de ma page Facebook, c'est le regard de quelqu'un qui vit dans le même monde que vous. Qui ressent les mêmes inquiétudes face à la montée des nationalismes, face à la concentration des médias, face à la banalisation du vocabulaire d'extrême droite dans le débat public.


Je n'invente rien.

J'appuie mes réflexions sur des faits vérifiables et des sources citées.

Si vous trouvez une erreur factuelle, signalez-la. C'est le seul procès qui vaille.


RELIER LES POINTS

L'un des objectifs premiers de mes chroniques est de rendre accessible ce qui, dans les médias traditionnels, apparaît souvent fragmenté, noyé sous la complexité ou tout simplement absent.

Non pas par volonté de simplifier à outrance, mais parce que comprendre les mécanismes à l'œuvre (la montée des nationalismes, la concentration du pouvoir médiatique, les stratégies de diversion politique) ne devrait pas exiger un abonnement à des revues spécialisées ou des années d'études.


Ce que les grands titres distillent en informations isolées, je cherche à le relier.

Un discours politique ici, un vote parlementaire là, une décision économique ailleurs : ces faits ne flottent pas dans le vide. Ils s'inscrivent dans des logiques, des trajectoires, des cohérences que le format de l'information en continu dissout délibérément ou par simple manque de recul.

Relier ces points, les étayer par des sources vérifiables, en proposer une lecture intelligible : c'est cela, le cœur de mon action.


J'écris pour la personne qui doute, qui cherche, qui ressent confusément que quelque chose ne va pas mais ne trouve pas les mots pour le nommer.

Pas pour une élite déjà convaincue qui n'aurait besoin que d'être confortée dans ses certitudes.

Si ces chroniques donnent des outils à quelqu'un pour mieux lire le monde qui l'entoure, j'aurai fait ce pour quoi je leur ai donné vie.


ÊTRE ANTIFASCISTE N'EST PAS ÊTRE EXTRÉMISTE

L'une des manœuvres rhétoriques les plus pernicieuses de notre époque consiste à présenter l'antifascisme comme un extrémisme symétrique au fascisme lui-même.

"Les extrêmes se rejoignent", entend-on. Cette équivalence est un mensonge politique, et un mensonge dangereux qui plus est.


Le fascisme a une définition historique et politique précise : un système autoritaire fondé sur un nationalisme exacerbé, le culte du chef, l'élimination de l'opposition et le mépris des droits fondamentaux.

L'antifascisme, lui, défend exactement ce que le fascisme détruit : la démocratie, la pluralité, les libertés civiles.

Les opposer comme deux excès équivalents revient à mettre sur le même plan l'incendiaire et les pompiers.


Nommer le néofascisme là où il se manifeste (dans les discours de déshumanisation, dans les appels à l'exclusion, dans la remise en cause des contre-pouvoirs) n'est pas faire preuve de fanatisme.

C'est exercer un devoir d'alerte que l'histoire nous impose.

Le monde des années 1930 a douloureusement appris ce qu'il en coûtait de ne pas nommer les choses à temps.


LE NÉOFASCISME N'A PAS DE FRONTIÈRES

On me reproche parfois de ne pas me concentrer sur l'extrême-droite française, de "m'éparpiller" en établissant des liens entre ce qui se passe aux États-Unis, en Europe, en Israël et ailleurs.

Ce reproche révèle une incompréhension (ou un refus de comprendre) la nature même du phénomène que j'analyse.


Le néofascisme contemporain n'est pas un ensemble de mouvements nationaux qui se développeraient chacun dans leur coin, imperméables les uns aux autres.

C'est un réseau d'influences, de financements, de circulations idéologiques qui traversent les frontières. Et ce n'est pas une métaphore : c'est une réalité documentée.


Prenons Steve Bannon (politique de l'extrême-droite américaine).

L'ancien stratège de Donald Trump n'a jamais caché son ambition : être, selon ses propres termes, "l'infrastructure, à l'échelle mondiale, du mouvement populiste mondial" (source Times of Israël).

Entre 2017 et 2018, il a rencontré l'ensemble des leaders nationalistes européens (Marine Le Pen, Nigel Farage, Matteo Salvini, Alice Weidel de l'AfD, Viktor Orbán...).

Il s'est exprimé en invité d'honneur au congrès du Rassemblement national à Lille en mars 2018, promettant aux militants frontistes : "Vous faites partie d'un mouvement mondial. L'Histoire est de notre côté" (source BuzzFeed News).

Il a créé à Bruxelles une structure, The Movement, explicitement destinée à fédérer les partis nationalistes européens en vue des élections de 2019.

Les liens entre Bannon et le RN ont été suffisamment préoccupants pour que des parlementaires français, en 2019, demandent une commission d'enquête après la diffusion d'images montrant des cadres du parti accompagner Bannon jusqu'aux élections américaines de mi-mandat (source France 24).

Ce ne sont pas des spéculations. Ce sont des faits rapportés par les médias et documentés dans le film d'Alison Klayman The Brink, tourné au cœur même de ce réseau.


L'influence de la rhétorique trumpiste sur l'extrême-droite française est, elle aussi, observable dans les mots et les postures.

Après la condamnation judiciaire de Marine Le Pen en mars 2025, le RN a immédiatement dégainé le registre trumpien : "procès politique", "chasse aux sorcières", "violation de l'État de droit".

Le même vocabulaire, les mêmes réflexes, la même mécanique de victimisation des puissants face à la justice.

Coïncidence ? Ou adoption délibérée d'une stratégie dont l'efficacité a été démontrée outre-Atlantique ?


Ignorer ces connexions pour se concentrer exclusivement sur le pré carré français, ce serait comme vouloir comprendre une épidémie en refusant d'étudier comment le virus voyage.

Le Rassemblement National ne pousse pas dans un vide : il s'alimente à des sources idéologiques et stratégiques qui sont internationales.

Le comprendre, c'est précisément regarder ces sources.

Relier ces points n'est pas de la dispersion intellectuelle. C'est de la rigueur.


Ceux qui me demandent de rester cantonnée au seul cadre français me demandent en réalité de regarder le tableau sans voir le tableau. Je refuse poliment.


CRITIQUER ISRAËL N'EST PAS HAÏR LES JUIFS

C'est ici que les accusations deviennent les plus graves, et les plus malhonnêtes.

Dès que l'on ose émettre une critique de la politique menée par le gouvernement israélien, le mot "antisémitisme" surgit, brandi comme une arme destinée à clore le débat avant même qu'il commence.

Mettons les choses au clair une fois pour toutes.


L'antisémitisme, c'est la haine des Juifs en tant que peuple. C'est une idéologie raciste, meurtrière, que l'histoire a portée jusqu'aux chambres à gaz.

Critiquer la politique d'un État (ses choix militaires, ses pratiques d'occupation, ses violations documentées du droit international) n'a rien à voir avec cette haine.

Confondre les deux, c'est soit une ignorance grave, soit une manipulation délibérée.


Les faits, ici, sont éloquents.

En novembre 2024, la Cour pénale internationale a émis des mandats d'arrêt (source La Cour Pénale Internationale) contre Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité (famine utilisée comme arme de guerre, meurtres, persécution de civils).

Ce n'est pas une opinion militante.

C'est une décision légale rendue par une juridiction internationale dont la France est un membre fondateur.


Mais les voix critiques ne viennent pas que des institutions internationales.

Elles viennent de l'intérieur même de la communauté juive.

En mai 2025, des personnalités aussi peu suspectes d'hostilité envers Israël que la journaliste Anne Sinclair, la rabbin Delphine Horvilleur, l'intellectuel Marc Knobel et le dessinateur Joann Sfar ont publiquement dénoncé la conduite de la guerre à Gaza.

Ils ont été aussitôt accusés, par certains, de "haine de soi" et de "trahison".

Marc Knobel, historien spécialiste de l'antisémitisme, a répondu avec précision : "Il est de notre devoir de refuser l'injonction au silence et le chantage à l'émotion" (source La Règle du Jeu).

Ces voix sont-elles antisémites ? La question est absurde. Elle révèle l'indigence de l'argument.


Un sondage du Washington Post réalisé auprès de Juifs américains montrait que 68 % d'entre eux donnaient à Netanyahu une évaluation négative.

61 % estimaient qu'Israël avait commis des crimes de guerre (source).

Ce ne sont pas des chiffres militants : ce sont des données de réalité, sur la population juive la plus nombreuse du monde en dehors d'Israël.


Je refuse l'instrumentalisation de l'antisémitisme comme arme de disqualification.

Non pas parce que la lutte contre l'antisémitisme me serait indifférente : elle m'est au contraire fondamentale, et elle fait partie intégrante de l'engagement antifasciste qui est le mien.

Mais précisément parce que l'amalgame l'affaiblit.

Quand le mot "antisémite" est utilisé pour disqualifier toute critique politique, il perd de sa force pour désigner la vraie haine. Et c'est la vraie haine qui en sort gagnante.


ALORS... JE CONTINUE.

Ces chroniques ne prétendent pas à l'infaillibilité.

Elles peuvent contenir des maladresses, des raccourcis, des angles morts que d'autres signaleront : je les en remercie d'avance, sincèrement.

La pensée se construit dans le frottement et dans l'échange.

Mais elles ne se tairont pas parce que quelqu'un estime que je n'ai pas le droit de penser à voix haute.


La résistance à l'obscurantisme, à la montée des autoritarismes, à la confiscation de l'espace démocratique par les puissants, ce n'est pas une affaire de diplômes. C'est une affaire de conscience.


À mes détracteurs, je dis simplement ceci : si vous souhaitez contester mes analyses, apportez des arguments. Des faits, des sources, une démonstration.

Je suis preneuse.

Mais si votre seul outil est l'intimidation et la disqualification par le mépris, je vous laisse avec vos certitudes. J'ai d'autres chroniques à écrire.

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