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Chroniques - Jour 1

  • Photo du rédacteur: Lucie Fourcade
    Lucie Fourcade
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

Moi, c'est Lucie.

Enfin... À vrai dire, non. Lucie, c'est un pseudonyme que j'ai choisi, par nécessité.

Il y a des choses qui ne sont plus bonnes à dire. Et pourtant, il n'a jamais été aussi important de les dire.


Lucie Fourcade

DEVENIR ANONYME

Lucie Fourcade, c'est une identité qui s'est imposée à moi.

Lucie, comme Lucie Aubrac, l'héroïne de la Résistance française durant la seconde guerre mondiale, connue pour ses sauvetages de haut vol de prisonniers.

Fourcade, comme Marie-Madeleine Fourcade, fine dirigeante du réseau Alliance, qui collectait des renseignements vitaux pour les alliés.


Un pseudonyme bien arrogant me direz-vous. Un hommage, oserais-je.

Je n'aurais jamais la prétention de comparer ma volonté aux leurs, mais j'aimerais tellement être digne de leur héritage.

Jusqu'à aujourd'hui, je parlais en mon nom propre. Naïvement fière de mes prises de position, je ne réalisais pas ce que cela pourrait impliquer.

Vanter l'importance de la tolérance, de l'amour, du respect, de l'ouverture... Ça ne devrait rien impliquer. Pas dans un monde "normal".

Le monde "normal" disparaît. A-t-il seulement existé un jour ?


Est-il concevable qu'assumer des idées humanistes devienne dangereux ? Je n'arrive pas encore à cerner pleinement les conséquences de cette possibilité.

Je constate néanmoins que dans cette ère de la communication virtuelle, ces idées attirent beaucoup d'agressivité. Insultes, menaces voire harcèlement : je collectionne les messages méchants.


LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ...

Quelles peuvent bien être ces idées dignes d'une nouvelle Inquisition ? Je peine à croire ce que je dois écrire...

Ces idées maléfiques se concentrent en un mot : NON.

Non au racisme, à l'homophobie, au sexisme, et tous ces maux dont la survivance est une insulte à notre prétendue modernité.

Non à la destruction de la planète, aux inégalités sociales, à la guerre, et toutes ces ignominies qui tiennent en esclavage la quasi totalité de l'humanité.


Plus je vieillis et plus je suis reconnaissante envers mes parents pour l'éducation qu'ils ont su me donner.

Je n'ai pas eu une enfance parfaite, loin de là. Mais on m'a offert une vision pleine d'amour sur le monde.

En bon produit des années 80, j'ai connu le divorce de mes parents et la famille mode recomposée, la surconsommation et le plastique coloré. Rien de bien folichon, en somme.

Dans tout ce chaos fluo, la tolérance, la solidarité, la compassion, la laïcité et le respect m'ont été enseignés. Le plus beau des cadeaux, mais à double tranchant.


Alsacienne du bassin potassique, j'hérite d'un roman familial ouvrier communiste où la soif de justice sociale semblait inextinguible. Un milieu où la solidarité est un devoir et où les acquis sociaux se conquièrent comme certains gravissent les hauts sommets enneigés : en cordées.

Loin des vignobles et des forêts de mon enfance, j'ai passé l'âge adulte en région parisienne. Par la maturité des années de la majorité et par un environnement brut, j'ai découvert les tares de notre société.

Cette réalité ne m'a pas traversé comme un tsunami. Loin de là. C'est avec le recul que je vois maintenant comme l'eau croupie est montée petit à petit.

Je me sentais fière d'arborer l'écusson antifasciste brodé par mes arrière-grands-parents, mes grands-parents puis mes parents. Je ne pensais même pas avoir à m'en montrer digne, car ce que l'antifascisme porte en valeurs est intégré chez moi.


ENTRER EN RÉSISTANCE

J'ai toujours été un peu stupéfaite par la capacité des gens à prétendre sans grande réflexion qu'ils n'auraient pas hésité à devenir résistants pendant la seconde guerre mondiale.

Je n'ose pas me hasarder à dire que j'aurais été résistante. Il faut mesurer les conséquences qui planaient sur ces décisions. Plus que votre vie, toutes celles de vos proches entraient en jeu sans qu'ils n'en fussent consentants.


Je ne pense pas être lâche. Réaliste, sans doute. Réfléchie, j'aime à croire. Égoïste, dans une certaine mesure. Comme tout le monde, reconnaissez-le.

J'ai consacré une partie de ma carrière professionnelle à la protection de l'enfance, mais je reconnais vivre pour moi et pour mes proches. Je suis solidaire des autres tout en étant loin de l'abnégation.


Aujourd'hui n'est plus un jour comme les autres. Quelque chose a changé. Quelque chose ne va pas. Quelque chose ne va plus.

Un petit je-ne-sais-quoi indigeste.

Ça fait quelques jours que j'ai ce sentiment indéfinissable mais je comprends aujourd'hui que c'est important. Important pour moi, de manière interne et physique.

Je ne sais pas quelle forme donner à ce "je-ne-sais-quoi", alors j'écris.

J'ai ce besoin étrange de témoigner, d'archiver ce que j'observe et ce que je ressens.

Qui suis-je pour prétendre être digne d'intérêt ? Personne. Un pseudonyme sans visage né d'une étincelle.

Combien de jours, de semaines ou de mois cette étincelle va-t-elle me conduire ?


Lucie Fourcade - Gimli

C'est marrant. J'ai cette réplique de Gimli qui me vient en tête : "Une mort certaine. Une faible chance de succès. Mais qu'attendons-nous ?".

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