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Chronique 137 - Ali Mécili, un assassinat, deux États complices

  • Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
    Lucie Fourcade
  • il y a 8 heures
  • 4 min de lecture

La République des cadavres #8

Trois balles, une expulsion, 39 ans de non-lieu.


Un avocat abattu à Paris.

Le tueur, identifié en quelques semaines.

Puis mis dans un avion par la France elle-même.

Depuis, silence.

Voici comment deux États effacent un crime.


Lucie Fourcade

UN AVOCAT ABATTU EN PLEIN PARIS

Le 7 avril 1987, Ali Mécili rentre chez lui, à Paris.

Il sait qu'il est menacé depuis des semaines.

Il rentre quand même, seul, comme tous les soirs (source : Jeune Afrique).

Dans le hall de son immeuble, un homme l'attend.

Il l'abat de trois balles.

Puis il ressort, croise la compagne de Mécili sur le trottoir, lui sourit, et s'éloigne tranquillement pour héler un taxi (source : Jeune Afrique).

Ali Mécili meurt à 23h10.

Il a 47 ans.


L'HOMME QUI VOULAIT UNIR L'OPPOSITION ALGÉRIENNE

Mécili n'est pas tué par hasard.


Pendant la guerre d'indépendance algérienne, il travaille au sein du renseignement de l'armée qui combat pour libérer le pays de la colonisation française.

Une fois l'Algérie indépendante en 1962, un seul parti prend le pouvoir sans partage ni élection libre : le Front de libération nationale (FLN - source : Wikipédia).


Dès 1963, Mécili participe à la création d'un des premiers partis qui s'opposent à ce nouveau pouvoir.

Ce choix lui coûte cher : il est emprisonné, puis contraint à l'exil.

Il s'installe à Paris, devient avocat, et continue son combat politique contre le régime algérien depuis la France (source : Wikipédia).


En 1985, il réussit un coup rare : faire signer un

texte commun à deux mouvements d'opposition algériens qui, jusque-là, se détestaient. Il lance aussi un journal qui critique ouvertement le régime d'Alger (source : Wikipédia).


Il sait que ce travail le met en danger.

Juste avant sa mort, il écrit qu'il pourrait mourir sous des balles algériennes pour avoir aimé l'Algérie (source : Wikipédia).


9 JOURS POUR EFFACER UN TÉMOIN

Un mois après le meurtre, la police française identifie un suspect : Abdelmalek Amellou.

Selon les renseignements de l'époque, il aurait agi pour le compte des services secrets algériens : la police politique du régime d'Alger, chargée de surveiller et d'éliminer les opposants à l'étranger.

Il est arrêté (source : Wikipédia).


Neuf jours plus tard, il est expulsé vers l'Algérie.

Cette décision est prise par le ministère de l'Intérieur français, dirigé par Charles Pasqua.

Concrètement, cela signifie qu'un témoin essentiel quitte le pays avant d'avoir pu être interrogé par un juge ou jugé pour quoi que ce soit (source : Wikipédia).


Le public ne l'apprend que trois mois plus tard, grâce à la presse (source : Jeune Afrique).


L'ENQUÊTE QU'ON A LAISSÉ MOURIR

Ce qui suit, ce sont 30 ans de silence organisé.


En 1989, un militant qui enquêtait de son côté sur l'affaire meurt à Paris, dans des circonstances jamais élucidées (source : Vérité et Justice pour Ali Mécili).

La justice française demande alors à la justice algérienne de l'aider à enquêter.

Il faut près de trois ans à Alger pour répondre, et sa réponse ne dit rien de nouveau.

En 1992, faute de preuves supplémentaires, l'enquête française est classée sans suite : personne ne sera jugé (source : Wikipédia).


Il faut attendre le début des années 2000 pour que d'anciens agents des services secrets algériens, réfugiés en Europe, confirment enfin devant un juge français l'existence d'un commanditaire au sein du régime.

Même avec ce témoignage, aucune arrestation ne suit (source : Algeria-Watch Mediapart).

Un diplomate algérien, un temps soupçonné d'avoir organisé l'assassinat, quitte finalement la France en 2011 sans jamais avoir eu à s'expliquer devant un juge (source : Le blog de Philippe Poisson).


DEUX ÉTATS, UNE MÊME OMERTA

Ce dossier n'a rien de mystérieux.

Deux États ont, chacun à leur manière, protégé les coupables.

L'Algérie a couvert ses agents en ne coopérant jamais vraiment avec la justice française.

La France, de son côté, a expulsé le principal témoin avant qu'il ne puisse parler devant un juge (source : Éditions La Découverte).


Ce mélange d'intérêts partagés entre Paris et Alger a un nom : la Françalgérie.

Concrètement, cela veut dire que les deux États se rendent mutuellement service, y compris quand il s'agit d'étouffer un meurtre (source : Wikipédia).


ALI MÉCILI, TOUJOURS SANS JUSTICE

Ali Mécili a été tué en plein Paris, par un homme identifié, jamais jugé.

Ce n'est pas une enquête qui a échoué toute seule.

C'est une enquête que deux États ont, ensemble, empêchée d'aboutir.

À ce jour, personne n'a payé pour ce crime.



Prochaine et dernière chronique de La République de Cadavres : Le présent.

Jean-Luc Brunel et le réseau Epstein. Les agents de la DGSI. Ce que la liste dit de l'état de notre démocratie aujourd'hui.


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