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Chronique 117 - Comment l’État veut pouvoir lire tous vos messages

  • Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
    Lucie Fourcade
  • 11 juin
  • 3 min de lecture

Pour continuer à jouer les voyeurs, nos services de renseignement bloquent la loi européenne qui devait nous protéger des pirates.


La France exige plus de cybersécurité à Bruxelles.

Et la sabote chez elle.

L’État bloque une loi entière, pour garder le droit de lire nos messages.


Lucie Fourcade

NIS 2 : LE BOUCLIER NUMÉRIQUE DE L’EUROPE

Derrière ce nom de robot, une idée toute simple.

NIS 2 est une loi européenne qui impose des règles de sécurité minimales à tous ceux qui font tourner le pays : hôpitaux, distributeurs d’eau, fournisseurs d’énergie, transports, mairies.

Pourquoi maintenant ?

Parce que les cyberattaques explosent.

Et quand un hôpital est paralysé par des pirates, ce ne sont pas des ordinateurs qui souffrent : ce sont des soins repoussés et des patients en danger.


En France, cette loi fait passer le nombre d’organisations protégées d’environ 600 à près de 15 000 (source : PwC).

Autant dire qu’elle nous concerne tous.


CE QUI NOUS ARRIVE QUAND LE BOUCLIER CÈDE

On croit souvent que la cybersécurité est une affaire d’informaticiens.

C’est une erreur.

C’est une affaire de vie quotidienne.


Une mairie piégée, et c’est l’état civil, la cantine, la paie des agents qui s’arrêtent.

Un réseau d’eau attaqué, et c’est tout un territoire qui tremble.

C’est exactement ce que NIS 2 cherche à empêcher, et c’est pour ça que l’Europe en a fait une priorité (source : FrenchBreaches).


Le retard de la France n’est donc pas un détail de paperasse.

C’est un trou dans notre bouclier.


LE CHIFFREMENT, CE CADENAS QU’ILS VEULENT FORCER

Tout se joue sur un mot : le chiffrement.

Quand vous écrivez sur Signal ou WhatsApp, votre message voyage comme une lettre cachetée que vous seul et votre destinataire pouvez ouvrir.

Personne d’autre.

Pas même l’application.

C’est ça, le chiffrement : un cadenas qui protège vos échanges.


Pour que l’État puisse lire malgré tout, il faudrait lui donner un double des clés.

C’est ce qu’on appelle une "porte dérobée".

Et là est tout le danger : un double des clés, ça se vole, ça se copie, ça se retourne contre vous.

Une serrure percée pour la police finit toujours par s’ouvrir aussi pour les voleurs, et pour les espions étrangers (source : Clubic).


C’est pourquoi un article de la loi, le fameux 16 bis, protège le cadenas et interdit ces doubles de clés (source : Village de la Justice).

Un principe défendu par la quasi-totalité des experts.


LES RENSEIGNEMENTS VEULENT MATER

Sans notre consentement.

Librement.


Un service s’y acharne : la DGSI, le renseignement intérieur.

Pour elle, ces messages cadenassés gênent ses enquêtes.

Un député résume sa demande sans détour : la DGSI "veut mettre un tuyau sur le pipeline pour pouvoir regarder ce qui s’y passe" (source : IT for Business).


Ce n’est pas la première tentative.

Au printemps 2025, une mesure glissée dans la loi contre le narcotrafic voulait déjà forcer les messageries à installer cette porte dérobée.

Les députés l’ont rejetée par 119 voix contre 24 du camp Retailleau (sources : Clubic et LCP).

L’ancien patron de l’agence française de cybersécurité l’avait jugée "irréaliste, dangereu[se] et inefficace".


Battue une fois, la même idée revient.

Faute de pouvoir percer le cadenas, ils ont changé d’arme : bloquer la loi tout entière.


LE PRIX DU BLOCAGE

Le résultat est là.

La France n’a toujours pas adopté NIS 2, avec près de 18 mois de retard.

20 pays européens sur 27 l’ont déjà fait (source : IT for Business).


Bruxelles a perdu patience.

La France s’apprête à être traînée devant la justice européenne, avec à la clé une amende qui pourrait atteindre plusieurs dizaines de millions d’euros (source : Alliancy).


Voilà où nous en sommes.

L’État qui réclame plus de sécurité à l’Europe affaiblit la sienne à la maison.

Et il le fait pour une seule raison : ne pas renoncer à voir.


QUAND ESPIONNER PASSE AVANT PROTÉGER

L’État peut protéger nos échanges numériques.

Il refuse.

Parce qu’il veut pouvoir les lire.

Et ce refus nous fragilise tous.

Une porte ouverte pour la police l’est aussi pour les pirates et les espions étrangers.

En cherchant à nous surveiller, ils nous exposent.

Volontairement.

Ils sacrifient notre sécurité, sans bruit, sans que nous le réalisions. 

Aujourd’hui, vous savez.



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