Chronique 156 - Covid : le faux scandale qui protège les vrais
Le Covid-19 restera dans l'Histoire, tant par son caractère exceptionnel que par sa gestion. Enquête sur ce qui doit réellement nous indigner.
Le vrai bilan du Covid tient en quatre lignes.
Des contrats géants dont les preuves ont été effacées.
Un continent laissé sans une dose au nom des brevets.
Des quartiers populaires punis plus que protégés.
Des laboratoires intouchables, dont les blessés sont payés par les contribuables.
Restait à fabriquer un faux scandale pour qu'on ne parle jamais de ceux-là : l'extrême-droite s'en est chargée.

COMMENT ON FABRIQUE UN TÉMOIN
En mars 2026, la commission d'enquête du Bundestag (assemblée parlementaire de la République fédérale d'Allemagne) chargée du bilan de la pandémie tient une audition publique.
Le sujet : la capacité du système de santé, la stratégie vaccinale, la recherche.
Des députés, des experts, des heures de débat.
Une audition parlementaire ordinaire, filmée, retranscrite, archivée.
Un homme y prend la parole.
Il est toxicologue.
Il affirme que les vaccins à ARN messager n'ont pas été testés selon les normes internationales, qu'on a sacrifié les études de sécurité à la vitesse, et qu'il faut compter jusqu'à 60 000 morts vaccinales pour la seule Allemagne.
Quelques minutes de son intervention sont découpées, sous-titrées, diffusées.
Le logo du Bundestag apparaît à l'image.
En France, la vidéo circule sans un mot de contexte.
Voici le contexte.
Dans une commission parlementaire allemande, chaque groupe politique désigne ses propres experts.
Celui-ci a été désigné par l'AfD, parti classé en partie comme d'extrême-droite, dont plusieurs élus ont diffusé à répétition de fausses informations sur les vaccins (source AFP).
Il n'a pas été convoqué.
Il a été placé.
Cet homme a bien travaillé pour Pfizer.
Il en est parti en 2007.
13 ans avant la pandémie.
Il n'a jamais vu un seul dossier du vaccin dont il parle.
Et il vient de publier un livre, coécrit avec une figure connue de la complosphère allemande, chez un éditeur qui vit de la littérature conspirationniste.
Le titre annonce le plus grand crime organisé contre l'humanité.
Quant aux 60 000 morts : le calcul consiste à prendre le nombre de signalements spontanés enregistrés en Allemagne et à le multiplier par 30.
Les spécialistes interrogés par l'AFP ont rappelé qu'aucune donnée n'établit de surmortalité liée aux vaccins et que cette estimation repose sur des calculs trompeurs (source AFP).
Un signalement n'est pas un décès prouvé.
C'est une alerte à vérifier.
Multiplier des alertes par un chiffre choisi n'est pas de la toxicologie, c'est de la publicité.
Dans la même salle, ce jour-là, l'ancien ministre allemand de la Santé rappelait que l'Organisation mondiale de la santé estime à 15 millions le nombre de morts de la pandémie, et que ce chiffre aurait été plus élevé sans les vaccins (source Bundestag).
Cette partie-là de l'audition n'a pas circulé.
LA PART DE VRAI
Un mensonge efficace en contient toujours un peu.
Regardons-le en face.
Il est exact qu'aucune étude de cancérogénicité n'a été menée sur ces vaccins.
Ce n'est pas caché : c'est écrit dans la notice officielle du produit.
Mais ce n'est pas une exception Covid.
Les vaccins sont dispensés de ces études par les règles internationales, parce qu'un vaccin ne s'administre pas tous les jours pendant des années comme un médicament chimique.
Le vaccin contre la grippe, celui contre l'hépatite B, celui contre le papillomavirus : aucun n'a subi d'étude de cancérogénicité sur deux ans.
Aucun.
Depuis, les registres de cancers ont été passés au crible.
L'incidence augmente en France et au Royaume-Uni, c'est documenté, mais aucune donnée ne relie cette hausse à la vaccination ni ne montre des cancers plus agressifs (source Science Feedback).
Sur la fertilité, l'affirmation est simplement fausse.
Une étude de toxicité sur la reproduction et le développement a bien été conduite chez l'animal avant l'autorisation.
Et depuis, l'agence suisse du médicament et dix autorités partenaires ont examiné la question : aucune donnée, ni dans la littérature scientifique ni dans la surveillance mondiale, n'indique que ces vaccins nuisent à la fertilité humaine (source Swissmedic).
Reste ce qui est vrai, et qui ne vient pas des vidéos virales mais des agences elles-mêmes : ces vaccins provoquent des myocardites et des péricardites.
Des inflammations du cœur.
C'est rare, c'est parfois grave, ça touche surtout les hommes jeunes, le plus souvent après la deuxième injection.
L'Agence européenne du médicament et l'agence française l'ont reconnu et inscrit dans les notices (source ANSM).
Il y a des victimes.
Elles existent, elles ont des noms, certaines gardent des séquelles.
Ces victimes, la France les indemnise au titre de la solidarité nationale.
C'est-à-dire avec l'argent public.
C'est-à-dire que ce n'est pas le fabricant qui paie.
Retenons cette phrase.
Nous y reviendrons.
Ce que la vidéo raconte est faux.
Et ce qui est vrai est ailleurs, beaucoup plus haut, et beaucoup plus grave.
NÉGOCIER PAR SMS
Le plus gros contrat de santé publique de l'histoire européenne a été négocié par une seule personne, et il n'en reste aucune trace.
Ce n'est pas une accusation à la légère.
C'est le constat des auditeurs officiels de l'Union européenne.
Dans son rapport spécial consacré à l'achat des vaccins, la Cour des comptes européenne établit qu'au printemps 2021, la présidente de la Commission a mené personnellement les négociations préliminaires avec Pfizer et BioNTech.
Le contrat qui en sort porte sur 900 millions de doses, avec l'option d'en commander 900 millions de plus.
C'est le plus important jamais signé par la Commission.
Au total, l'Union s'engage sur 71 milliards d'euros et jusqu'à 4,6 milliards de doses (source Cour des comptes européenne).
Les auditeurs demandent alors les documents de ces négociations préliminaires : quels experts scientifiques ont été consultés, quels conseils ont été reçus, quel calendrier, quels procès-verbaux, quelles modalités.
Leur requête reste sans suite.
Le même rapport signale un autre détail.
Une réunion avait été prévue avec les conseillers scientifiques de l'Union et des États membres, consacrée aux aspects scientifiques de la stratégie vaccinale.
Elle n'a jamais eu lieu.
Pas de réunion scientifique.
Pas de procès-verbaux.
Pas de réponse aux auditeurs.
71 milliards d'euros.
Il y a mieux.
Une journaliste du New York Times révèle que la présidente de la Commission a négocié par SMS avec le directeur général de Pfizer.
Elle demande à les lire.
La Commission refuse.
La Médiatrice européenne est saisie et conclut à un cas de mauvaise administration.
La Commission refuse toujours.
L'affaire va devant le Tribunal de l'Union européenne, qui annule la décision : les juges relèvent que l'existence de ces échanges est établie et que la Commission n'a fourni aucune explication plausible sur leur disparition, ni clarifié s'ils avaient été supprimés (source Touteleurope).
La Commission ne fait pas appel.
Elle répond autrement.
Dans une lettre au journal, elle explique que le chef de cabinet de la présidente a lu ces messages sur le téléphone de celle-ci, et qu'il a décidé de ne pas les archiver (source Euractiv).
71 milliards d'euros d'argent public.
Un collaborateur qui lit les messages et décide seul qu'ils ne méritent pas d'être conservés.
Le Parquet européen a ouvert une enquête sur ces achats.
Elle est toujours en cours.
CES LABORATOIRES INTOUCHABLES
Il y a une question que personne n'a posée pendant trois ans : si ce vaccin blesse quelqu'un, qui paie ?
La réponse est écrite dans le droit français.
Les victimes d'effets indésirables graves après une vaccination Covid sont indemnisées par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.
C'est-à-dire par la solidarité nationale.
C'est-à-dire par nous.
Pas par le laboratoire.
Encore faut-il l'obtenir.
La victime doit établir elle-même l'imputabilité : le délai d'apparition des troubles, les examens, l'exclusion de toute autre cause.
Elle doit constituer un dossier médical complet.
Quand l'office refuse, il reste le tribunal administratif, et les procédures s'étirent sur plusieurs années avant qu'un juge reconnaisse le lien.
Des familles ont attendu trois ans.
Trois ans pour faire reconnaître ce que les agences du médicament avaient déjà inscrit dans leurs propres notices.
Reste à savoir pourquoi c'est l'État qui paie.
La réponse est dans les contrats.
Et les contrats, la Commission européenne refuse de les montrer.
Le contrat signé avec Pfizer et BioNTech est en ligne sur le site de la Commission. N'importe qui peut le télécharger.
Son sommaire annonce un article 12 intitulé "Indemnisation", page 24.
Un autre article, "Responsabilité", page 30 (source Commission européenne).
Les pages 24 à 28 sont blanches.
Les pages 30 à 32 aussi.
Les prix, les calendriers de livraison et les modalités de paiement également.
Le titre du chapitre est visible.
Son contenu a été effacé.
Cinq députées européennes écologistes, dont la Française Michèle Rivasi, ont porté l'affaire en justice.
En juillet 2024, le Tribunal de l'Union européenne leur a donné raison : la Commission n'a pas démontré qu'un accès plus large à ces clauses porterait atteinte aux intérêts commerciaux des entreprises (source Courthouse News).
Elle avait aussi dissimulé une partie des déclarations d'absence de conflit d'intérêts de ses propres négociateurs.
La Commission n'a pas exécuté.
Elle a fait appel devant la Cour de justice.
En juin 2026, l'avocat général a rendu ses conclusions et recommandé de rejeter ce pourvoi, jugeant que la Commission n'avait rien démontré du tout (source EUobserver). Deux ans après sa condamnation, elle se bat encore pour ne pas publier.
Son argument, c'est le secret des affaires.
Il ne tient pas.
Devant le Tribunal, les requérantes ont établi, en s'appuyant sur le rapport de la Cour des comptes européenne, que ces clauses de responsabilité sont identiques d'un contrat à l'autre (source EUR-Lex).
Il n'y a aucun secret à protéger entre concurrents qui ont tous obtenu la même chose.
Alors que cachent ces pages blanches ?
La réponse est dans le même document.
Quelques dizaines de pages plus loin, en annexe, figure l'accord passé entre la Commission et les États membres.
Celui-là n'a pas été caviardé.
Son article 6 dispose que les États supportent toute responsabilité liée au déploiement et à l'usage des vaccins, et que cela s'étend à l'indemnisation des fabricants pour une responsabilité normalement supportée par ce fabricant.
Six mots, écrits par la Commission européenne, publiés par elle, en ligne depuis 2020.
Ce n'est pas une interprétation.
C'est le texte qui le dit : la responsabilité transférée aux contribuables appartenait normalement au laboratoire.
Le même document précise que l'équipe de négociation devra faire de son mieux pour limiter ce que les entreprises exigent en matière d'indemnisation.
Les laboratoires ont posé la condition.
Le mandat européen était d'essayer de la réduire.
Pas de la refuser.
Résumons la position du citoyen.
Il a financé les doses avec ses impôts.
Il assume la facture des victimes.
Et il n'a pas le droit de lire ce que le laboratoire a obtenu en échange.
Ceux qui dénoncent aujourd'hui la toute-puissance des laboratoires ont ce dossier sous la main.
Il est public, il est jugé, il est en ligne.
Ils n'en parlent jamais.
Ils préfèrent les vidéos fallacieuses.
LES BREVETS AVANT LES GENS
En juin 2020, avant qu'un seul vaccin n'existe, l'Union européenne écrit noir sur blanc ce qu'elle compte faire.
Le document s'appelle les directives de négociation.
Il est annexé au contrat Pfizer, et il définit tout le mandat de la politique vaccinale européenne.
Il n'a jamais été caviardé.
Il engage la Commission à promouvoir le vaccin comme un bien public mondial.
Il précise que cela comprend l'accès des pays à revenu faible et intermédiaire, en quantité suffisante et à bas prix.
Il ajoute que la Commission cherchera à aborder avec l'industrie la question du partage de la propriété intellectuelle, et particulièrement lorsque celle-ci a été développée grâce à un soutien public (source Commission européenne).
Bien public mondial.
Partage des brevets développés sur fonds publics.
Écrit, signé, publié.
Quatre mois plus tard, la promesse est mise à l'épreuve.
En octobre 2020, l'Inde et l'Afrique du Sud déposent une proposition à l'Organisation mondiale du commerce.
Ils demandent la levée temporaire des brevets sur les vaccins et le matériel sanitaire, pour que d'autres pays puissent en produire.
Pas la gratuité.
Pas la confiscation.
Une suspension, le temps d'une pandémie.
L'Union européenne devient l'une de ses opposantes les plus fermes, aux côtés du Royaume-Uni et de la Suisse.
Elle pousse une contre-proposition qui maintient l'état des choses (source Oxfam France).
Quatre mois entre la promesse et son contraire.
Le résultat se mesure.
Au printemps 2021, l'Afrique représente 20% des besoins mondiaux, 1% de la production et 2% des personnes vaccinées (source France 24).
Un an plus tard, 90% de la population africaine n'a toujours pas reçu la moindre dose (source Oxfam France).
Et pendant que le continent attend, l'Union européenne s'apprête à détruire 25 millions de doses de plus qu'elle n'en a données à l'Afrique sur l'année.
Détruire.
Pas donner.
Détruire.
Emmanuel Macron s'est rendu à Pretoria au printemps 2021.
Devant le président sud-africain, qui parlait d'apartheid vaccinal, il a déclaré publiquement soutenir les exemptions de brevets, tout en constatant qu'on n'arrivait pas à les mettre en place (source France 24).
Il n'a convaincu aucun de ses partenaires européens.
Voilà le vrai crime de la période vaccinale.
Il n'est pas d'avoir vacciné trop de gens.
Il est d'en avoir laissé un continent entier sans rien, en contredisant un engagement écrit, pour protéger des brevets financés par de l'argent public.
Ceux qui hurlent aujourd'hui qu'on leur a imposé un vaccin n'ont pas dit un mot pour les milliards d'êtres humains à qui on l'a refusé.
LES INDÉSIRABLES
Et en France ?
En France, l'urgence sanitaire a surtout servi à verbaliser les mêmes que d'habitude.
Pendant le premier confinement, les forces de l'ordre procèdent à 8,2 millions de contrôles et 95 000 verbalisations (source Basta!).
Dès les premières semaines, les signalements affluent : contrôles abusifs, violences, insultes racistes.
Human Rights Watch documente le phénomène et publie (source Human Rights Watch).
Les chiffres, ensuite, ne laissent aucune place au doute.
En Seine-Saint-Denis, le taux de verbalisation atteint le triple de la moyenne nationale.
À Épinay-sous-Sénart, des données officielles montrent que 80% des amendes pour non-respect du confinement se concentrent dans deux quartiers (source Human Rights Watch).
Et surtout, ce chiffre, établi par une étude du Défenseur des droits : à Paris, les jeunes racisés avaient 140 fois plus de risques de recevoir ces amendes que le reste de la population francilienne (source Human Rights Watch).
140 fois.
Le mécanisme est connu et il n'a pas été inventé par le virus.
L'amende forfaitaire permet de sanctionner sur place, sans juge, sur la seule parole de l'agent.
Le Défenseur des droits et la Commission nationale consultative des droits de l'homme ont décrit un système de sanctions pénales administrées immédiatement par la police, sans contrôle judiciaire ni garantie réelle.
L'état d'urgence sanitaire n'a pas créé cette pratique.
Il l'a démultipliée, et il lui a donné une justification sanitaire.
Une étude commandée par le Défenseur des droits a depuis établi que ces amendes servent une politique d'éviction de l'espace public visant des personnes désignées, dans les documents administratifs eux-mêmes, comme "indésirables" (source Défenseur des droits).
La Défenseure des droits a demandé que le mot disparaisse des textes officiels.
Voilà ce que la France a fait de l'état d'urgence.
Elle n'a pas protégé les quartiers populaires, où l'on s'entasse à plusieurs par pièce et où l'on ne télétravaille pas.
Elle les a verbalisés.
À QUOI SERT UN FAUX SCANDALE
Reprenons.
Un parti d'extrême-droite place un homme dans une commission parlementaire.
Cet homme a quitté le laboratoire 13 ans avant la pandémie et vient promouvoir un livre. On filme, on découpe, on diffuse.
Des millions de gens y voient la preuve qu'on leur a menti.
Et ils ont raison sur un point : on leur a menti.
Mais pas là.
On leur a menti quand le plus gros contrat sanitaire de l'histoire européenne s'est négocié par SMS et que les SMS ont disparu.
On leur a menti quand on a caviardé les clauses qui décident qui paie les victimes.
On leur a menti à Pretoria, en promettant des brevets levés qu'on bloquait à Genève.
On leur a menti en présentant 8 millions de contrôles comme une politique de santé, alors qu'on tapait 140 fois plus fort sur les mêmes jeunes qu'avant.
Tout cela est public.
Tout cela est écrit dans des rapports de la Cour des comptes européenne, de la Médiatrice, du Tribunal de l'Union, du Défenseur des droits.
Il suffit d'aller les lire.
Personne n'en fait de vidéo virale.
C'est la fonction du faux scandale : occuper la colère.
Tant qu'on discute de cancérogénicité, on ne discute pas de brevets.
Tant qu'on cherche des morts imaginaires en Allemagne, on ne compte pas les morts réels en Afrique.
L'extrême-droite n'a pas révélé le scandale du Covid.
Elle en a fabriqué un pour qu'on n'ait jamais à parler des autres.
Ceux qui ont vraiment quelque chose à cacher n'ont pas besoin de nous mentir.
Il leur suffit de nous laisser croire que le mensonge est ailleurs.
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Vous dites : Le nombre de cancers augmente, mais aucune preuve qu’ils sont « turbo » et liés aux vaccins ARNm anti-COVID Je dis que le problème n'est pas l'absence de preuve, mais celui de l'usage et de la fabrique des calculs statistiques + le fait que le gouvernement refuse de donner les chiffres de mortalité toute cause confondue, et celui des populations vaccinées. Pour le coup, je ne crois pas en votre science. Dommage : Mes sources : le statisticien Pierre Chaillot ou encore les chercheurs et autres spécialistes : Martin Zizi, Christian Vélot, Hélène Banoun, Amine Ulmine, Christine Cotton, Michel de Lorgeril, etc.