Chronique 192 - Dans quel état est réellement la France ?
Naître, se soigner, apprendre, vieillir : l'état chiffré du pays en 21 critères, puis le programme qui, de tous, coche le plus de cases.
Pour vous, j'ai passé la France au crible.
21 domaines, de la naissance à la vieillesse, chiffre après chiffre, sans le vernis officiel.
Puis j'ai confronté ce bilan aux programmes qui s'offrent à nous, un critère après l'autre, pour établir lequel coche le plus de cases.
Le résultat n'a rien d'un avis.
C'est un décompte.

L'ÉTAT DES LIEUX, SANS FILTRE
1 - Mortalité infantile. Un bébé sur 250 meurt avant son premier anniversaire. La France est 23e sur 27 dans l'Union européenne. Elle était 3e il y a 25 ans (source : INSEE).
2 - Petite enfance. L'accueil des tout-petits est une loterie géographique : 85 places pour 100 enfants en Vendée, moins de 40 en Seine-Saint-Denis, à peine 12 en Guyane. Du simple au septuple selon le lieu de naissance (source : CNAF).
3 - Enfance en danger. 397 000 enfants sont confiés à l'aide sociale à l'enfance, un tiers de plus qu'en 2000. Faute de place, des placements ordonnés par un juge ne sont jamais exécutés (source : ONPE).
4 - École. En mathématiques, les élèves français ont perdu 21 points en 4 ans : la plus forte chute jamais enregistrée, qui fait passer la France sous la moyenne de l'OCDE (source : OCDE).
5 - Santé mentale des enfants. 355 pédopsychiatres pour tout le pays. Le délai pour un rendez-vous atteint 2 ans, quand un enfant sur 6 souffre de troubles psychiques (source : Cour des comptes).
6 - Accès aux soins. 6 millions de Français n'ont pas de médecin traitant. En 15 ans, le nombre de généralistes de proximité a chuté de près de 20 %, à son plus bas niveau historique, quand la population, elle, augmente et vieillit (source : Ordre des médecins).
7 - Logement. 350 000 personnes sont sans domicile, 2,5 fois plus qu'en 2012. Chaque soir, des milliers d'enfants dorment à la rue (source : Fondation Abbé Pierre).
8 - Faim. 1,3 million de personnes frappent à la porte des Restos du Cœur. Parmi les familles accueillies, 3 sur 4 vivent avec 644€ par mois : deux fois moins que le seuil de pauvreté. Une proportion en hausse de 17 points depuis 2022 (source : Restos du Cœur).
9 - Pauvreté. 9,8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, soit 15,4 % du pays : le niveau le plus élevé jamais mesuré depuis 1996 (source : INSEE).
10 - Pouvoir d'achat. Entre 2022 et 2024, les prix alimentaires ont bondi de plus de 20 %. L'inflation a ralenti, mais les prix, eux, ne sont jamais redescendus (source : INSEE).
11 - Emploi des jeunes. Près d'un jeune actif sur 5 est au chômage : 18 % des 15-24 ans, contre 15 % de moyenne européenne. Et près de 3 fois plus qu'en Allemagne (source : Eurostat).
12 - Travail des femmes. À poste et temps de travail égaux, les femmes gagnent encore 14 % de moins que les hommes. Au rythme actuel, l'égalité salariale n'est pas attendue avant 2100 (source : INSEE).
13 - Grand âge. Le coût moyen d'une place en EHPAD (environ 2 600€ par mois) dépasse la pension de retraite moyenne, qui plafonne autour de 1 500€ (source : DREES).
14 - Violences conjugales. 272 400 victimes enregistrées en une année, en hausse de 70 % depuis 2020. Une victime toutes les 2 minutes. Une hausse que la libération de la parole explique peut-être en partie (source : ministère de l'Intérieur).
15 - Prisons. 86 000 détenus pour 63 000 places : un record. Plus de 6 400 personnes dorment sur un matelas posé à même le sol, et la France est condamnée par la justice européenne pour conditions "indignes" (source : ministère de la Justice).
16 - Handicap. 20 ans après la loi de 2005, à peine la moitié des lieux ouverts au public sont accessibles, pour 12 millions de personnes en situation de handicap (source : Sénat).
17 - Culture. En 2025, le budget de la culture recule pour la première fois en 10 ans. Près d'une collectivité sur 2 a taillé dans ses dépenses culturelles en un an (source : Observatoire des politiques culturelles).
18 - Infrastructures. En 12 ans, la France est passée du 1er au 18e rang mondial pour la qualité de ses routes. Au moins 25 000 ponts sont en mauvais état structurel (source : Sénat).
19 - Liberté de la presse. Au sein de l'Union européenne, la France n'est que 15e sur 27. Elle est devancée par l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie (3 anciens pays du bloc soviétique) comme par le Portugal, la Belgique ou la Tchéquie. En cause : une presse nationale largement contrôlée par une poignée de grandes fortunes (source : RSF).
20 - Biodiversité. Depuis 2000, un oiseau des champs sur 3 a disparu (−32,5 %). Faute d'insectes, décimés par les pesticides, les campagnes se vident de leur vie (source : LPO).
21 - Industrie. L'industrie ne pèse plus que 10 % de la richesse nationale, moitié moins qu'en Allemagne. Les emplois industriels ont été divisés par 2 depuis 1980 (source : INSEE).
QUI RÉPOND VRAIMENT À CES CHIFFRES
21 chiffres, 21 critères, un seul fil : un pays qui laisse mourir ses nourrissons, renonce à soigner, entasse ses détenus et abandonne ses vieux à un reste à charge qu'ils ne peuvent pas payer.
Reste la seule question qui vaille : qui propose d'y répondre ?
J'ai donc pris chaque programme en présence et je l'ai confronté, critère par critère, à ce tableau.
La règle est la même pour tous : une case n'est cochée que si le programme porte une mesure concrète, chiffrée, financée, qui vise directement le critère concerné.
Une promesse au financement fantôme ne vaut qu'un demi-point.
L'absence, ou une mesure qui aggrave, vaut zéro.
Et pour que vous n'ayez pas à me croire sur parole, ce décompte n'est pas resté dans ma tête : les 21 critères, confrontés un par un à chacun des 6 programmes, avec pour chaque case la mesure exacte qui la justifie et sa source, tiennent dans un document que vous pouvez télécharger et vérifier ligne à ligne.
Refaites le calcul.
Il est fait pour ça.
Le résultat souffre peu de discussion.
Un seul camp coche l'ensemble du tableau : la gauche, réunie autour du programme qu'elle a signé en commun (avec le NFP).
Réinvestir dans l'hôpital, ouvrir des crèches, réguler l'installation des médecins, relancer le logement social, revaloriser les pensions, rétablir l'interdiction des pesticides.
Le bloc au pouvoir, lui, ne coche presque rien, et pour cause : ce sont ses propres choix qui ont fabriqué la plupart de ces chiffres, du budget qui retire 4 milliards à la santé et aux EHPAD aux coupes qui asphyxient les collectivités.
Quant à l'extrême-droite, elle en coche une poignée (le handicap, réellement - la retraite à 60 ans - le minimum vieillesse).
Mais elle déserte l'essentiel du soin, de l'enfance et du logement.
Elle gage ses promesses sociales sur un financement que personne ne trouve, et prend le contre-pied du critère là où elle veut privatiser l'audiovisuel public ou réserver les aides sociales à la nationalité.
Deux exemples, pris là où l'écart saute aux yeux.
Le grand âge d'abord : là où la gauche inscrit une loi et des ratios d'encadrement pour que nos vieux ne meurent plus seuls faute de bras, le bloc au pouvoir retranche 4 milliards, et l'extrême-droite promet "plus de personnel" sans jamais dire avec quel argent.
La presse ensuite : là où la gauche propose une loi contre la concentration des médias entre quelques mains, l'extrême-droite propose l'exact inverse, c'est-à-dire privatiser l'audiovisuel public.
Sur ce critère, elle ne se contente pas de rester les bras ballants : elle creuse le trou.
Le décompte départage les camps.
Mon vote, lui, est un choix, et je l'assume comme tel.
Parmi les programmes qui répondent, celui de La France insoumise est le plus complet et le plus précisément chiffré.
De plus, les sondages le disent sans détour, c'est le premier de son camp.
Donc le mieux placé pour porter cette réponse dans le débat, plutôt que de la laisser à l'état de plateforme sans débouché.
Voilà où ira ma voix.
Je ne suis d'aucun parti, et la verticalité de celui-là ne me ressemble pas.
Je suis de celles qui préfèrent qu'on rende le pouvoir aux gens plutôt qu'on le concentre.
Mais je ne vote pas une chapelle, je vote des effets.
Face à 21 chiffres qui saignent, ma voix va au programme qui en répare le plus, porté par la seule force capable de le mettre sur la table.
C'est un vote de raison.
CE QUE DISENT VRAIMENT CES CHIFFRES
Reprenons la question du début : dans quel état est réellement la France ?
Au terme du décompte, la réponse n'est pas celle qu'on croit.
Ces 21 chiffres ne dessinent pas un pays pauvre, à bout de ressources, qui ferait ce qu'il peut.
Ils dessinent l'un des pays les plus riches du monde qui, année après année, choisit de ne pas prendre soin des siens.
Un bébé sur 250 qui meurt, 6 millions de personnes sans médecin, des vieux dont la pension ne paie plus la maison de retraite, des enfants qui dorment à la rue : rien de cela n'est tombé du ciel.
Ce sont des décisions, des budgets votés, des lits fermés, des milliards retirés là précisément où il fallait investir.
Et ce qui a été décidé peut être défait.
Je n'ai pas écrit cette chronique pour vous dire quoi penser.
J'ai compté, à découvert, la grille sous les yeux et les sources en bas de page.
Tout est là, téléchargeable, vérifiable ligne à ligne.
Vous savez désormais dans quel état est réellement le pays, et quels programmes proposent d'y répondre.
Mais vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas.
Cet article vous a interpellé, mis en colère, fait réfléchir ? C'est exactement pour ça qu'il a été écrit.
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