Chronique 122 - Une Europe sous respirateur, débranchée par Trump
- Lucie Fourcade
- il y a 3 jours
- 6 min de lecture
Ne lui donnons pas l’oreiller pour nous achever ! Nouvelle alerte sur notre vassalisation aux USA.
En coupant nos IA d’un simple trait de plume, l’Amérique a montré ce que vaut une liberté qu’on loue à l’étranger.
Trump veut nous taxer ?
À nous de frapper en retour.

UNE LETTRE, ET TOUT S’ÉTEINT
Le 12 juin 2026, le gouvernement américain a envoyé une lettre à l’entreprise Anthropic, l’un des grands noms de l’intelligence artificielle.
L’ordre était simple : couper immédiatement l’accès à ses deux modèles les plus puissants, Claude Fable 5 et Mythos 5, pour toute personne non américaine, partout dans le monde (source : IT Social).
Lancés trois jours plus tôt, ils ont été débranchés du jour au lendemain.
Faute de pouvoir trier ses utilisateurs un par un, Anthropic a tout coupé, pour tout le monde (source : Europe 1).
En Europe, en Asie, en Australie, des gens ont vu leur outil s’arrêter net, en plein travail.
Et c’est ici qu’il faut être juste.
Le responsable, dans cette histoire, c’est l’État américain, pas Anthropic.
L’entreprise a au contraire tenu tête à Washington : elle a refusé que sa technologie serve à la surveillance de masse et aux armes capables de tuer sans intervention humaine, deux usages que réclamait le Pentagone (source : France Info).
En représailles, l’administration Trump avait déjà ordonné aux services de l’État de cesser d’utiliser ses outils : une mesure qu’une juge fédérale avait suspendue.
Aujourd’hui, Anthropic conteste la coupure devant la justice.
Dire la vérité, c’est le reconnaître : certaines entreprises résistent.
Le danger vient de l’État qui les tient.
La leçon, elle, est implacable.
Une décision prise dans un bureau de Washington, un vendredi soir, a suffi à priver le reste du monde d’un outil de pointe.
Les Européens ont aussitôt trouvé le mot juste : un "kill switch", un interrupteur que l’Amérique garde sous la main (source : IT Social).
Ce que nous croyons posséder, nous ne faisons que le louer.
LA FACTURE QUE NOUS PAYONS SANS LE SAVOIR
Cette affaire dépasse de loin le numérique.
Notre dépendance à la technologie américaine a un prix, et il est énorme.
Chaque année, les entreprises et les administrations européennes dépensent près de 400 milliards d’euros en logiciels et en services en ligne.
Plus de 8 euros sur 10 (330 milliards) partent chez des entreprises américaines (source : Cigref).
Au total, environ 264 milliards d’euros nourrissent chaque année l’économie des États-Unis et y font vivre près de 1,9 million d’emplois (source : Usine Digitale).
Cet argent ne revient pas.
Et la facture grimpe : les prix de ces services augmentent de près de 9 % par an.
Si rien ne change, l’Europe paiera 140 milliards d’euros de trop chaque année d’ici 2030, et perdra plus d’un million d’emplois qu’elle aurait pu créer chez elle (source : Usine Digitale).
Les auteurs de l’étude parlent d’un véritable "impôt" privé : nous payons, et c’est l’Amérique qui encaisse.
Le plus inquiétant, c’est que nous n’avons presque plus le choix.
Les entreprises européennes ne tiennent même pas 13 % de leur propre marché (source : tech-insider).
La petite entreprise qui gère ses comptes avec une IA américaine, le cabinet médical qui range ses dossiers sur un serveur américain, l’agriculteur qui surveille ses champs avec une appli américaine : tous, sans le savoir, financent une puissance étrangère.
Une puissance qui peut, on vient de le voir, tout couper quand elle le décide.
DE LA BUREAUTIQUE AU BLOC OPÉRATOIRE
Tant qu’il s’agit d’un logiciel de bureau, on peut s’arranger.
Mais l’intelligence artificielle entre aujourd’hui dans nos hôpitaux : elle aide à lire des radios, à repérer une maladie du cœur, à trier les urgences (source : Commission européenne).
Derrière ces programmes, il y a des dossiers de patients et des décisions de soin.
Et derrière une bonne partie d’entre eux, il y a des serveurs et des entreprises qui obéissent à la loi américaine.
L’Europe commence à le comprendre.
Un projet de loi présenté en juin 2026 prévoit que, pour les domaines les plus sensibles comme la santé et la défense, les entreprises non européennes soient tout simplement écartées des marchés publics (source : tech-insider).
Autrement dit, la Commission elle-même admet une évidence : soigner et protéger sa population ne peut pas dépendre d’un ordre venu de Washington.
L’affaire Fable 5 rend ce risque très concret.
Imaginons la même lettre, le même ordre, mais cette fois sur un outil qui aide les médecins à poser un diagnostic.
Le petit message d’erreur qui a bloqué des informaticiens deviendrait un soin interrompu.
Ce risque est bien réel : c’est la route que nous prenons, secteur après secteur, tant que nous construisons l’essentiel sur des bases qui ne nous appartiennent pas.
CETTE DÉPENDANCE BRAQUÉE SUR NOS TEMPES
Cette semaine, il s’est passé quelque chose de rare : de Jordan Bardella à Jean-Luc Mélenchon, toute la classe politique française a dénoncé d’une même voix notre dépendance à l’IA américaine (source : France Info).
Le ministre de l’Intérieur l’a résumé ainsi : "une nation qui dépend des autres pour sa technologie est une nation qu’on peut débrancher du jour au lendemain".
Mais cette belle unité mérite un regard lucide.
Voir le Rassemblement national, parti d’extrême-droite si proche de Donald Trump et des milliardaires de la tech, se découvrir soudain défenseur de la souveraineté le temps d’un message sur les réseaux, en dit long sur l’opportunisme du moment.
Car la dépendance numérique n’est qu’une pièce d’un ensemble bien plus large.
Et cet ensemble, l’Amérique s’en sert déjà comme d’une arme.
La preuve par le commerce.
Après avoir imposé en 2025 des droits de douane de 15 % sur les produits européens, Donald Trump a menacé en janvier 2026 huit pays d’Europe, dont la France, de taxes de 25 % pour forcer la "vente" du Groenland (source : Wikipédia).
En mai, il a remis ça : 25 % sur nos voitures, et un ultimatum fixé au 4 juillet (source : Orange).
À chaque fois, le chantage est le même.
Et à chaque fois, l’Europe baisse la tête, négocie et repousse l’échéance.
RENDRE COUP POUR COUP
Il est temps d’arrêter de subir.
Trump veut nous taxer ?
Qu’il taxe.
Mais alors, taxons à notre tour, et sans trembler, le plus de produits américains possible, y compris les produits numériques, ces logiciels et ces services en ligne qui nous coûtent si cher.
Ce que l’Amérique fait depuis des mois, l’Europe a tous les moyens de le faire en retour.
Il ne manque que le courage politique.
Il y a surtout une injustice à corriger d’urgence.
Les géants du numérique (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) gagnent des fortunes en France, mais n’y paient presque pas d’impôts, grâce à des montages savants.
La taxe censée les viser n’a rapporté qu’environ 700 millions d’euros en 2024, une misère au regard de leurs profits (source : LégiFiscal).
Des députés ont bien voté, dans le budget 2026, une forte hausse de cette taxe, en partie pour répondre à Trump (source : LCP).
Encore faut-il aller au bout.
Exiger que ces entreprises paient enfin de vrais impôts, là où elles font leur argent, relève de la simple justice.
Le reste suit.
Des solutions européennes existent déjà, comme Mistral AI ou l’hébergeur OVHcloud, souvent bien moins cher que les géants américains, et qui travaille déjà pour la SNCF, des ministères et des hôpitaux (source : Silicon).
Et chacun de nous tient aussi un petit pouvoir : choisir, autant que possible, des produits et des services français et européens plutôt qu’américains.
Oui, ce sera parfois moins pratique, parfois plus cher.
C’est le prix de la liberté.
COUPER LE CORDON
La coupure de Fable 5 restera comme un signal d’alarme.
En trois jours, une simple lettre a montré au monde entier le piège dans lequel nous sommes tombés : nous avons confondu louer et posséder, confort et liberté.
En sortir demandera du temps et quelques sacrifices.
Mais le premier geste est à notre portée, et il est clair : cesser de remplir les poches de ceux qui nous menacent, et obliger les plus puissants à payer leur dû.
Taxer en retour, faire payer les géants, soutenir nos alternatives.
Reprendre, un euro après l’autre, le contrôle de notre avenir.
Cet article vous a interpellé, mis en colère, fait réfléchir ? C'est exactement pour ça qu'il a été écrit.
✊ Votre soutien, c'est le carburant de la résistance ! Contribuez sur Tipeee.
🔔Abonnez-vous à la newsletter "La Lettre du Dimanche" pour recevoir directement dans votre boîte mail les analyses que les médias dominants ne font pas. Pas de publicité, pas de compromis, juste l'engagement de regarder le monde en face. S'informer, c'est déjà résister !
👉Rejoignez également la communauté sur Facebook pour suivre les publications en temps réel, partager les articles et participer aux discussions.
Parce qu'il n'y a pas de résistance possible sans conscience collective.



Commentaires