Chronique 4 - Le pouvoir de savoir
- Lucie Fourcade
- 20 févr.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 févr.
S'informer, est-ce résister ?
En cette ère où les médias occupent tous les espaces de communication, l'Information, la vraie, devient rare et ô combien précieuse.
Alors que la connaissance se veut accessible, elle est, plus que jamais, un instrument de pouvoir.

LE SENS CRITIQUE
Nous sommes bien naïfs, nous, les enfants de l'école obligatoire.
Trop heureux d'avoir bénéficié d'une instruction gratuite et laïque, nous avons longtemps refusé d'y voir autre chose qu'une institution républicaine égalitaire.
Nous avons mangé, plus ou moins volontairement selon les élèves, des connaissances taillées sur-mesure destinées à former les futurs citoyens.
Sur bien des points, c'est bien. Chacun sait lire, écrire et compter.
Les limites de cette instruction nationale (ne serait-ce pas un titre plus approprié ?) sont pourtant bien réelles.
Dans l'établissement des programmes scolaires, une compétence fait gravement défaut : l'esprit critique. Les jeunes esprits apprennent et les connaissances ingérées sont prises pour infaillibles. Si l'Institution le dit, c'est que c'est vrai.
Quand il s'agit de "lire - écrire - compter", le système est parfait. Mais l'Histoire, la citoyenneté ou encore la philosophie ne prennent de l'importance que si les idées sont critiquées, intellectualisées et digérées.
Cette absence d'enseignement à l'esprit critique se perçoit peu dans une société démocratique, où une forme de morale générale dirige la masse. Quand le niveau de cette morale baisse (ou n'existe pas), cette incapacité à la critique devient un danger important.
L'INFORMATION, CE POUVOIR MÉCONNU
Être bien informé (avoir des connaissances et des informations fiables), c'est éviter d'être manipulé.
Ce qui dirige le monde - bien plus que l'argent ou le sexe - c'est l'Information (dans le sens général des connaissances).
Le levier de ce pouvoir immatériel est plus ou moins utilisé, en fonction des pays. Il peut l'être ouvertement (comme en Corée du Nord) ou de manière beaucoup plus discrète (comme en occident).
En sélectionnant ce que vous pouvez savoir, on choisit ce que vous finirez par penser. Et rares sont les âmes naturellement assez critiques pour y échapper.
L'actualité n'illustre que trop bien ce phénomène de contrôle de la pensée populaire par la sélection des informations. Oui, oui, en France (si vous en doutiez encore).
Quelle époque particulière !
Le nuancier politique est modifié. La gauche devient extrême alors que l'extrême-droite se redore le blason. Et la majorité populaire ne trouve rien à y redire.
Les principaux médias presse et TV se regroupent dans des mains qui portaient pourtant déjà trop de pouvoir économique et politique. Et c'est accepté.
J'ai un peu l'impression de radoter, mais il y a bien des livres qui documentent ce phénomène... Des livres d'Histoire - vous me suivez ?
Ce phénomène, il se retrouve même dans les manuels scolaires. Quelque part entre 1515 - Marignan et 1945 - Hiroshima.
Alors, dans quel cours d'Histoire apparaît une prétendue radicalisation de la gauche politique et un contrôle progressif des médias dans un objectif propagandiste ?
L'Allemagne des années 30 ! Et nous sommes tous censés être marqués par le résultat.
Je ne suis pas la seule à faire ce rapprochement. Ça se murmure un peu partout. N'importe qui peut l'observer, d'ailleurs. C'est juste que tout le monde peine à y croire (moi la première).
L'HISTOIRE EST-ELLE CONDAMNÉE À SE RÉPÉTER ?
Il ne fait pas bon d'interroger publiquement la possibilité d'un retour de la pensée fasciste. Une véritable cabale se déchaîne, autant sur la gauche politique que sur les observateurs non politisés.
Le récent décès de Quentin Deranque est peut-être l'allumette qui mettra le feu aux poudres. On observe déjà la nette tendance de l'opinion publique à lancer la pierre à l'antifascisme dans son intégralité.
Les médias y jouent un rôle majeur (presse - TV et réseaux sociaux). Leur traitement du sujet confirme le mécanisme "made in Allemagne des années 30" que l'on devinait déjà.
Je ne retourne volontairement pas sur les faits, déjà bien trop omniprésents, car ma réflexion concerne le traitement de l'information, pas son contenu.
Maintenant que le fascisme semble vouloir réapparaître en plein jour, comment y faire face ?
Il m'est impensable d'imaginer que l'Histoire est condamnée à se répéter. Certes, les modalités seraient différentes 80 ans plus tard, entre satellites et réseaux sociaux. Mais certains résultats seraient les mêmes. Une partie de la population serait (encore plus) stigmatisée, ostracisée et harcelée (si ce n'est pire).
En observant les interventions de l'ICE dans le Minnesota (USA), nous avons eu un aperçu alarmant de ce qui pourrait nous attendre si nous ne sommes pas vigilants. Nos voisins raflés, si ce n'est pas nous-mêmes.
Je pense que nous vivons une période charnière qui nous laisse encore l'opportunité de réagir à temps. Nous sommes nombreux à nous inquiéter. Certainement bien plus nombreux que ce que nous percevons dans les médias et les réseaux.
Nous pouvons nous unir. Nous pouvons agir. Tant qu'un souffle de résistance survit, l'espoir aussi.
Le premier acte de résistance se révèle beaucoup plus accessible que nous pouvons le penser. S'informer et partager l'Information.
Dans notre quotidien surchargés, c'est une décision qui pèse. Il y a un océan d'informations contradictoires dont la fiabilité des sources doit être interrogée constamment. C'est chronophage, de faire le tri. C'est même parfois décourageant.
Ceci étant dit, personne n'a jamais prétendu que résister était aisé.




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